En première analyse …

Madame Séverine Labat dans un article publié dans le Monde des dimanche 27 et lundi 28 juin 2010* parle des événements de Sétif le 8 mai 1945 et se livre à diverses considérations sur ce point en relation avec la sortie du film Hors la loi.
Docteur en sciences politique et chercheur au CNRS, l’auteur présente de ces événements et de leur portée historique une analyse discutable. Elle a fait l’objet d’une critique du professeur Pervillé. Nous aimerions y ajouter nos propres réflexions.

A propos du film de Bouchareb, Madame Labat exprime l’espoir qu’il constituera un « tournant majeur dans l’élaboration de notre récit national ».
J’aimerais pour commencer critiquer sa formulation, l’histoire nationale n’est pas un « récit » qui « s’élabore ». Ce serait là une somme artificielle d’histoires, voire comme on le dit trop souvent, de mémoires additionnées voire construites et pourquoi pas reconstruites* selon les humeurs des uns et des autres ou selon les époques. Dans un pays comme la France, qui est une des plus vieilles nations du monde, il existe une Histoire nationale. Elle est apparue au cours des siècles, par le fait essentiel qu’il a existé dans notre pays des historiens,des hommes libres, souvent épris de vérité et cultivés, qui ont le goût de faire connaître les événements des époques qu’ils ont étudiées ou vécues. Que leurs descriptions aient pu être opposées entre elles, contradictoires, a contribué à la connaissance des événements. Que certaines études aient été insuffisamment objectives parfois, voire teintées par l’esprit du temps ou les parti-pris, n’empêche pas qu’au fil des siècles l’histoire, et notre histoire nationale, se soient affinées. En outre, à l’époque moderne, la liberté d’expression, le goût de la recherche libre et l’extension des moyens de diffusion et de communication ont fait de l’Histoire une discipline rigoureuse, de plus en plus soucieuse de tendre vers des méthodes scientifiques. Bien entendu, les passions politiques des hommes jouent en sens inverse et les événements récents montrent combien la tendance est forte chez certains groupes et factions politiques de soumettre l’Histoire à leurs querelles et à leur propagande. Le fait qu’en France, aujourd’hui, la production d’image, tant au cinéma qu’à la télévision, soit très strictement dominée par des idéologues massivement acquis aux vues « progressistes », « anticolonialistes » et pour tout dire « mondialistes », a hélas depuis quelques années une conséquence dramatique: le recul sensible et véritablement inquiétant de la liberté d’expression.
Les moyens de communication de masse ont peu à peu banni toute diversité des opinions. Le penchant totalitaire n’a jamais été aussi puissant dans l’univers audio-visuel. Nous accueillerions avec joie la sortie d’un film sur la Guerre d’Algérie ou sur le développement et l’histoire du nationalisme algérien, s’il y avait une chance qu’il fût une oeuvre objective. Ceux qui ont vu le film de Bouchareb « Hors la loi » ont peu de raisons de l’envisager sous cet angle.
Dans ces conditions, espérer qu’il sera comme l’espère Madame Labat un tournant majeur, laisse sceptique. Sceptique, quant à son apport réellement historique s’entend.
Madame Labat est-elle sûre d’ailleurs de ne pas céder elle-même à une vision très discutable des événements du 8 mai 1945 à Sétif? Elle écrit en effet ceci: « …en ce 8 mai 1945, la France , (souligné par nous)…se livre en Algérie à une sanglante répression contre les populations musulmanes de Sétif et de Guelma… »
J’ai le regret de devoir considérer que cette phrase ne décrit pas exactement ce qui s’est passé. Les populations musulmanes ne furent pas visées en tant que telles. En particulier, à l’intérieur de la ville de Sétif, il n’y a pas eu de répression massive. Nous le montrerons dans une prochaine analyse.
JEAN MONNERET
3 septembre 2010
*Voir également le blog : passion-histoire.net
*B. Stora parlant de « reconstruire » (sic) nos mémoires nationales.

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