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Mes combats

Au début de cette histoire, il y a le Mal.

Le Mal infeste notre monde d’hommes. Il est « cet écueil contre lequel s’est brisé la raison humaine » et comme l’écrit Edgar Poe « l’un des instincts premiers du coeur humain ».

1962. En ce temps-là, il a marqué le destin de l’Algérie, sa fin atroce ; chaos, violence, attentats.
Au début de l’été, le sort de ce territoire est scellé ; il sera indépendant. Le dirigeront ceux qui depuis huit ans y mènent une guerre révolutionnaire contre la présence et l’Armée françaises. Ces hommes-là, regroupés dans le FLN, n’ont pas hésité à recourir au terrorisme, c’est-à-dire à s’en prendre aux populations civiles. Femmes, enfants, vieillards ont été délibérément visés afin d’accroître le chaos et de briser les volontés. En mars 1962, en cette fin proclamée et mensongère du conflit, lorsque sont signés les étranges Accords d’Evian, ces mêmes hommes triomphent. L’Algérie est à eux.

Pourtant les combats continuent. Regroupés dans l’OAS, les partisans de l’Algérie française, refusent de déposer les armes ; les affrontements persistent. Le FLN emploie alors une tactique très perverse : les enlèvements. Terreur suprême, elle vise les civils européens partout où ils sont vulnérables ; limites des quartiers indigènes, zones rurales, grands axes routiers. L’Armée française n’est plus censée intervenir et, à quelques exceptions près, elle n’interviendra pas.

Il y a aussi ceux que l’on appelle les harkis, les anciens supplétifs de l’Armée française, membres des groupes d’autodéfense, élus musulmans et tous ceux, nombreux, qui sont partisans de la souveraineté française. Ils seront durement réprimés par les nouveaux maîtres, emprisonnés, torturés et fréquemment massacrés. L’Armée française n’est plus censée intervenir et, à quelques exceptions près, elle n’interviendra pas. Naufrage de l’honneur français.

Ceci a été définitivement établi le 24 mai 1962. Lors d’un Conseil des Ministres le Général De Gaulle y a déclaré ceci : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre après l’autodétermination (2 juillet 1962). Elle aura le devoir d’assister les autorités algériennes. Mais ce sera de l’assistance technique. Si les gens s’entre massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités ». C’est-à-dire du FLN, lui-même promoteur des pires massacres.

L’été 1962, se déroulera en Algérie, selon cette logique implacable, avec la plus froide indifférence des dirigeants de la France.

Cette époque voit en outre le début d’un immense mensonge. L’Algérie devenue indépendante, devra apparaître comme un pays neuf, en plein développement, un modèle pour le Tiers-Monde qui depuis Bandoeng en 1956, « secoue ses chaînes ». Les manuels d’histoire des collèges français se mettront à citer « l’expérience algérienne », à louer son audace et son originalité. Le manteau de Noé sera jeté sur les massacres et les enlèvements de 1962. Les harkis assassinés, les Pieds-Noirs disparus deviendront des victimes importunes. Le Général a résolu le problème algérien. Il a été un décolonisateur « efficace ». Il a, une nouvelle fois, « sauvé la France ». On oubliera volontairement le prix payé. On oubliera les victimes sacrifiées. Les Musulmans loyaux et les Pieds-Noirs acquitteront, seuls, la facture de l’Indépendance de l’Algérie. Pour mieux faire passer cette infamie, on les diabolisera dans la presse et les media. Sans vergogne et sans remords à ce jour.

Plus de trois mille Européens enlevés, des dizaines de milliers de harkis assassinés, tel est pourtant le solde de cette Indépendance bâclée, de cette paix précipitée. Ce sang signe de manière ineffaçable les iniquités d’alors. « Sa voix crie de la terre jusqu’au ciel ». Il accuse les bourreaux d’antan. Ce sang est celui d’Abel répandu par Caïn, qui ne voulait pas être « le gardien de son frère ». Il accuse l’Etat, « le plus froid des monstres froids ». Il est le Mal, fruit du choix infernal qui a configuré notre humaine condition.

Aussi, avec d’autres, je dévoilerai la vérité, je réclamerai la Justice. La vérité sur les massacres et les enlèvements, la vérité sur ceux que l’on a voulu mettre aux oubliettes de ce temps, la justice pour ceux que l’on a spoliés, humiliés, déshonorés. A ces Etats qui mentent et dissimulent leurs crimes, j’opposerai, nous opposerons, la sincérité, nos efforts vers l’exactitude, la recherche, les archives, l’Histoire enfin.

Mon parcours Articles de Revue : Ouvrages consacrés à la culture algérianiste.