Réflexions d’automne

Le 11 septembre 2007
En ce jour anniversaire significatif, ô combien, de ce qu’est le terrorisme, le hasard fait que je lis simultanément deux textes qui semblent se « répondre » et dont le second me laisse pantois. Voici ce que je trouve dans le livre d’Aline Cespédès-Vignes, intitulé Ciel bleu, Vase clos. Ed. L’Harmattan. Elle y raconte la mort de son bébé de 16 mois à Relizane dans un attentat terroriste, commis 2 jours après le « cessez-le-feu » du 19 mars.
« Inès ? Elle était enceinte de quatre mois, attendait son deuxième enfant tranquillement. Elle se trouvait bien dans son nouvel appartement, peut-être un peu plus à l’étroit mais plus tranquille. Elle ne savait pas encore par quoi se traduirait la fin de la guerre. L’idée de quitter son sol natal ne l’avait pas vraiment touchée encore. Elle ne savait pas ce qu’elle attendait, ce qu’elle pensait car tout bascula le 21 mars 1962, vers quatorze heures, au moment où des rafales particulièrement violentes lui firent aller chercher son bébé qui dormait dans son lit. Elle la serrait contre elle, vit en haut du boulevard du Fortin, des Arabes arrosant l’avenue de leurs mitraillettes, recula avec Véronique, fermant la porte de la chambre derrière elles. Et là, dans le couloir, une balle vint tuer sa petite fille et s’écraser sur son bras. Ce fut si rapide !… Inès, comme dépossédée d’elle-même, se précipita sur le palier en hurlant : « Non !… Non !… Au secours !… »

Le cauchemar de l’ambulance, de l’hôpital, de l’opération chirurgicale, les prières adressées à Dieu, à Espérance, à la Ti’Anna, l’espoir puis les hoquets au lever du jour et enfin la mort, la mort absurde, la mort implacable. Son bébé sans vie qu’Inès contemplait comme dans un état second Sa petite fille, son Rayon, immobile, blanche, les narines pincées, les cheveux collés les yeux, surtout les yeux laissant filtrer le vide, l’ailleurs, à travers des paupières mal fermées. »
Voici maintenant ce que je lis dans une lettre écrite par un universitaire allemand, dont je tairai le nom, « spécialiste » paraît-il de ces problèmes. Faisant allusion à la Guerre d’Algérie, il explique dans une correspondance adressée à une lectrice que dans l’Algérie coloniale, il n’y avait pas d’Etat de droit. Il ajoute que l’Algérie française ne possédait aucune légitimité aux yeux de la majorité de la population musulmane. Ceci l’amène à penser que la « puissance coloniale française en Algérie jusqu’en 1945 se basait déjà sur un tel degré de violence que la guerre de libération des Algériens n’était pas pensable sans violence. » Et il conclut, avec apparemment la plus parfaite bonne conscience : « On ne doit donc pas s’étonner quand cette majorité de la population a recours, à son tour, à la violence. »
On pourrait discuter tel ou tel point de cette argumentation sur la colonisation, sur la prétendue guerre de libération nationale, ou sur le prétendu soutien de la majorité des Musulmans à celle-ci. On peut s’étonner d’ailleurs que tant de gens se fassent les interprètes de la volonté de la population musulmane. On peut s’interroger. Comment peuvent-ils connaître si bien les vœux de cette majorité, ceux qui dénoncent si abondamment le caractère truqué des élections qui se tenaient là-bas (Et sur l’organisation desquelles d’ailleurs, on peut émettre effectivement des réserves). Sur quoi se basent-ils donc les censeurs et les détracteurs de la France coloniale ? Sur le référendum du 2 juillet 1962, tenu sous la pression du FLN ? Autant en rire.
Mais la question qui se pose est différente. Pourquoi tant d’intellectuels, d’universitaires ou d’autres s’acharnent-ils à trouver des justifications aux crimes du FLN ?
Lorsqu’un terroriste algérien plaçait une bombe dans un café, un stade, un cinéma ou un autobus, il commettait un crime contre l’humanité au sens de la jurisprudence de Nuremberg. Il donnait la mort à des civils, par définition non combattants, et sans responsabilités politiques, uniquement en raison de leur religion, de leur race ou de leur extranéité réelle ou alléguée.
Alors que viennent faire là-dessus les arguties poids plume sur l’Etat colonial, la violence coloniale, l’illégitimité de l’Etat colonial ? Car, on a envie de dire à ces gens-là : et après ?
A supposer même que ce que vous dites à ce sujet soit vrai. Je dis bien : « à supposer », car je suis d’un avis différent et je l’ai souvent exprimé. Je n’accepte pas davantage l’utilisation de l’adjectif colonial sur le mode du terrorisme intellectuel. Mais je dis : Et après ? Même si, ce que je ne crois pas, vous aviez raison. En quoi cela pourrait-il apporter un début de commencement de justification à l’assassinat d’un bébé de 16 mois ? En quoi les enfants fauchés par les bombes du Milk Bar et de la Cafeteria en 1956 étaient-ils responsables de la « violence coloniale » si souvent dénoncée ? De quoi les malheureux jeunes israélites qui dansaient au casino de la Corniche en 1957, étaient-ils responsables pour se voir eux aussi broyés aussi tragiquement ?
Où veulent-ils en venir ceux qui nous parlent interminablement de violence pour, au fond, justifier celle du FLN, au nom d’une prétendue majorité, et d’une prétendue libération nationale ? Oui, où veulent-ils en venir ?

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