Aller au contenu


- - - - -

(Projet) Monseigneur Duval : un tâcheron au bilan calamiteux


Dans un article consacré à l’Algérie, une journaliste du Monde salua, il y a quelques années, Monseigneur Duval archevêque d’Alger, comme une « figure de gloire ». Aucun éloge, jamais, ne fut aussi immérité.
Léon-Etienne Duval fut nommé à Alger, le 4 février 1954. Il était évêque de Constantine et d’Hippone, depuis 1946. Il est demeuré en Algérie, jusqu’à sa mort, le 30 mai 1996. Après l’Indépendance de l’Algérie, il avait pris la nationalité algérienne. Sa mission dans ce pays découlait de la position que prit le Vatican à l’issue de la deuxième guerre mondiale sur la colonisation. Celle-ci appartiendrait désormais au passé ; l’Eglise se devait d’assister les nations émergentes et s’efforcer d’être présente en leur sein. Tel fut le programme qu’appliqua, à la lettre, Monseigneur Duval. Sans légèreté aucune.

Force est de constater qu’il reçut durant sa carrière, l’appui constant des papes successifs. Notons toutefois que celui de Pie XII fut assez nuancé. Dès Noël 1954, le Pontife Romain s’était prononcé pour « un processus d’évolution vers l’autonomie politique des peuples considérés jusqu’à présent comme coloniaux ». Néanmoins, il ne reprit pas ces termes dans la lettre qu’il envoya à Monseigneur Duval le 11 juillet 1956. La missive papale n’évoquait que « les justes droits » des populations concernées.

Dans une circulaire confidentielle à son clergé, datée du 7 octobre 1956, Monseigneur Duval n’en demanda pas moins « l’autodétermination des populations algériennes ». Il précédait ainsi de trois ans le fameux discours de De Gaulle sur le même thème (16 septembre 1959). Dans le contexte, insurrectionnel de 1956, où le FLN caressait l’espoir d’une victoire militaire, que l’extension de la guérilla dans le Constantinois et l’Algérois, pouvait nourrir, une telle prise de position ne pouvait qu’encourager les rebelles.

Le prélat dès son arrivée en Algérie, en 1946, s’était mis à dénoncer la « misère » des populations algériennes et à réclamer, sur tous les tons, la « justice ». Comme tous les politiques penchant lourdement à gauche, il croyait ou feignait de croire, que la misère en Algérie, était, par essence, le fruit du régime colonial. Comme tant d’autres, il omettait de voir et de mettre en cause l’effarant déluge démographique qui submergeait ce pays et y détruisait tout progrès social ou économique. De même, dès son arrivée en Afrique, l’Evêque de Constantine fera la leçon aux Européens en leur reprochant leur « égoïsme » et le « tutoiement des autochtones »1.

Durant le conflit algérien qui dura de novembre 1954 à l’été de 1962, Monseigneur Duval dénonça inlassablement la torture et prêcha non moins inlassablement la « réconciliation ». On ne pouvait évidemment pas attendre d’un prince de l’Eglise qu’il recommandât la première et désavouât la seconde pour pousser aux affrontements.

Néanmoins, Monseigneur Duval a toujours soigneusement évité de dénoncer le terrorisme du FLN2. Il se contentait en la matière de phrases générales et convenues, ne pouvant en aucun cas gêner les insurgés. Ainsi, le 29 janvier 1957, en pleine bataille d’Alger et, alors que les pouvoirs de police venaient d’être confiés au général Massu, un communiqué de l’Archevêché indiquait que « s’attaquer à des innocents en leur infligeant de cruelles souffrances est une abomination ». Le communiqué ne précisait pas qui étaient ces innocents. Etait-ce les victimes civiles des terribles attentats du Milk-bar, de la Cafétéria et d’ailleurs ou les victimes de la brutale répression qu’exerçaient les militaires français ? L’Archevêque défendit les chrétiens dits progressistes qui aidaient le FLN, cachaient ses militants et les soutenaient dans toutes leurs activités. Monseigneur Duval ira jusqu’à écrire : « Accuser quelqu’un de progressisme, c’est se rendre coupable d’une calomnie gravement répréhensible devant Dieu » avant d’ajouter : « ceux qui cherchent la voie de la réconciliation, ne sauraient être blâmés ». Monseigneur Duval concéda au détour d’une phrase que des erreurs ou des imprudences avaient pu être commises par les intéressés (tout en ajoutant qu’il ne lui appartenait pas de dire s’il y avait eu des erreurs et des imprudences). Rappelons pour fixer les idées que la revue du FLN, El Moujahid (ce qui veut dire le combattant du jihad) fut imprimée pour la première fois sur les presses de l’abbé Declercq dans son presbytère. Monseigneur Duval a condamné l’Armée française, il a refusé de condamner le terrorisme et ses agents, il a défendu les militants du FLN condamnés à mort. Il a non seulement laissé certains de ses prêtres aider directement cette organisation mais même pour deux d’entre eux, y adhérer et participer à ses congrès. Lorsque Monseigneur Feltin, vicaire général aux Armées visita les militaires français en 1959, Monseigneur Duval défendit qu’on le reçût dans aucune cathédrale d’Algérie. Il manifestait aussi son désaccord avec les positions modérées de son confrère et son désir d’apparaître sans lien direct ou indirect avec l’Armée française. En revanche, il garda un quasi silence à propos du drame des Pieds-noirs et du massacre des harkis.

En bref, Monseigneur Duval a agi en sorte que l’Eglise d’Algérie apparaisse, au jour de l’Indépendance, comme partie prenante de la lutte de « libération nationale ». C’était là un calcul machiavélique qui n’a même pas eu le mérite d’une efficacité quelconque.

Car, le prix à payer fut aussi évident qu’élevé. Les Pieds-noirs et les harkis l’acquittèrent sans que cela soulevât une grande émotion chez cet Archevêque devenu ensuite Cardinal le 22 février 1965. Lors de l’exode des Européens en 1962, il se contenta de demander au Secours Catholique de France d’aider à leur accueil, ce qui était bien le moins. Encore se trahit-il en précisant sa recommandation en ces termes : « pour les plus démunis d’entre eux », laissant ainsi entendre que, dans son esprit en tout cas, tous ne méritaient pas d’être secourus.

Le prix à payer fut bien plus lourd encore sur le plan spirituel. Le catholicisme était en Algérie, massivement européen, et, en ce sens, lié à l’histoire de la France en Algérie. Le troupeau fut sacrifié par son pasteur. L’Eglise qu’il dirigeait s’est complètement coupée de ses fidèles. L’Archevêque était résigné à leur départ, qu’il n’a jamais cherché à empêcher ou à réduire. De ce fait, l’Eglise d’Algérie est devenue une coquille vide avec trois évêques, peu de prêtres, et de très rares fidèles, souvent extérieurs au pays (coopérants ou étudiants africains). Le bilan ultime de ce prélat est donc calamiteux.

Interrogé par Marie-Christine Ray dans une interview / biographie, parue en 19983, il n’a pas semblé outre mesure troublé par cette situation. Se laissant même aller à quelque triomphalisme, il a exalté le dialogue avec l’Islam, qu’il affirme très positif et actif dans l’Algérie actuelle. On croit rêver.

Le fait que le régime algérien présent soit le parangon de toutes les corruptions et de toutes les dérives ne trouve aucun écho chez lui. Qu’importe que le catholicisme se soit quasiment évaporé ! L’essentiel pour le cardinal est d’avoir un dialogue avec trois quidams issus de la nomenklatura FLN, avec lesquels il peut « échanger ».

Espérons que cet épisode désastreux ne préfigure pas ce qui attend les chrétiens dans l’Europe de demain.

Jean MONNERET

1 - Reproche totalement absurde bien que repris de manière récurrente contre les Pieds-noirs çà et là, y compris à l’heure actuelle. Absurde car le vouvoiement n’existe pas en arabe. Des gens qui se tutoyaient en arabe auraient dû se vouvoyer en Français. Le tutoiement n’a d’ailleurs jamais empêché le respect. C’était là voir la politique par le très petit bout de la lorgnette épiscopale.
2 - A la question de M.C. Ray S’il est des luttes qui se justifient, celle du FLN entrait-elle dans cette catégorie ?, le prélat répond, « Je ne peux pas répondre par oui ou par non. Le FLN prétendait qu’il avait épuisé tous les moyens de faire reconnaître les droits des Algériens. Mais, il a été quelquefois dépassé par ses troupes ». Cette dernière phrase est un mensonge : le terrorisme aveugle, les massacres du 20 août, le massacre de Mélouza, les enlèvements d’Européens, les massacres de harkis ont été voulus et ordonnés par les dirigeants du FLN.
3 - M.C. Ray – Mgr Duval, un homme d'espérance. Ed du Cerf .119. Le prélat y emploie le mot de dialogue plus de 25 fois en 12 pages.


0 commentaire(s)