Lettre adressée à Madame F.Beaugé, journal Le Monde

Le 27 février 2008

Chère Madame,
J’ai sous les yeux Le Monde du mercredi 27 où vous parlez du film de Jean-Pierre Lledo. Histoires à ne pas dire. Je lis : « C’est le carnage de la rue de Thèbes en pleine Casbah d’Alger (72 morts, une centaine de blessés musulmans) perpétré le 10 août 1956 par deux activistes européens qui donne le coup d’envoi du terrorisme aveugle. Le FLN décide alors de riposter par une série d’attentats sanglants contre les Européens ». Je pense que, écrivant ceci, vous ne faites que rapporter l’opinion de mon collègue Daho Djerbal.
La chronologie étant reine en Histoire, vous ne sauriez oublier qu’après les exécutions, le 19 juin 1956, de Zabana et Ferradj, le FLN lança, sous la signature de Ouamrane, le mot d’ordre d’abattre n’importe quel Européen de sexe masculin entre 18 et 54 ans. Ceci démarra le 20 juin 1956. Ce fut le début du terrorisme aveugle à Alger.

On pourrait ergoter sur le fait que le FLN n’avait pas dit n’importe quel Européen « y compris les enfants et les femmes ». Mais en 1956, après les massacres du 20 août 1955, après le massacre de Sakcmody de février 1956, après l’assassinat de l’instituteur Monnerot le 1er novembre 1954, sa femme n’ayant été épargnée que par hasard, personne en Algérie ne doutait que le FLN massacrait, les Européens de tout âge et de tout sexe. Alger n’était pas une sorte de vase clos, séparée du reste de l’Algérie où les informations ne circulaient pas.
Loin de moi l’idée, que ces actes de barbarie, en justifient d’autres comme l’attentat de la rue de Thèbes. Il y a longtemps que je sais que les barbaries ne se compensent pas, mais, s’additionnent.
Aussi ne puis-je que combattre l’idée que le coup d’envoi du terrorisme aveugle date du 10 août 1956 et qu’il fut une riposte à l’attentat de ce jour-là.
Je dois, pour ma part, rappeler que le terrorisme étant inhumain ne peut servir aucune cause humaine. Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes sincères hommages.

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