Hors-la-loi

Bis repetita placent.
Bis repetita placent. Le 22, je me suis rendu dans le premier cinéma venu. Certains ont enregistré quelques différences avec la version qui fut présentée en mai et juin. J’avoue qu’à quelques détails près, ceci me semble peu important.
A tête reposée, sans tension particulière, j’ai noté des remarques supplémentaires. Je ne reviens pas sur ce que j’ai dit dans mon livre concernant les erreurs historiques relatives aux événements dans Sétif le 8 mai 1945. Nous sommes devant des mensonges purs et simples.

Remarques :
1°/ Le fait que les personnages parlent très souvent arabe n’a évidemment rien d’anormal, sauf pour toute la partie qui se déroule en France, il faut rappeler en effet que les militants de la Fédération du FLN étaient massivement kabyles. Ne pas entendre un seul mot de berbère dans tout le film indique donc une indifférence bizarre au réalisme des situations. D’autant plus que le dialecte utilisé par les 3 acteurs principaux est fortement teinté d’expressions et de tournures marocaines. Ce point échappera à bon nombre de spectateurs mais l’on serait curieux de connaître les réactions en Algérie.
2°/ Tous les personnages sont caricaturaux. Les Français bien sûr, mais aussi ce qui est plus curieux les héros FLN de l’histoire. Il est étrange et même pénible de voir Debbouze (d’ailleurs le seul à tirer son épingle du jeu) donner malaisément de multiples accolades à Roschdy Zem qui le dépasse de 3 têtes. Quant à Abdel Kader le militant chef de réseau, il ressemble à Trotsky et il raisonne comme un fanatique borné ce qui, après tout, correspond au personnage sinon aux intentions du metteur en scène.>
3°/ Les situations sont irréelles. Je doute sérieusement que le bidonville de Nanterre ait vu passer tant de travailleurs immigrés en chapeaux mous. Des clandestins ainsi accoutrés ne seraient pas restés clandestins longtemps et la Guerre d’Algérie n’aurait pas duré 8 ans.
Le chef FLN clandestin se présente à tout bout de champ chez son frère, propriétaire d’un cabaret et d’une salle de boxe. Là aussi, dans la réalité, la police française l’aurait rapidement mis à l’ombre.
Le réalisateur n’a aucune idée des contraintes de la clandestinité et l’on voit vingt fois les militants s’appeler au téléphone et donner leurs consignes en clair.
Autre perle : un groupe de commandos du FLN se rend en Allemagne pour y acheter des armes. Ils reviennent en France et franchissent la frontière, en les transportant dans deux autocars et bien gentiment assis sur leurs fauteuils pullman. Tout le film est parcouru de ce genre d’invraisemblances criantes.
4°/ Le jeu des acteurs est très faible (sauf J. Debbouze qui semble avoir un réel talent). La mise en scène est simpliste, les décors médiocres.
Il ne se dégage de ce film aucune émotion. Il n’y a pas de souffle. La confusion est constante. La périodisation affichée est insuffisante parfois incompréhensible. Les erreurs sont légion (De Gaulle est présenté comme le Président du Conseil (ce qu’il a été en 1958) alors que la scène se déroule en 1960 etc…). Bref, si ce film devait mériter un prix, et comme il dure 2 bonnes heures, ce devrait être celui du navet le plus long.
JEAN MONNERET
27 septembre 2010

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