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Une série d’articles sur les Etats-Unis écrits par François Hauter dans Le Figaro à la fin du mois de juillet dernier doit retenir notre attention. Le journaliste y montre à partir d’exemples concrets que les Américains seront à l’avenir de plus en plus mêlés. Ils le sont déjà, mais, fait nouveau les communautés tendraient à s’effacer, de même que les frontières et les fractures ethniques. Internet, les grandes migrations, la mondialisation du commerce ne peuvent qu’accroître cette tendance à une mixité accrue

Le journaliste croit déceler en outre une impulsion semblable dans le monde entier, au moins dans sa portion développée. Nos sociétés occidentales ont commencé à s’uniformiser. « D’ici à vingt ans » affirme Hauter « l’on sera encore moins américain, moins allemand ou français qu’aujourd’hui, mais aussi [ET C’EST LA ASSEZ DIFFERENT. NDLA] moins noir, blanc ou jaune ». Et d’ajouter que l’humanité entière est plongée « dans un grand bain unitaire ».
Ce brassage gigantesque, François Hauter le considère comme « inéluctable ». Il ne semble pas d’ailleurs s’en réjouir outre mesure car, constatant que nos identités pourraient fondre et nos sociétés devenir « un peu de tout », il ajoute avec une pointe de mélancolie : « Nos lieux finiront également par se ressembler, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis. Je ne suis pas certain que nous nous rendrons compte de ce que nous perdrons, à devenir plus universels, mais aussi plus communs ».
Ces articles d’un grand journal ne peuvent qu’influencer la partie instruite et renseignée de l’opinion. Ils sont également conçus, mieux que les études de certains « futurologues », pour annoncer l’avenir et préparer les esprits à ce qui paraît inévitable : un monde indistinct.
Je dis « paraît » car ce n’est pas la première fois dans l’Histoire que nous est présenté comme inéluctable ce qui ne l’est, en définitive, que pour les esprits faibles ou naturellement conformistes. Il est bon, en tout cas, de réfléchir à tout cela.
On met souvent le signe égal entre mondialisation et métissage. Nos dirigeants et leurs média suivistes n’hésitent pas à s’en faire les apôtres. Il est entendu pour eux, une bonne fois pour toutes, que ces changements uniformisants, ces mélanges globalisants et internationaux, sont une excellente chose.
Or, il y a là une confusion au moins sémantique qu’il faut mettre en question. Si l’on néglige l’aspect économique, certes important, de la mondialisation, pour se concentrer sur son aspect culturel, quelques observations s’imposent. Les échanges à ce niveau peuvent être en effet féconds. La fusion de la spiritualité juive et de l’héritage philosophique grec a donné, dans l’antiquité, le christianisme. Ceci a bouleversé l’Empire Romain et fait éclore une nouvelle civilisation prodigieuse.
Le métissage est une chose différente. Aujourd’hui les média emploient ce terme au sens de mélange. On parlera par exemple de cuisines métissées ce qui est un déplacement de sens et une manipulation. Le métissage désigne en effet le croisement de deux races distinctes. Un tel processus est aujourd’hui engagé dans le monde occidental sur une grande échelle et avec l’aval des responsables politiques. Il s’agit quasiment d’une politique d’état. Les politiciens ne craignent pas d’empiéter ainsi sur ce qui relève de l’intime, du privé et du libre arbitre. Bornons-nous à constater ici que la puissance des courants migratoires est telle qu’elle modifie à vue d’oeil, les caractéristiques des grandes villes européennes. Il n’est que d’observer Paris, Londres, Berlin, voire Rome ou Milan pour s’en convaincre. Ceux, et ils sont nombreux, qui voient tout cela d’un oeil contrit ou inquiet, se feront, le cas échéant, rappeler à l’ordre car l’accusation de racisme les guette.
Or, si les échanges culturels peuvent passer pour souhaitables, nul ne peut réellement prévoir les conséquences des mélanges raciaux à grande échelle qui s’annoncent. Nous essaierons ici d’en analyser les plus prévisibles et de déterminer s’ils ne rencontreront pas, en toute hypothèse, une limite.
Dans ces mélanges qui se profilent et que l’on dit universels et souhaitables, les cultures les plus fragiles risquent d’être englouties.
Le cosmopolitisme porte en lui un paradoxe : il n’existe que par opposition à des nations constituées, identitaires, vivaces. Il serait contradictoire de se réjouir qu’à Honolulu, les anglo-saxons, les asiatiques, les mélanésiens, les japonais et les chinois se mélangent, si demain, devaient disparaître les foyers culturels dont ils sont issus(1). Il serait contradictoire de se féliciter que l’on puisse rencontrer à New York des artistes français, des architectes italiens, des restaurateurs thaïlandais et des écrivains anglais ou bulgares si la France, l’Italie, la Thaïlande, l’Angleterre ou la Bulgarie devaient cesser d’exister. Ou encore, si devenant de simples expressions géographiques par l’effet d’un changement de population, elles perdaient leur spécificité et leur unicité, pour devenir « un peu de tout » comme le dit F. Hauter. Ne peut-on craindre que ce « un peu de tout » ne devienne un « pas grand-chose » ?
Car, et c’est une autre conséquence prévisible : les ethnies et les cultures les plus faibles, démographiquement parlant, risquent l’effacement. Si la population de l’Afrique va doubler, celle de l’Inde croître encore et celle de la Chine, poursuivre longtemps sur sa vitesse acquise (1 milliard 200 millions d’habitants), d’autres cultures, d’autres nations sont dans la voie d’un affaiblissement démographique peut-être irréversible. Que sera la population allemande dans cinquante ans ? Un conglomérat de séniors ? Que sera la population russe ? Un vestige accroché aux bornes d’un Empire devenu beaucoup trop vaste ?
La contribution d’un peuple à l’histoire de l’humanité et à sa culture n’est pas forcément liée à son gigantisme. La Chine et l’Inde sont certes des superpuissances culturelles, mais l’Angleterre, la France, l’Allemagne ou l’Italie avec des populations plutôt petites ont immensément apporté au monde : une masse de découvertes scientifiques et d’oeuvres artistiques prodigieuses sans rapport avec le nombre de leurs habitants (mais sans doute avec leur vitalité démographique passée et la proportion de jeunes dans leurs rangs).
François Hauter n’hésite pas à écrire que les blancs seront minoritaires aux Etats-Unis en 2042. Ils seront la seule communauté qui n’augmentera pas ou, au mieux, qui n’augmentera que plus lentement que toutes les autres. Ces chiffres devraient faire réfléchir les adeptes de la centrifugeuse culturelle obligatoire, à commencer par les dirigeants du monde occidental.
Mais ces gens-là réfléchissent-ils ?
Oui, ils réfléchissent. Comme on réfléchit dans les Conseils d’Administration.
Le métissage connaîtra deux limites dans l’espace :
La première est qu’il ne concerne que l’Occident. L’Afrique, l’Inde ou la Chine : l’Asie en général, n’ont aucune intention d’être un peu moins « jaunes », un peu moins « noires » ou un peu moins « blanches » et de devenir « un peu de tout ».
Certes l’uniformisation américaine peut les concerner mais l’Asie a d’énormes ressources identitaires, – voir les Jeux Olympiques de Pékin qui furent une manifestation ouvertement nationaliste des Chinois -, et l’énormité même des populations de l’Inde et de l’Empire du Milieu exclut les croisements raciaux à grande échelle.
La seconde barrière au métissage mondialiste est constituée par la zone d’influence islamique. Cette religion couvre des portions très diverses de l’humanité, de l’Afrique jusqu’à l’Extrême-Orient. Les « blancs », arabes ou persans, en sont une importante fraction mais non la totalité. Or, l’Islam a cette particularité d’être racialement divers sans tolérer la diversité culturelle. Les Berbères d’Afrique du Nord, les Coptes en Egypte, en savent quelque chose.
L’Islam est, lui aussi, uniformisateur.
Les mélanges raciaux entre Musulmans et non-Musulmans existent, ils sont possibles et même relativement communs (au moins en Europe).
Ils ne sont pas pour autant conçus pour nourrir la multiplicité culturelle. La religion coranique n’a sûrement pas l’intention de devenir « un peu de tout ». Mieux encore, elle est organisée pour y mettre obstacle. Une règle très simple y pourvoit : l’homme musulman peut épouser une chrétienne ou une juive (pas une polythéiste en principe) ; une femme musulmane peut seulement épouser un musulman. A partir de là il n’y a pas fusion mais seulement absorption. Voilà un solide cliquet bloquant toute évolution. L’Islam englobe les non-Musulmans et ne se laisse pas englober.

Août 2009

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