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La science politique vient de faire un grand bond en avant (ou en arrière) depuis que M.Besson a déclaré: "La France n'est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion; c'est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble." Je ne m'étonne plus d'apprendre à intervalles réguliers que des jeunes sifflent la Marseillaise et que certains, à Toulouse, y brûlent le drapeau français. Sans doute ignorent-ils la notion de patrie et celle de "conglomérat" les rebute peut être. Qui voudrait être pris pour un "congloméré"? En effet,à prendre la déclaration bessonienne au pied de la lettre, on a une bonne définition de ce qu'est la "non identité nationale". Nous apprenons que nous Français ne sommes pas un peuple. Quid dès lors de la souveraineté populaire? Quid de la Justice, rendue au nom du peuple? A lire le Ministre, il y aurait en effet plusieurs peuples sur le territoire français. Ca promet. Nous n'avons pas non plus de langue. Ce qui pourrait signifier que le Français que nous parlons et écrivons, que d'aucuns parmi nous défendent, n'est qu'une langue parmi d'autres. Lesquelles au fait? Lorsque je travaillais, je me souviens pourtant d'un rappel du Ministère qui avait jugé bon de préciser que " le Français était la langue de la République." Mais tout cela c'était avant la révolution bessonienne. Désormais,la République n'a plus de langue. Ni de religion d'ailleurs. Certes il y a les racines chrétiennes du pays mais ça, c'est une lubie d'historiens et l'Histoire, M.Besson peu lui chaut. Au total donc je suis obligé de conclure que nous ne sommes pas, ou plus, une Nation. En effet, selon le Larousse: "Une nation est une communauté humaine installée sur un même territoire et qui possède une unité historique, linguistique, religieuse, économique plus ou moins forte." Si donc, Louis XIV, Napoleon, Clémenceau ont cru que la France était une Nation, ce fut une illusion. Ca c'était avant Besson. A vous et moi qui crûmes longtemps être des Français de souche il faut crier: "Halte là!" Nous n'existons pas. La France est un conglomérat (j'allais écrire un ramassis) de peupleS. Vous avez bien lu peupleS avec un s et pas individus. Nos ancêtres morts pour la France ne sont pas morts pour la Patrie mais pour le Conglomérat. Définition du "conglomérat" dans le Larousse: "Roche formée de matériaux grossiers, réunis par un ciment calcaire ou siliceux". Un bond en avant de la science politique vous dis-je! Quelqu'un a parlé jadis du niveau 0 de la politique. Le bessonisme nous projette vers des abîmes Pour ma faible part, je resterai fidèle à ce qu'autrefois on m'enseignait à la petite école et qui correspondait à la définition du Larousse. A toutes les bessonades, j'ai envie de répondre par ces vers de V.Hugo: Et à ceux qui crachent sur notre Patrie malade, à ceux qui nous insultent et brûlent notre drapeau, je dirai, comme Victor Hugo encore: JEAN MONNERET 27 janvier 2010. |
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Il y a un an, je déplorais que l’hommage rendu aux combattants d’AFN ait été précédé, à la télévision, d’un sinistre film dépeignant nos soldats comme des tortionnaires et des meurtriers. Le non moins sinistre Bockel, après avoir décoré quelques-uns des nôtres, s’en alla ensuite accorder une interview à un journal FLN. Il rendit hommage à ses combattants et affirma que l’Algérie était une nation en 1954(sic). Cette année, en 2009, les choses furent quelque peu différentes. M. Hubert Falco après avoir, hélas, réaffirmé que le système colonial était basé sur l’injustice, se livra immédiatement après à des considérations qui montraient rigoureusement le contraire. Il déclara que les Français en AFN avaient soigné, éduqué, construit (en Algérie ils ont créé le pays lui-même) et combattu pour le plus grand bien de tous. En somme, après avoir annoncé une première proposition conforme à l’idéologie officielle, Hubert Falco a tranquillement démontré qu’elle était entièrement fausse. Il sera donc très difficile de la prendre au sérieux. Il a ensuite expliqué que les victimes civiles du terrorisme seraient considérées comme mortes pour la France et que les victimes du 26 mars 1962, en particulier, seraient inscrites au Mémorial du Quai Branly. Pour les familles concernées c’est une victoire que nous saluons de tout cœur. C’est également une victoire pour toute notre communauté. Reste que l’exercice du Ministre Falco avait un caractère légèrement orwellien : affirmer son soutien à une thèse officielle, tout en la démentant à chaque parole suivante : c’est de l’art. Reconnaissons-le donc : Falco n’est pas Bockel et sans doute sera-t-il plus populaire chez les nôtres. Cependant, l’exercice auquel il s’est livré est curieux. Les anglophones le qualifieraient d’ oxymoronic (contradictoire). Vous savez cet adjectif bâti sur la racine oxymoron, cette figure de style qui unit deux termes sémantiquement opposés : obscure clarté, faibles forces, courage craintif, rigueur démocratique etc… En anglais, le terme se double d’un jeu de mot sur moronic, dérivé de moron qui signifie crétin. Des journalistes américains ont poussé l’insolence jusqu’à qualifier ainsi la politique du président Obama en Afghanistan. Envoyer des renforts dans ce pays, tout en annonçant qu’ils partiront le plus vite possible, en 2011 au plus tard est typiquement oxymoronic selon Time Magazine. C’est tout simplement une façon de dire une chose et son contraire. Elle se répand chez les politiciens occidentaux. Mais baste ! Pour nous l’essentiel est ailleurs, nous n’acceptons pas l’idée que la colonisation fut intrinsèquement injuste. Non et non ! Nos ancêtres ne se sont pas décarcassés outremer pour y perpétuer l’oppression. Et attention ! Encore une fois, Caveant Consules ! On ne peut pas dire et laisser dire quotidiennement et partout que la société française regorge de discriminations et d’injustices ou que l’histoire de France fut une suite de crimes et s’attendre à autre chose. Il serait temps de changer de cap. Rien de plus dangereux que l’auto-flagellation perpétuelle à cet égard. Elle nourrit quotidiennement le futur terrorisme à nos portes, dans nos banlieues et même dans nos universités. JEAN MONNERET 15 décembre 2009. |
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Dans le numéro d'octobre de Veritas, j'ai été pris à partie à propos de mon dernier ouvrage Une ténébreuse affaire: la fusillade du 26 mars 1962 à Alger. Il y aurait beaucoup à dire sur le goût de certains de nos compatriotes pour les querelles fratricides. Elles sont particulièrement malvenues à l'heure où nos adversaires se livrent à des offensives médiatiques massives contre nous et s'apprêtent à en organiser de plus fortes encore Je redis donc qu'il ne faut pas compter sur moi pour alimenter ces polémiques inopportunes, pour ne pas dire plus. J'invite l'auteur de la "lettre ouverte" publiée dans Veritas à commencer par le commencement, c'est à dire par lire mon livre. Il ne craint pas en effet de tranquillement affirmer qu'il base son opinion négative uniquement sur des commentaires qu'on lui a fait de mon ouvrage!!!! En ce qui concerne le reproche injustifié qui m'est adressé par cette lettre de charger l'OAS d'une responsabilité dans la tuerie, je me contenterai de citer ici ce que j'ai écrit dans un autre livre La tragédie dissimulée, page 19, note 4: "Nous avons montré.... qu'il y avait de multiples raisons de mettre en doute l'affirmation selon laquelle cette fusillade de la rue d'Isly était une riposte à des tirs de l'OAS. Aucun esprit non prévenu ne peut accepter cette thèse sans contestation. La fusillade resulte de toute façon d'une machination sur laquelle de nombreuses révélations ont déjà été faites. L'unité de tirailleurs qui a ouvert le feu, n'était là que par l'effet d'une manipulation opérée à un haut niveau." JEAN MONNERET 26 octobre 2009. |
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La vérité historique a ceci de particulier qu’elle est le plus souvent complexe, difficile à saisir, ramifiée, fuyante. L’être humain pour sa part, est ainsi fait qu’il préfère et de loin, la légende à la vérité. Cette dernière lui paraît souvent terne, étroite ou, en tout cas, autre que ce qu’il imaginait. Exemple : la légende du masque de fer. Voltaire la créa de toutes pièces (ou à peu près) afin de discréditer la monarchie. Aujourd’hui, les travaux des meilleurs historiens montrent qu’il n’y a jamais eu de masque de fer, de jumeau dissimulé de Louis XIV, ni rien d’approchant. Le prétendu masque de fer était un valet de Fouquet que l’on mit à l’ombre car sa position lui avait permis de connaître de graves secrets d’état. Il portait un loup très ordinaire pendant son transfert, ce que l’imagination débridée du maître de Ferney transforma en un masque de fer, vissé et cadenassé s’il vous plaît. Les historiens qui ont rétabli la vérité historique risquent de faire deux victimes collatérales : l’immense littérature inspirée par la légende et la vaste profusion de films qu’elle a suscitée. Aussi y a-t-il tout lieu de penser que cette légende, fort rémunératrice, survivra aux travaux des chercheurs sauf, évidemment, dans le milieu des spécialistes où l’on ne s’en laisse pas conter, si facilement Tâche ingrate finalement que celle de l’historien, souvent contraint de dégonfler des baudruches ou de ramener à l’analyse glacée et précise des faits les esprits échauffés! Ainsi en fut-il récemment à la mort du célèbre porteur de valises, Francis Jeanson qui fut « saluée », dans nos milieux, par des notations approximatives sur son action et sur sa biographie. Pour rester bref, il est assez schématique de dire que Jeanson était communiste. Ce serait oublier qu’il était en conflit avec le PCF sur le sujet de l’aide directe au FLN. L’activité pro-terroriste de Jeanson se fit par opposition à celle du PCF. Il est vrai qu’en 1945, Jeanson aurait été journaliste à Alger Républicain. Cependant, il est effectivement connu comme un philosophe existentialiste proche de Sartre. En 1960, lorsqu’il organisa ses réseaux d’aide aux rebelles, il était un radical révolutionnaire d’extrême gauche. C’est dans un esprit de surenchère vis-à-vis du PCF, qui à ses yeux, n’aidait pas suffisamment le FLN, qu’il se lança dans son entreprise. Le Bureau Politique de la Place Kossuth tenait ces groupes pour provocateurs (fidèle en cela à sa « logique » stalinienne). Certes on objectera, et on aura raison, que ces divergences sur l’aide directe au FLN, n’étaient que de caractère tactique. Stratégiquement, le PCF comme Jeanson étaient tous deux favorables à l’indépendance de l’Algérie. Il est hors de question ici de retracer l’ensemble des conflits qui ont opposé le FLN et ses amis au PCF et à sa filiale algérienne le PCA. L’histoire de ce dernier reste à écrire. Il est important toutefois de tenir compte de la complexité des faits historiques. Je conclurai par cette notation rapide : en aidant le FLN, les porteurs de valises se sont faits les complices de criminels. Or, il est finalement réconfortant de constater qu’en dépit d’une grande complaisance médiatique, l’appellation porteurs de valises reste marquée d’une connotation péjorative. L’opinion a senti confusément que malgré leurs efforts pour enjoliver leur passé, ces gens ont mal agi. La gauche française officielle, malgré sa conversion à l’anticolonialisme le plus primaire, les a d’ailleurs plutôt tenus à distance JEAN MONNERET |
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Il est tragique que sur certains sujets graves, n'importe qui aujourd'hui puisse prendre la parole pour dire n'importe quoi. Une récente déclaration d'un ministre à propos de la Guerre d'Algérie, illustre ce point. Mais si les média français sont tenus d'une main de fer par la caste politique et filtrent tout ce qui n'est pas conforme, une multitude de forums, de blogs, sur internet et ailleurs voit proliférer le meilleur comme le pire. L'affaire du 5 juillet 1962 à Oran, après avoir été tenue sous le boisseau pendant des décennies, est aujourd'hui noyée sous un flot de déclarations, d'assertions, de témoignages de toute provenance et de tout calibre. Depuis que le 8/9 juillet 1962 le correspondant du Monde reprit, sans réserve, le "bilan" de la terrible journée du 5, tel qu'il fut dressé par le FLN, nous vivons un psychodrame parfaitement surréaliste. Naturellement, des pieds-noirs oranais et autres, outragés et indignés par un bilan aussi évidemment faux et réducteur ont réagi. Les témoignages sur le massacre se sont multipliés, l'ampleur des exactions a fait l'objet de dénonciations sévères et indignées dans ces milieux. Hélas ! Déplacer le curseur à l'extrême bout du cadran, et en sens rigoureusement inverse, n'a pas de justification non plus. Une bonne occasion de ne pas faire de propagande ou de contre-propagande pour s'en tenir aux faits et aux réalités fut ainsi perdue, durant les trois décennies écoulées. Aujourd'hui, les choses sont devenues telles que le petit nombre de ceux qui ont travaillé sur le sujet, qui ont étudié le déroulement des faits en s'efforçant d'établir un bilan sérieux sont franchement isolés. Leur bilan parait singulièrement modéré, voir "trop modéré" aux yeux de quelques uns. Entre le tsunami des chiffres extravagants d'un côté, et la minimisation outrancière à laquelle se livrent les amis du gaullisme et du FLN, la vérité peine à se frayer un chemin. Lorsque dans mon livre "La tragédie dissimulée" paru aux Éditions Michalon en 2006, page 150 et 151, j'indiquai, qu'à s'en tenir aux archives militaires et aux archives du Quai d'Orsay, le bilan du 5 juillet se situait entre 365 et 453, j'ai rencontré beaucoup d'incompréhension dans notre milieu qui s'était auto-intoxiqué pendant des années. Je me contenterai ici de reprendre quelques idées destinées à guider les recherches et les évaluations. 1) Il n'existe pas d'archives fiables à 100% sur les morts et les disparus du 5 juillet 1962. Celles qui existent ne sauraient pour autant être négligées. 2) Ceci n'autorise pas à lancer n'importe quel chiffre, de préférence élevé, dans l'idée fort naïve qu'il impressionnera. C'est l'inverse qui est vrai. Pour ceux qui nient le malheur et les épreuves des pieds-noirs, -ils sont nombreux, bien organisés et influents -, c'est du pain bénit. Les exagérations, courantes dans nos milieux, ôtent toute crédibilité à nos légitimes revendications et à la mise en cause des responsables de l'époque. 3) Depuis trente ans, j'ai observé un phénomène curieux : J'ai vu régulièrement augmenter les chiffres allégués des victimes du 5 juillet 1962.Jusqu'à décupler. Il est temps de revenir au bon sens. Un des hommes les mieux informés sur le 5 juillet était le docteur Couniot. Non seulement, il était à Oran ce jour là, mais en outre, il demeura dans cette ville quelques années après l'Indépendance. Il mit ce temps à profit pour en savoir plus sur le déroulement et les causes de cette funeste journée. Chez lui, pas de chiffres extravagants, pas d'explications complotardes fumeuses. Or, ses contacts étaient nombreux tant chez les européens que chez les musulmans indépendantistes. Ce médecin qui était en outre une personnalité locale respectée fut la première personne que j'interrogeai en commençant mes recherches. Il évaluait les victimes, morts et disparus à 600. Mgr Boz, également présent à l'époque à Oran, confirme avoir remarqué un certain consensus sur cette évaluation. Le consul général Jean Herly se rendit auprès de Ben Bella, le 28 juillet 192, pour l'informer de l'ampleur des exactions et demander qu'on recherche les disparus. Herly avait été saisi de 448 plaintes. Une même plainte pouvant concerner plusieurs personnes, mais toutes ne concernaient pas des enlèvements. Les plaintes relatives à des biens spoliés ou à des voitures volées en faisaient partie. D'autres plaintes furent ensuite déposées en France. Le bilan fut donc bien entendu alourdi mais peu en définitive. Au MAE, les fiches de personnes disparues à Oran le 5 sont au nombre de 417. Madame Ducos-Ader dans sa propre liste provenant entre autres des associations comme l'ASFED ou l'ADDFA en dénombre 412. A l'heure où nous écrivons ces lignes, 287 personnes victimes du 5 juillet seraient inscrites sur le mur des Disparus de Perpignan. Au total, il apparaît raisonnable, toutes évaluations confondues, d'avancer que l'ordre de grandeur des victimes du 5 juillet 1962 à Oran, se situe dans une fourchette allant de 400 à 600. 4) Tous les chiffres précédents montrent, au risque d'en contrarier certains, que les victimes du 5 juillet se comptent par centaines et non par milliers. Telle est la vérité, dure à avaler pour ceux qui se laissent bercer par la propagande, mais vérité tout de même. 5) Or dès les années 80, ce chiffre commença à être gonflé. On affirma dans nos rangs qu'il tournait autour du millier. A partir de 1994 j'entendis parler couramment de 3.000 morts. Récemment, à la manifestation de Valence, quelques porteurs de pancartes ne craignaient pas d'afficher 5.000 morts pour le 5 juillet. Encore quelques années et nous en serons à 10.000. Il est temps d'arrêter cette fâcheuse spirale. il faut raison garder. N'imitons pas le FLN. Concernant la désinformation exercée par cette organisation à propos du 8 mai 1945 et des milliers de victimes alléguées parmi les insurgés, j'ai toujours dit, et d'autres historiens avec moi, que "la répétition inlassable de chiffres infondés n'en réduit pas l'inexactitude". Cela vaut pour tous les bilans de toutes les victimes, dans toutes les communautés, à toutes les époques du conflit en Algérie. Cette position est malaisée à tenir car souvent incomprise. Elle n'en est pas moins la seule compatible avec l'honnêteté intellectuelle. JEAN MONNERET |
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M. Jean-Marie Bockel a donné une interview à un journal algérien Al-Akhbar (L'information !!) qui fut reprise par Al Watan (La Nation). Nous y apprenons que, décidément, nos gouvernants sont des gens curieux. Celui qui a dit que le pire n'est pas toujours probable s'est lourdement trompé car avec les politiciens, il faut toujours s'attendre au pire du pire. Quand on saura que ladite interview de l'intéressé est datée du 13 mai 2009, je pense que je serai compris. Que déclare donc ce membre du gouvernement à propos de la guerre d'Algérie ? Attention ! Accrochez-vous aux branches ! Citation : "[Reconnaître la guerre d'Algérie] c'est reconnaître que ce conflit a opposé deux nations également (sic) constituées qui étaient déjà (sic) l'Algérie et la France." Alors là ! Rideau ! Basta ! N'en jetez plus ! Pauvre Clio couverte de crachats, insultée, ridiculisée. Pauvre France, ramenée par un de ses représentants au niveau de l'Algérie FLN. Car, vous avez bien lu : L'Algérie et la France étaient déjà (sic) deux nations. Et pas seulement deux nations. Elles étaient deux nations également constituées. Autrement dit : La France qui est une des plus anciennes nations d'Europe et une des plus prestigieuses affronta, à partir de 1954, une autre nation constituée à son égal. Chacun sait, même le plus humble de nos étudiants d'Histoire, qu'il n'y avait pas de nation algérienne en 1830, que le nom même d'Algérie fut créé par les Français que l'émir Abd-el-Qader qui dirigea la résistance à l'armée française le faisait au nom de djihad et non pas au nom d'une patrie algérienne qui n'existait pas. Pas plus qu'elle n'existait en 1954, où le mouvement nationaliste à peine sorti de la crise berbériste végétait dans les divisions et les conflits de personnes. Pour Bockel, tout cela n'est que roupie de sansonnet, que dis-je, de la raclure de godillot : L'Histoire, il s'en essuie les pieds. "Puissances célestes, guérissez-le !" disait Ophélie d'Hamlet. Oh oui ! Car ce n'est pas tout. Bockel ajoute, je le cite : "Reconnaitre la période 1954-1962 comme la guerre d'Algérie, c'est d'abord reconnaître la valeur militaire (sic) des combattants de l'Indépendance, leur bravoure, leur sacrifice en même temps (sic) que ceux des soldats français tombés sur ce sol qu'ils découvraient pour la première fois..." Pauvre, pauvre France dans quelles mains es-tu tombée ? JEAN MONNERET |
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J'ai toujours respecté Georges Dillinger. Je suis déçu de constater qu'il s'est livré à des attaques injustes contre moi dans Présent. Je ne polémiquerai pas avec lui. Depuis 47ans notre communauté a beaucoup souffert de sa propension aux querelles fratricides. Il ne faut pas compter sur moi pour les alimenter. J'invite Dillinger a diriger le fer de lance contre nos adversaires : les gaullistes, les socialo-communistes et les "historiens" à la Stora. J'invite aussi les lecteurs de Présent à lire mon livre : Une tenebreuse affaire : lafusillade du 26 mars 1962 à Alger. Ils verront que je ne dis nulle part qu'il faut se fier aux archives et aux déclarations des gendarmes. Je montre au contraire l'inanité du rapport de gendarmerie grâce à un document photographique irréfutable. Je livre le témoignage inédit du chef de corps du 4éme RT ainsi qu'une pièce du fonds Dessaigne qui précise et détaille la machination du 26 mars. Je ne vois pas pourquoi il aurait fallu tenir ces informations capitales sous le boisseau. C'est ça l'exigence de vérité. JEAN MONNERET |
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En rédigeant mon ouvrage intitulé: Une ténébreuse affaire:la fusillade du 26 mars 1962 à Alger, je n'ai pu consacrer suffisamment de place à deux évènements concomitants : la fusillade du Carrefour de l'Agha et une fusillade qui a eu lieu, presque simultanément, rue Alexandre Ribot. Cette dernière entraina mort d'homme. La victime, M.Galiéro est citée parmi les personnes tombées ce jour là mais il aurait été abattu non pas rue d'Isly mais rue Ribot, devant chez lui. Je possède un récit fragmentaire sur ce point mais n'émanant que d'une seule personne. Ceci est considéré comme insuffisant par les historiens. J'appelle donc les personnes ayant connu la victime, ayant vécu à cet endroit et ayant vu ce qui s'est passé à me faire parvenir leur récit. D'avance merci. JEAN MONNERET 28 rue diderot 94300 Vincennes Tel:0179112267 |
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Mon nouveau livre : Une ténébreuse affaire : la fusillade du 26 mars 1962 à Alger, Ed l'Harmattan 5 rue de l'ecole polytechnique Paris 5ème est disponible dans les librairies surtout les "bonnes". Pour plus d'information, consulter la rubrique "livre". |
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La crise alimente chez les dirigeants des différents pays européens la
crainte de troubles graves. C'est ce que nous apprend le Figaro du 23
janvier 2009, par la plume de son correspondant Thierry Portes. Je cite :
"La peur d'une insurrection populaire nourrie par la crise commence à
s'insinuer dans l'esprit des dirigeants européens." Par les temps qui courent, il n'est que plus irrationnel de jeter du sel sur les plaies et de l'huile sur le feu afin d'entretenir, à grand renfort de propagande médiatique, un esprit de contestation et de revanche dans des secteurs fragiles et instables de la population. En effet, en moins d'un quart de siècle, la France a laissé se créer sur son sol, dans de nombreuses villes grandes et moyennes, des cités-ghettos qui peuvent devenir des foyers d'insurrections et de troubles graves. Nombre de ces lieux sont désormais des bombes à retardement à la périphérie des agglomérations. On y déverse, constamment et follement, par médias interposés, une vaste propagande selon laquelle ces zones et leurs habitants sont victimes d'une discrimination persistante. De quoi y rendre la situation encore plus explosive. Il est tout à fait irrationnel et plus irresponsable encore de laisser entendre que bien des attitudes discriminatoires alléguées prennent leur source dans le passé colonial de la France. Il est éminemment dangereux que la télévision et le cinéma montrent sans trêve aux habitants des cités une histoire falsifiée et tronquée de cette période. Que l'école, par l'intermédiaire de manuels bien peu objectifs, se fasse le relais de ces visions faussées est tout aussi dramatique. Si nos dirigeants craignent des troubles, ils seraient bien avisés de mettre une sourdine à l'anti-colonialisme de principe qu'ils ne manifestent que trop officiellement. Les conséquences de cet état d'esprit auquel se joignent de multiples appels à la repentance, peuvent être gravissimes et cela à court terme. Qu'à cet égard, journalistes, cinéastes, éditeurs, tous ceux qui détiennent le pouvoir de diffusion de la parole et de l'image soient mis en garde. La portée délétère d'une certaine vision bancale et mensongère de l'Histoire de France, ne doit pas être sous-estimée. Elle est un ingrédient particulièrement dangereux de la situation actuelle, qu'un rien peut rendre détonnant, à tous les sens du terme. Caveant consules ne quid detrimenti res publica capiat.* La colonisation a pu avoir, parfois, des aspects sombres ou excessifs. Globalement, elle a toutefois permis aux populations de l'ancien Empire français de réaliser d'immenses progrès sociaux, culturels et politiques grâce au contact avec l'une des plus grandes civilisations du monde. Les ressortissants des anciennes colonies françaises doivent beaucoup à leur métropole. Les progrès en matière médicale en particulier furent immenses. Pas seulement en ce domaine. Nous y reviendrons. Le 5 février 2009 Jean Monneret Note *Que les consuls prennent soin que l'État ne souffre nul dommage. |
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Lettre au Figaro le 18 janvier 2009. Historien à Monsieur Michel Schifres Comité Éditorial du journal Le Figaro Je m'inquiète depuis un moment de voir la qualité du français baisser au
Figaro. Faut-il craindre de voir le franglais désormais déchaîné sur les
radios et les télévisions y triompher ? Quelques exemples, si vous le permettez : Dans le Figaro du 24-12-08, sous la plume du docteur Pérez, dans un article intitulé Existe-t'il des recettes pour être heureux, p.11, le mot addiction est utilisé à la place du mot français dépendance. Il s'agit là d'un anglicisme caractérisé. Dans le Figaro du 6 janvier 09, madame Marie-France Calle, publie un
article intitulé Dehli pointe la piste pakistanaise, p.8. Dans le Figaro du 12-01-09, sous la signature de Laure Maindeville, on
peut lire ceci : "Le président élu est en train de mettre en place une
équipe dédiée qui doit être opérationnelle dès le 20 janvier". Dans le Figaro du 15-01-09, le docteur Pérez nous parle de la check-list qui réduit d'1/3 les décès au bloc opératoire. Or dans l'article elle explique, elle même, que la check-list est une liste de contrôle. Pourquoi ne pas utiliser ce terme uniquement ? Dans le Figaro du 16-01-09, monsieur Adrien Jaulmes, nous apprend que "chaque immeuble peut servir de poste à un sniper". Pourquoi utiliser ce mot anglais alors que nous avons en français le mot franc-tireur que l'on utilisa beaucoup pendant l'occupation et qu'un journal parisien reprit même en titre ? Tels sont Monsieur le vice-président, quelques-uns des problèmes illustrant mon propos. Dans l'espoir que vous ferez le nécessaire pour qu'il soit remédié à tout cela, je vous prie d'agréer l'assurance de ma sincère considération. Le 18 janvier 2009 Jean Monneret |
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A propos de trois événements ayant des rapports entre eux. Le 5 décembre un rassemblement eut lieu Quai Branly pour rendre hommage aux morts des combats menés en Afrique du Nord par notre Armée. Celle-ci luttait alors contre le terrorisme et s'efforçait d'en protéger les populations civiles. Jusqu'à quand ce "spectacle", surréaliste va-t-il durer ? D'un côté, des gouvernants qui nous appellent au "devoir de mémoire". De l'autre, des journalistes qu'on souhaiterait pouvoir respecter davantage, qui en rajoutent dans la dénonciation. La dénonciation de ceux qui, il y a un demi-siècle, combattirent la menace terroriste. Logiquement, il conviendrait de rappeler à ces journalistes que ladite menace est devenue, ajourd'hui, planétaire. Elle touche les cinq continents. D'un côté, il y a un état qui commémore. Point trop mal d'ailleurs : Le mémorial du Quai Branly est assez beau. Le général qui officiait à la cérémonie a une belle prestance; le Secrétaire d'Etat qui distribuait les médailles aussi. On prête à l'actuel président de la république l'intention de faire ajouter le mot diversité à la suite du tryptique : Liberté. Egalité. Fraternité. Vrai ou faux ? Nous l'ignorons. Ce qui est sûr, c'est qu'en matière de diversité des opinions à la télévision, ce principe serait bienvenu. Il faudrait surtout l'appliquer, qu'il soit ou non inscrit au frontispice des bâtiments publics. De ce point de vue, tout est à faire dans le domaine de l'audio-visuel, qui n'a jamais été autant soumis à la pensée unique et à la vigilance des commissaires idéologiques. Ce n'est pas la création de l'Historial De Gaulle aux Invalides qui pourrait nous porter à changer d'avis sur ce point. Certes, nous ne sommes plus là dans l'audio-visuel stricto sensu. Mais nous sommes, -et jusqu'au cou-, dans le politiquement correct. Qu'on en juge ! A en croire le Rédacteur en chef de la Revue de la Société des Amis du Musée de l'Armée, qui fait un compte-rendu de sa visite à l'Historial dans le numéro 135, les concepteurs de ce projet destiné à exalter qui vous savez, ont fait le lien entre Louis XIV, Napoléon et De Gaulle. Excusez du peu ! Ce lieu est en outre, selon son maître d'oeuvre, "le lieu de la connaissance" [et] "de la transmission du savoir". Pas moins ! D'autant que, selon le rédacteur de l'article, "l'image et le son [sont] les seuls vecteurs de la connaissance". Aussi, l'auteur de l'article ne craint-il pas d'objecter qu'une telle démarche fait naître quelque doute. Doute très légitime en effet. L'Histoire sans archives écrites, basée sur des discours enregistrés et des images retravaillées risque fort de ressembler à une -propagande-. D'autant que, nous citons toujours :"La quantité importante d'informations fournies n'empêche pas que l'Historial fasse les questions et les réponses". Pourquoi se géner en effet ? C'est beaucoup mieux ainsi. Imaginez que des historiens d'opinion différente soient intervenus ! On eût risqué que certaines questions demeurassent sans réponses. Pire encore, à certaines questions, il y aurait peut-être eu plusieurs réponses, peut-être même, des réponses contradictoires. Ouf ! Nous l'avons échappé belle. Vous avez dit diversité ? Jean Monneret |
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Voies et moyens de la réécriture de l'Histoire. On peut lire dans le livre de S.Thénault «Histoire de la guerre
algérienne d'indépendance » des choses fort instructives. Jean Monneret |
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ASSIA DJEBAR : Nulle part dans la maison de mon père. Monsieur Guy Imart, ancien professeur à la faculte d'Aix-en-provence a bien voulu nous confier cette étude sur l'oeuvre d'Assia Djebbar. Qu'il en soit remercié. J’ai lu, sinon avec le plaisir sensuel que procurent certains livres, du moins avec un intérêt soutenu, complice et respectueux-mais sans complaisance-cet ouvrage essentiel de la nouvelle académicienne. On a souvent dit- et l’auteur insiste sur ce point, combien dans l’Algérie évoquée ici, si la vie publique se déroulait pour l’essentiel en commun, les vies en privé, des deux communautés restaient confinées au sein de chacune d’elle, sans guère d’interpénétration. Ce livre illustre parfaitement cette triste réalité, surtout en ce qui concerne la connaissance que pouvaient avoir les « Européens » de la vie privée, familiale, intime des « indigènes, même « occidentalisées » ;Car pour ce qui est de l’inverse, les autochtones bénéficiaient tant de l’habitude circum- méditerranéenne de vivre portes ouvertes que ce que certains d’entre eux appelaient l’ »impudeur » des Roumis. Encore faut-il préciser que cette autobiographie raisonnée ne sollicite pas en priorité une analyse littéraire. Je la perçois plutôt comme uns sorte de chronique de frustrations annoncées dont l’examen requiert les lumières de Freud, celles de sociologues et d’historiens bien plus que les dissections psychologiques d’un La Bruyère ou les recherches structurelles de la critique moderne. Obsession sexuelle, d’abord, omniprésente, la plus évidente, la plus douloureuse, la plus lourde de conséquences, la plus mal subie. Non pas, certes, celle cajolée par tant d’auteurs modernes qui en ont fait leur fonds de commerce, s’appuyant sur un cocktail d’instincts primaires, de permissivité et de mauvais goût mais celle, plus spécifique, adossée, au contraire, à la répression. Obsession religieuse ensuite, encore que l’on hésite beaucoup à employer ici cet adjectif. D’où viennent, en effet, les comportements qu’on vient de décrire sinon d’une adhésion totale, tout au moins de l’acceptation passive d’un code social de conduite- ce à quoi, pour ceux qui le pratiquent au quotidien, sinon pour le théologien professionnel, semble se résumer un Islam dans lequel l’élément rituel, les tabous mentaux et sociaux , les règles juridiques, la tradition, la codification des rapports maîtres/sujets et conquérants/vaincus paraissent l’emporter de loin sur le problème d’un divin non-autoritaire, du spirituel(qui n’est pas le mystique), de l’éthique, de l’amour (non sélectif) du prochain, du droit du faible, etc. On accède ainsi à une seconde variante obsessionnelle : sociologique aussi, mais interne, elle, à cette communauté-cocon que l’auteur qualifie indifféremment de « musulmane », « indigène, « arabe », « nôtre », autant de termes tenus pour synonymes et opposés à « européen », « français », « colonial », « eux ». Obsession historique aussi, donc. « Arabe » est ici référence culturelle prestigieuse, axée sur l’Orient et c’est CE rapport à l’arabité qui est revendiqué par l’auteur, par son père, par Tarik. Elle permet, au Maghreb natal (un mot qui, quand même, signifie Occident) d’une part d’occulter tout ce qui dans un Andalus mythique (que l’auteur dit « nôtre ») fut, au moins démographiquement, berbère et multiethnique, pluriculturel, d’oublier d’autre part les siècles de guerres implacables menées par l’Orient islamique contre les autochtones berbérophones (ses aïeux), puis de gommer la réalité de l’invasion bédouine du XIe siècle : un déferlement de tribus- disons turbulentes, dont l’aristocratie urbaine et marchande d’Arabie sut sagement se débarrasser en les envoyant guerroyer et piller au loin. Dans l’Algérie d’aujourd’hui le despotisme oriental du pouvoir, d’une part et le fanatisme obtus entretenu par une nébuleuse orientale n’est pas le fruit des bâtisseurs de Kairouan qui laissèrent largement intact le tissu sociologique berbérophone marqué par des siècles de culture a-islamique. Comment en arrive-t-on là ? |
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Parvenus là, il faut, avant que de poursuivre, faire retour sur le livre et sur l’auteur. Quel est le point de départ, la cause première de cette transformation ? Ce n’est pas, on l’a vu, le contre-choc de la proximité de la mort, en octobre 1953. il y eût, bien sûr, aussi, sinon le déclenchement même de la guerre en novembre 1954, du moins la logique implacable de son déroulement qui marqua une étape importante. Et la rupture du mariage, vingt-et-un ans plus tard, en 1974, en fut une autre, symbolisant une accélération du processus de métamorphose, mais nullement son aboutissement. L’auteur, dans ces ultimes pages semble d’ailleurs promettre sur ces points un développement, en deux tomes à venir d’ « auto-analyse rétrospective ». L’éloignement de la société algérienne dans sa réalité sociologique quotidienne, joint à l’irruption tragique de ce que V.S. Naipaul a si justement nommé « l’Islam de l’Amertume » (mais une amertume directement, logiquement, inéluctablement issue de « l’Islam de la Sérénité ») a conduit à ce que tout l’échafaudage se mit à tressauter, à pencher comme la Tour de Pise. Point de départ : ce qui constitua la base même du premier équilibre, du premier bonheur spontané de l’enfance, la matrice de la confiance en le père : la découverte qaue l’amour réciproque des parents est, dans cette société, une exception, une anomalie, quelque chose contraire à la tradition, aux convenances et constitue la violation de fait d’un de ses principes fondateurs. A partir de la prise de conscience de cette « séculaire pétrification entre les sexes », tout s’écroule comme un château de cartes, de proche en proche, non seulement au plan sociologique, mais en entraînant le pivot intime de son identité. C’est lui, ès qualités, qui sera joint dans le Discours, avec ses …osons un mot que l’auteur n’a pas osé employer mais auquel un autre Algérien, Boualem Sansal, de même facture, a su s’élever : compatriote à l’évocation du lourd passif de vies humaines écrasées, de sacrifices privés et publics innombrables et douloureux- cela sur les deux versants de ce déchirement. Cette faille dans la solidarité exclusive, introvertie du can’t islamique, l’exil au quotidien (pas n’importe lequel qui aurait permis d’emporter, intacte, sa patrie à la semelle de ses souliers- mais en France) l’a, on le voit, élargie comme s’élargit dans un barrage une fissure, sous la pression même de l’élément qu’il prétend contenir. |
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Au terme donc de cette cure, tant forcée que revendiquée, d’auto- désintoxication, on ne peut que constater- en s’en félicitant- la disparition de l’algérianité de l’amertume, des frustrations au profit d’une algérianité de la sérénité dans la plupart des domaines : sociologique, religieux, historique, culturel, avec résolution des obsessions correspondantes. Toujours est-il que cette imprécision lexicale entraîne malheureusement d’autres inexactitudes. Sans relancer le débat- vain, car trop plein d’anachronismes- sur le rôle des « Arabes » dans la transmission des connaissances antiques et le développement de la Renaissance européenne, limitons-nous à ola question linguistique en Algérie. En ce qui concerne les arabophones, le problème est partiellement différent et plus complexe. Mais il importe, là aussi, d’affirmer avec force que le peuple algérien (y compris la « bourgeoisie ») n’a pas eu à attendre 1830 pour être dépossédé d’un outil, d’une langue bien à lui, lui permettant d’exprimer ses sentiments. Mais, au plus haut niveau décisionnel, au niveau administratif dans le bled, au niveau scolaire enfin, partout se posait la même question maudite, lancinante, antérieure à tout problème d’application : l’arabe « correct »- soit ! mais pour faire quoi ? Pire même : de quel arabe parlait-on ? Que faire d’un arabe « classique » dont l’utilisation pratique dans tous les domaines du quotidien aurait été aussi efficace que celle du latin en Basse Lozère au XIXe siècle, qu’il aurait fallu de toute façon adapter, amender, triturer avant que de pouvoir l’utiliser, puis l’enseigner à une population que des siècles d’incurie avait laissée dans l’ignorance ? |
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Infiniment plus sympathique, plus émouvante, plus humaine, plus chargée d’espoir pour l’avenir et propre à exaucer le « vœu final de shefa’ » - de guérison_ que nous attendons tous, est l’une des dernières phrases-clés du livre : Guy Imart |
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Note sur l’émission de France3 du 12 septembre. 1°/ Cette émission est conçue globalement dans un esprit de relative compassion envers les épreuves des PN et sera, sans doute, reçue comme telle par les intéressés. 2°/ Les égratignures envers les dirigeants de l’OAS et l’établissement de responsabilités parallèles entre eux et les autorités militaires, en bref, l’analyse d’une symétrie, du genre d’un côté il y a ceci et en face, il y a cela est simplement esquissée mais non poussée vraiment. C’est aussi bien. Mais faiblesse des interviews de Susini et de Perez. 3°/ Bien que l’auteur du film ait lu le livre de Dessaigne dont il extrait des textes et des illustrations, il n’utilise pas vraiment ses révélations. 4°/ En particulier, la fameuse note d’Ailleret défendant d’utiliser les tirailleurs en milieu urbain au contact de la foule – et qui a disparu des archives – est mentionnée mais pour la forme. Weber se garde d’en dire plus car il sait qu’il est sur un terrain glissant. 5°/ On mentionne également mais sans insister les tirs, ou prétendus tirs de FM, à partir du 64 rue d’Isly ou 22 rue Lelluch. Or, il est possible de démontrer aujourd’hui compte tenu du dossier, que ces tirs sont loin d’être prouvés, notamment celui du 64 rue d’Isly. 6°/ Au total, l’émission est relativement acceptable, mais reste aussi politiquement correcte que possible. Jean Monneret |
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Sétif - Le Mythe des 45 000 Musulmans Victimes de la Répression. En mai 1945,le général de Corps d'Armée Henry Martin est à la tête du 19 ème C.A et coiffe l'ensemble des forces armées françaises en Algerie. A cette date il est donc le plus haut responsable militaire du territoire algérien. A ce tître, il a tenu à répondre à certaines accusations portées dans divers journaux de son vivant. Il repond ici à un article paru dans l'Aurore en octobre 1967 et mettant encause son subordonné le général Duval commandant le CA de Constantine. Son argumentation sobre et percutante n'a rien perdu de sa valeur aujourd'hui. Un mythe consiste à grossir démesurément un fait réel ou un noyau de faits réels - à l'enrichir de détails propres à encourager la fraternité ou à exciter les haines. Comme la langue d'Esope c'est la meilleure ou la pire des choses. Le mythe des représailles massives qui, en 1945, autour de Sétif et de Guelma, auraient été exercées par des colons ou des fonctionnaires survivants (après le massacre initial d'une centaine d'Européens) ainsi que par les troupes chargées de rétablir l'ordre a été soigneusement entretenu par les partisans de l'indépendance algérienne. Il a développé, chez les musulmans d'Algérie, surtout parme les jeunes un désir de vengeance. Et, en 1954, les "fils de la Toussaint", comme les appela Yves Courrière y trouvèrent un bon motif pour abattre, à Khenchela et dans l'Aurès, sans aucune provocation, un officier, un caïd et un jeune ménage d'instituteurs. A la base de ce mythe, précisons les faits de 1945: 8 mai 1945. A Sétif et dans un rayon de cent kilomètres explosion d'une sorte de guerre sainte aux cris de Djihad ! Attaque des Européens rencontrés non seulement dans les rues de Sétif mais sur les routes, dans les villages, les fermes isolées, les maisons forestières. Dès le lendemain extension du soulèvement autour de Guelma. Affrontements armés entre les troupes et les insurgés au cours des opérations de dégagement tant des agglomérations comme Guelma que des villages comme Chevreul et Kherrata, des fermes des maisons forestières (notamment des Babors). Les troupes étant essentiellement. musulmanes (tirailleurs, spahis goumiers), aucun motif raciste dans ce rétablissement de l'ordre ne dans les recherches des meneurs qui a suivi. Ce furent des cas isolés non des représailles massivement organisées. Mais pour soutenir, de l'extérieur le soulèvement, les "Frères musulmans" lancent sur les ondes de la radio du Caire, la fable de 45 000 musulmans systématiquement massacrés dans le Constantinois, procédé de guerre psychologique propre à donner mauvaise conscience am Français non musulmans d'Algérie, comme à ceux de la métropole. Le ministre de l'intérieur du gouvernement provisoire, Tixier vient personnellement enquêter en Algérie. Le gouverneur général Yves Chataigneau fait comparer le nombre des cartes d'alimentation présentées après les événements avec le nombre des cartes distribuées auparavant. On aboutit à une différence d'environ un millier calcul assurément approximatif mais qui donne un ordre de grandeur bien éloigné des 35 000 musulmans prétendument massacrés, chiffres lancé par la radio du Caire. Cependant l'escalade se poursuit dans la radio, dans la presse, dans les livres; on parle de 45 000 et jusqu'à 60 000 !... Le mythe était lancé ! Affirmer, répéter, c'est la méthode efficace des publicitaires ou des propagandistes. C'est ainsi que l'on crée les mythes. Et ils ont la vie dure! Je reste reconnaissant à la mémoire du général Duval qui, alors à la tête de la division de Constantine, a su rétablir l'ordre avec rapidité et un souci constant d'amitié pour la masse musulmane. Général Henry MARTIN, Général MARTIN HENRY, JULES, JEAN, MAURICE. Le général HENRY MARTIN est né à Bordeaux le 27 octobre 1888. Engagé volontaire pour trois ans, le 5 octobre 1907, au 42e régiment d'infanterie, il est nommé sous-lieutenant de réserve le 1er avril 1909 et renvoyé dans ses foyers. Nommé lieutenant de réserve le 1er avril 1913, il se destinait à prendre la direction d'une maison d'optique jurassienne fondée par son grand-père. Le décret de mobilisation générale du 1er août 1914 le rappelle à l'activité au 133e R.I. Capitaine à titre définitif le 20 septembre 1915, chevalier de la Légion d'honneur le 13 juillet 1915, affecté au 363e R.I., chef de bataillon à titre temporaire le 5 septembre 1917, il se bat successivement en Alsace, dans les Vosges, en Champagne, au Chemin des Dames, sur l'Aisne et dans l'Oise. Il est blessé et fait prisonnier le 6 avril 1918. Après l'armistice du 11 novembre 1918, le commandant MARTIN est affecté au 106e R.I. à Châlons-sur-Marne. Stagiaire à l'Ecole supérieure de guerre de 1920 à 1922, il est affecté à l'état-major de l'armée de 1922 à 1926. Chef de bataillon à titre définitif le 25 septembre 1927, professeur à L'Ecole supérieure de guerre de 1926 à 1931. Il est nommé chef d'état-major des confins algéro-marocains à Bou-Denib de 1931 à 1933. Promu lieutenant-colonel le 25 juin 1932. Sous-chef puis chef du Deuxième bureau de l'état-major de l'armée de 1933 à 1935. Chef de corps du 80e régiment d'infanterie à Metz de 1935 à 1937, il est promu colonel le 24 juin 1936. Auditeur au centre des hautes études militaires de 1937 à 1938, chef d'état-major de la 9e région militaire à Tours de 1938 à 1939, il part en campagne avec le 9e corps d'armée en septembre 1939. Il prend le commandement de la 87e division nord-africaine en avril 1940, avec laquelle il soutiendra les durs combats de mai-juin 1940, de l'Ailette à la Loire. Promu général de brigade le 1er juin 1940, il est nommé en septembre 1940, commandant de la division et de la région de Marrakech. Il s'attache particulièrement à l'entrainement de sa division dans la perspective de la reprise des combats. Promu général de division le 20 mai 1942, il est chargé après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, de la mise sur pied de la 4e division marocaine de montagne. Nommé général de corps d'année le 25 août 1943, il prend le commandement du 1er corps d'armée du corps expéditionnaire français (C.E.F.) et à ce titre dirige les opérations de libération de la Corse contre un ennemi dix fois supérieur en nombre (septembre 1943). En décembre 1943, il est nommé commandant allié des forces terrestres en Corse. Dirigé sur l'Italie, le 15 juillet 1944, le général HENRY MARTIN est nommé commandant du 19e corps d'année à Alger le 30 août 1944 et chargé d'assurer la coordination de l'emploi des forces terrestres pour la sécurité intérieure et extérieure de l'Afrique du Nord. Le recevant avant sa prise de fonction, le général DE GAULLE, président du Gouvernement provisoire, qui allait quitter Alger pour la France avec les membres du gouvernement lui précise « qu'il s'agit de ne pas laisser glisser l'Afrique du Nord des mains de la France pendant que les armées françaises et alliées libéreraient la métropole ». Dans ces importantes fonctions, le général HENRY MARTIN doit faire face à l'insurrection de Sétif et de Guelma du 8 mai 1945 et ramène le calme dans les zones insurgées. Il est l'auteur d'un important rapport sur les événements de mars-juin 1945 en Algérie. Admis en 2e section du cadre des officiers généraux le 1er décembre 1946, titulaire de treize citations dont sept à rordre de l'armée, six fois blessé, le général de corps d'armée HENRY MARTIN est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur le 27 septembre 1946. Il meurt à Limoges le 24 juin 1984. |
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INTERROGATIONS DIVERSES A qui réfléchit sur les sources et les causes du terrorisme ainsi que sur les moyens de le combattre, les deux premiers mois de l’été furent l’occasion de profonds étonnements et de multiples interrogations. A ceux, comme nous, qui gardent sur l’estomac le fameux discours de Constantine du Président Sarkozy, c’est peut-être pire. Comme l’a écrit, euphémiquement, le Professeur Jacques Marseille, le chef de l’Etat en a fait, peut-être, un peu trop pour « excuser » les « méfaits » du système colonial (Le Point. 13 décembre 2007). Pour nous, cela va trop loin, car le Président dit que le déferlement de violence du 20 août 1955, qui submergea le Constantinois, et, je cite, « tua tant d’innocents », était le produit « de l’injustice que, depuis plus de 100 ans, le système colonial avait infligé au peuple algérien ». Autant dire que le terrorisme qu’exerça le FLN avait une excuse. Quelle excuse ? La colonisation, parbleu ! Or, le même président Sarkozy en visite à Bethléem le 24 juin dernier y a fustigé le terrorisme. Celui du Hamas cette fois. Cette organisation, grande pépinière de terroristes en tout genre, est en effet bien connue pour ses « kamikazes », ses fusées dirigées contre les civils, etc… Or, Nicolas Sarkozy a eu, à ce propos, une phrase très juste qui devrait faire réfléchir tout un chacun : « On ne répare pas une injustice par le terrorisme » a-t-il affirmé. Que n’a-t-il dit cela à Constantine devant les dignitaires de ce régime algérien issu du terrorisme et qui en portera à jamais la marque ! Rappelons qu’en Algérie, le terrorisme fut pour le FLN un moyen de lutte délibéré, choisi, assumé. Il faisait intégralement partie de la Proclamation révolutionnaire diffusée lors de l’insurrection du 1er novembre 1954 ….. « la continuation de la lutte par tous les moyens jusqu’à la réalisation de notre but » (cad l’indépendance). Alors ? Vérité au Proche-Orient ; erreur en deçà ? Autre source d’étonnement, les négociations abouties entre Israël et le Hezbollah pour récupérer les corps de 2 soldats de Tsahal enlevés. Israël a accepté de relâcher 5 palestiniens accusés et condamnés pour terrorisme. L’un d’eux avait accompli « l’exploit » d’assassiner une fillette juive de 4 ans, dont il avait fracassé le crâne. Ce personnage a été fêté comme un héros au Liban ainsi que ses 4 compagnons élargis avec lui. Au rythme où vont les choses et sachant que Madame Zohra Drif a été désignée en Syrie comme héroïne du monde arabe, on peut tout craindre. Demain, ces cinq lascars ne seront-ils pas montrés en exemple aux jeunes du Proche-Orient ? N’est-ce pas déjà le cas ? Où va le monde ? Le 22 juillet 2008. Jean Monneret |
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Les princes qui nous gouvernent ont tout faux par Jean Monneret Prétendre que la colonisation fut un système « d’injustice et d’asservissement » revient, de la part de l’état français, à cautionner une propagande qui fut, pendant des décennies, l’apanage des milieux d’extrême gauche, des anticolonialistes de profession et des nationalistes algériens les plus radicaux. Que cette doctrine très « engagée » devienne aujourd’hui celle de la France officielle est grave. Pour plusieurs raisons.
Jean Monneret |
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L'insurrection du 8 mai 1945 en Algérie par Jean Monneret Le jour où l’Allemagne capitulait et où la victoire des Alliés était annoncée, une insurrection nationaliste éclatait dans le Constantinois. Les événements du 8 mai 1945 font l’objet d’une vaste campagne d’agit-prop de l’état algérien qui s’efforce, d’obtenir une « repentance » de la France. Il stigmatise l’action des Français, militaires et civils, à cette époque. Sous Jacques Chirac, l’ambassadeur de France en Algérie, a déclaré que la répression menée jadis fut « inexcusable ». Qu’en est-il ? Le 8 mai 1945, survint en Algérie, dans une atmosphère de crise, crise alimentaire d’abord, puisque les différentes récoltes de blé engrangées durant les années de guerre étaient en baisse (10 millions de quintaux en 1944 contre 20 millions en 1941). Pour une population indigène massivement rurale et en pleine explosion démographique, ceci se traduisait en maints endroits par une quasi-famine. Cependant les zones de Sétif et de Guelma où eurent lieu les principaux troubles, n’étaient pas touchées par la disette. Le nationalisme algérien prospérait. Les partisans de Ferhat Abbas adhérant aux AML (Amis du Manifeste et de la Liberté) et ceux de Messali regroupés dans le PPA (Parti du Peuple Algérien) clandestin, avaient le vent en poupe. Précisons que des militants clandestins du PPA noyautaient les AML. La situation politique à l’issue de la Guerre Mondiale était particulière, tant en France et en Algérie, que dans le monde. La victoire sur l’Allemagne avait donné à l’URSS un prestige considérable. Les Etats-Unis présents en Afrique du Nord durant le conflit, bénéficiaient d’une popularité sans précédent. Or, ces deux superpuissances étaient hostiles à la colonisation qu’elles jugeaient anachronique, voire criminelle. L’affaiblissement de l’Empire britannique, l’apparition d’une Fédération des Etats Arabes (appelée plus tard Ligue Arabe) semblaient imposer de nouveaux rapports avec les territoires colonisés. La France, affaiblie par sa défaite de 1940, et aussi, par les comparaisons peu flatteuses que les indigènes musulmans pouvaient faire avec les armées américaines, avait connu un regain de prestige grâce à l’action de l’Armée d’Afrique. Les campagnes de Tunisie, puis d’Italie et de Provence, avaient permis à notre pays de conserver son statut international et de s’asseoir à la table des vainqueurs. La France avait pu, presque miraculeusement, maintenir ses positions. Ajoutons à ce tableau un trait caractéristique : la montée des syndicats et des partis de gauche. Parmi eux, le parti communiste algérien jouait un rôle très particulier. Il bénéficiait du prestige de l’URSS, et de son tuteur, le PCF qui se présentait alors comme un grand parti résistant. Il tirait aussi avantage du mécontentement des couches urbaines ; y compris parmi les Européens. Le PCA obtenait alors, dans certains quartiers d’Alger et d’Oran, entre 23 et 25 % des suffrages. Oran aura, à un moment, un maire communiste et, l’Oranie des députés, comme Mme Sportisse ou M. Justrabo. Si le PCA était anticolonialiste, il était également partisan de l’Union Française. L’Union Française était le nom que la France donnait désormais à son Empire. Ce changement sémantique laissait prévoir, des évolutions importantes. Mais, pour compliquer la donne, l’URSS ménageait la France gaulliste, dont elle espérait qu’elle se détacherait des Américains en Europe. Elle mit donc, une sourdine à son anticolonialisme envers notre pays. Le PCA, comme le PCF, alignés inconditionnellement sur Moscou, défendaient l’Union Française, tout en précisant, qu’ils étaient pour une Union « véritable », « appuyée sur les peuples ». Le PCA se livrait à ses habituelles campagnes de presse contre l’Administration, le grand colonat et les pétainistes. Néanmoins, les nationalistes algériens avec lesquels il était en conflit, depuis longtemps restaient les adversaires principaux. Les communistes algériens affectaient de voir en eux, des « agents provocateurs » et des « hitlériens ». En maintes localités, les militants communistes, ceux des AML et ceux du PPA revendiquaient ensemble. Parfois même, ils appartenaient aux organisations les uns des autres. Ailleurs, les communistes étaient hostiles aux nationalistes que dans leur logique stalinienne, ils soupçonnaient d’être, à la solde des fascistes ou des nationaux-socialistes. Au moment des troubles du 8 mai 1945, on verra des nationalistes réclamer la liberté de leur chef Messali, avec des placards où on lisait : A bas le parti communiste. Il y avait, à cette époque, des communistes au gouvernement français. On les verra soutenir, sans états d’âme, toutes les mesures prises pour ramener l’ordre en Algérie. Il y a deux façons de voir les événements du 8 mai 1945. La première est d’attribuer les troubles à l’exaspération des masses algériennes et au caractère répressif du « régime colonial ». Ce point de vue est répandu en Algérie par la propagande du FLN. Il a trouvé un prolongement sur certaines télévisions françaises. On y a vu différents « documentaires » reprendre benoîtement l’argumentation des nationalistes algériens et stigmatiser les « colons » et l’Administration française. Ce point de vue se retrouve, grosso modo chez Jean-Louis Planche (1) qui lui a donné un habillage universitaire. Selon lui, à Sétif rien ne laissait prévoir des troubles. Les manifestants n’étaient pas violents et la police leur tira dessus parce qu’ils exhibaient un emblème nationaliste. Les participants au défilé pris de panique, s’attaquèrent au passage à des passants européens. Parmi les victimes, on relèvera le maire socialiste Edouard Deluca et le secrétaire de la section locale du parti communiste, qui aura les deux avant-bras sectionnés. Au total, 21 Européens furent tués à Sétif, ce jour-là. Selon Planche, l’effervescence s’étendit ensuite dans la région, les indigènes s’armant pour « résister » à d’éventuelles représailles des « colons » européens. Les troubles gagneront diverses localités entre Sétif et la mer : El Ouricia, Périgotville, Chevreul (où 6 femmes furent violées et 9 hommes assassinés), Sillègues, Les Amouchas, Kherrata, etc. Des vols de l’aviation française eurent lieu. Le croiseur Duguay-Trouin bombarda les zones côtières. La zone de Guelma fut un autre point chaud des troubles du Constantinois. Planche estime difficile de savoir ce qui s’est passé car les témoins algériens sont morts. Il néglige les documents d’archives français. Fort heureusement l’excellent livre de R. Vétillard clarifie bien des choses (2). Selon Planche, l’escorte du sous-préfet Achiary aurait ouvert le feu sur les manifestants. Le tout aurait engendré des troubles majeurs, s’étendant en dehors de Guelma, vers Héliopolis, Millésimo, Petit, Hammam-Meskoutine, Lapaine, Bordj-Gaffar, Sédrata et autres. Selon Vétillard, les exactions résultaient sûrement d’un plan concerté. Le sous-préfet Achiary, personnalité très en vue de la Résistance, membre en 1942 du Comité des 5, favorisant le débarquement allié en Afrique du Nord, fit preuve de détermination. Mobilisant des tirailleurs algériens, et des autodéfenses civiles, il déclencha une vigoureuse répression. De formation socialiste, Achiary exclut des volontaires, les suspects de pétainisme. Un représentant des syndicats et un de la SFIO figuraient dans le comité directeur. Le rétablissement de l’ordre (3) fut donc l’œuvre d’hommes de gauche. Des chiffres, peu crédibles, circulent. Un diplomate américain aurait estimé à 30 000 l’ensemble des victimes réunies de Sétif à Guelma. Depuis près de 50 ans, le FLN désormais au pouvoir en Algérie, a porté ce chiffre à 45 000. La Fédération des Etats Arabes, pour sa part, évoqua à l’époque 80 000 victimes. El Moujahid, organe du FLN, reprit, le 8 mai 1985, ce chiffre qu’aucun historien ne cautionne, ni d’ailleurs les précédents. Planche tient pour vraisemblable celui de 30 000. Sa justification paraît toutefois des plus ténue. La seconde façon de voir le 8 mai 1945 est celle des autorités de l’époque, appuyée par les Archives du Service Historique. L’historien C.R. Ageron (4) en expose une version assez voisine. On ne saurait le taxer de parti-pris car il est défavorable à la colonisation. Ceci rend son analyse plus crédible. Elle s’éloigne de la propagande algérienne. Les autorités françaises soupçonnaient le PPA de vouloir organiser une insurrection générale en Algérie. L’ouverture de la Conférence de San Francisco le 25 avril 1945, qui adopta la Charte des Nations Unies était attendue des nationalistes algériens. Beaucoup espéraient qu’elle appellerait à la décolonisation. Les responsables du PPA ont-ils alors imaginé d’organiser un soulèvement pour obtenir une représentativité internationale ? Les services de renseignement français, le laissaient entendre. Le déclenchement devait se produire le jour de la célébration de la victoire (5). Selon Ageron (op.cit. p. 572), le mot d’ordre aurait été annulé in extremis. Un émissaire, l’aurait maintenu pour Sétif. Ce dernier point n’est pas confirmé par les Archives. Il y régnait un climat insurrectionnel. Pour le 8 mai 1945, à l’échelle de l’Algérie, le PPA avait ordonné à ses militants, toujours selon Ageron (p. 572), « de s’armer et de riposter en cas de heurts avec la police ». Il est vraisemblable, que l’effervescence cristallisa à Sétif, fief de Ferhat Abbas, figure de proue des AML. Celui-ci, ainsi que Chawki Mostefaï, venait d’y faire des conférences enflammées. Il avait amplifié, une surexcitation certaine à cet endroit. Les archives françaises affirment qu’on a d’abord tiré du côté des manifestants. Naturellement, les nationalistes affirment, que la police française tira la première. Il demeure incontestable que Sétif connut le 8 mai une émeute sanglante. Il est prouvé qu’à partir de là, des émissaires se rendirent dans les localités situées entre Sétif et la mer, pour y annoncer l’insurrection en appelant à la guerre sainte. Présenter ce second soulèvement, comme une réaction d’autodéfense des ruraux musulmans, est peu convaincant (6). A Guelma, les autorités en conclurent qu’elles avaient affaire à un soulèvement organisé ; ce contre quoi différents courriers de la Préfecture de police avaient mis en garde. Le 9 mai, au lieu-dit, Aïn-Defla, des indigènes armés de fusils de guerre et de fusils de chasse, affrontèrent les gendarmes. L’aviation bombarda des insurgés près de Millésimo et de Petit. Aux alentours de Guelma, la fusillade retentit toute la nuit. Ceux qui ont vécu ces événements ne doutent pas qu’ils ont assisté à un soulèvement organisé des autochtones. Les nouvelles qui leur parvinrent les jours suivants : assassinats d’Européens à Petit et à Villars, menaces contre ceux de Bled-Gaffar et d’Héliopolis n’étaient pas de nature à les rassurer. Dans ce contexte, la répression fut d’autant plus vive qu’elle échappait en partie, aux militaires. Les bilans brandis en Algérie par les nationalistes, repris en France, demeurent pourtant peu crédibles. R. Vétillard en fait la démonstration serrée. Une véritable bataille de chiffres en effet accompagne l’évocation de ces événements. Aux 45 000 morts revendiqués par le FLN s’opposent les 2 628 officiellement décomptés par le commandement militaire (SHD op.cit. p. 410). Un tract du 20 mai, publié dans la presse communiste faisait état de 6 à 8 000 tués. C.R. Ageron évoque quelque 5 à 6 000 morts. Les décomptes qui ne sont pas appuyés sur des archives ou des statistiques précises, peuvent difficilement être retenus. Le subjectivisme, les partis-pris se donnent libre cours pour alimenter les propagandes les plus inflationnistes. La répétition inlassable de nombres fantaisistes n’en supprime pas l’invraisemblance. Sur cet épisode du 8 mai 1945, notre conclusion sera proche de celle d’Ageron (op.cit. p. 578). Il s’est agi, d’une insurrection locale dont le caractère limité est dû à l’impréparation démontrée par l’action des chefs nationalistes. Mohammed Harbi dans son livre Aux origines du FLN (7) semble le confirmer. Jean Monneret Notes : |
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Jean MONNERET |
Le 27 mai 2008 |
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Monsieur le Président directeur général, Chaque fois que l’Algérie demande la contrition de la France à propos du conflit appelé Guerre d’Algérie ou de la période dite coloniale, les gouvernants français ont invariablement répondu qu’il fallait laisser débattre les historiens à ce sujet. Je vois que le numéro spécial du Point a décidé d’ignorer délibérément cette sage (pour une fois) recommandation. Ainsi sur les événements du 8 mai 1945, dois-je constater que M. Malye reprend les clichés habituels en la matière. Les éléments de base contenus dans le livre du SHD sur cette insurrection sont négligés. Le livre fondamental que vient de faire paraître Roger Vétillard sous le titre Sétif mai 1945, massacres en Algérie n’est naturellement pas cité et n’a même pas été lu. On nous sert tout bonnement la propagande algérienne, chiffres absurdes compris. A quand un débat contradictoire ? Appeler la conquête de l’Algérie une « Vendée musulmane » ou les volontaires d’Achiary des « miliciens » revient à jouer sur les émotions et sur les mots. Puis-je attirer votre attention sur l’article ci-joint contenu dans la Nouvelle Revue d’Histoire ? Nous servir pour terminer une nouvelle interview du sempiternel Stora, le big brother de la recherche historique sur l’Algérie, relève en outre d’un conformisme affligeant. A quand un débat contradictoire ? Oui, ce numéro du 22 mai est un pur produit de la pensée unique. C’est affligeant. Veuillez agréer, Monsieur le Président directeur général, l’expression de ma sincère considération. |
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Jean MONNERET |
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Mon nouveau livre : La guerre d'Algérie en 35 Questions, Ed l'Harmattan 5 rue de l'ecole polytechnique Paris 5ème est disponible dans les librairies surtout les "bonnes". Pour plus d'information, consulter la rubrique "livre". |
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J.P. Lledo est un cinéaste de mère berbère et de père pied-noir. Les particularités de sa biographie l’ont fait citoyen algérien et c’est un choix qu’il assume. Ce choix, est-il besoin de le dire, est fort éloigné du mien. Ce qui importe ici, est de constater que, tout en se situant dans la « mouvance anticoloniale », Lledo en est venu à contester certains tabous de l’Algérie indépendante. Cela va assez loin, car il pose quelques questions très subversives sur les massacres d’Européens du 20 août 1955 dans le Constantinois, sur le 5 juillet 1962 à Oran, sur l’assassinat de Raymond Leyris (le beau-père d’Enrico Macias), immense musicien, spécialiste du Malouf, adulé des Musulmans etc. D’une manière globale, son film montre une image des rapports entre les Musulmans et les Européens d’avant 1962, qui n’a strictement rien à voir avec la propagande manichéiste, et haineuse que diffuse le gouvernement algérien depuis 46 ans. Et que ses amis français se croient obligés de relayer ici. La dernière séquence du film de Lledo est particulièrement savoureuse : elle montre des Musulmans, vivant à Oran, qui se retrouvent, après des décennies, pour évoquer la Calère où ils vécurent avec des Espagnols. Ils s’interpellent, par jeu, en pur castillan et leurs épouses, voilées, interprètent, non sans talent d’ailleurs Besame mucho puis El emigrante. C’est là un morceau d’anthologie, qui vaut son pesant d’harissa, et qui met en pièces un demi-siècle d’agit-prop. Le film de Lledo a été interdit en Algérie. On est tenté d’écrire : comme de bien entendu. Certes, cette vision de l’Algérie est partielle et elle est, naturellement, controversée. Elle gêne néanmoins considérablement les tenants de la pensée automatique. Le Monde du 27 février reflète cet embarras et il consacre une pleine page à ce film dérangeant. La journaliste, Madame Beaugé s’est effacée devant 3 historiens : Djerbal, Harbi, et naturellement, l’inévitable Stora, le Big Brother de la recherche historique. On apprend ainsi que ce dernier a longtemps vécu en Algérie. Or l’important, ici, était d’avoir longtemps vécu en Algérie française. Sauf erreur de notre part, l’intéressé l’a quittée à l’âge de 11 ans. Passons. Mes trois collègues se livrent dans cette page du Monde à un tir de barrage contre le film. Ils perdent ainsi l’occasion de se faire les avocats de tout ce qui permet de s’éloigner de la propagande, de souligner les nuances et les complexités de l’Histoire, de se faire ainsi, peu ou prou, les artisans du rapprochement des peuples. L’article souligne, à propos des massacres racistes du 20 août 1955, que les fellahs misérables du Constantinois vivaient dans un « total archaïsme ». « D’où », lit-on ensuite, « des accès de violence brute sans rapport avec le nationalisme algérien ». Vous avez bien lu : il n’y a pas de rapport entre la violence et le nationalisme algérien. Les bras m’en tombent ! Voici une analyse curieuse. Même le plus humble des étudiants de nos facultés d’Histoire sait que le Constantinois fut le berceau du nationalisme algérien. La révérence que les personnes précitées semblent porter à cette idéologie nationaliste est surprenante. Elle semble le tabou des tabous en matière d’Histoire de l’Algérie. La vérité est que le massacre du 20 août fut voulu, ordonné, organisé par les chefs locaux du FLN. Il est vrai que la tactique de Zighout Youcef fut critiquée au Congrès de la Soummam. Il n’en demeure pas moins que le FLN est resté une organisation massacreuse. Outre les attentats aveugles de la Bataille d’Alger (présentés une fois encore comme une riposte à l’attentat du 10 août alors que l’ordre du FLN d’abattre tout Européen entre 18 et 54 ans date du 20 juin 1962), le FLN a commis le massacre de Mélouza en mai 1957, auquel on peut ajouter les multiples tueries d’Amirouche en Kabylie, et bien sûr, les massacres de harkis, les assassinats et les enlèvements de pieds-noirs en juillet et août 1962. L’article du Monde soulève à propos du terrorisme aveugle du FLN une bonne question. « Les nationalistes algériens avaient-ils d’autre choix ? » Il ne répond pas. En revanche, on affirme que le système colonial empêchait « rigoureusement » (sic) les Algériens de se faire entendre. On affirme que « la discrimination était établie à tous les niveaux » (sic) … que « ... les Juifs avaient la nationalité française depuis 1870, mais pas les Musulmans » (resic). Passons sur ces approximations, ces demi-vérités et ces contrevérités qui de toute façon n’excusent en rien les massacres. Je le dis encore une fois : « Et après ! Même si cela était vrai à 100 % ! [c’est très loin d’être le cas]. En quoi cela justifierait-il le massacre des innocents, femmes et enfants compris ? » Les résistants français ne posaient pas de bombes dans les cafés, les écoles, les autobus, ou les lampadaires à l’heure où se rassemblent les banlieusards pour rentrer chez eux. Ils ne tuaient pas les bambins et les mères de famille. Ceci fut la marque du nationalisme algérien, n’en déplaise à certains. La marque, la tache, le stigmate, le sceau, le cachet, la griffe de ce mouvement, de cette doctrine. Voici une vérité historique que nul ne parviendra à mettre sous le boisseau. |
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Jean MONNERET |
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Depuis 13 ans, le gouvernement algérien s’efforce d’obtenir la « repentance » de la France pour les évènements de mai 1945 à Sétif et Guelma. Multipliant les exagérations et les chiffres hyperboliques, parlant de « génocide », de « crimes contre l’humanité » et de « fours de la honte », il a monté une opération d’agit-prop, sans précédent, depuis l’époque stalinienne. Le drame est qu’il a trouvé un relais complaisant dans certains médias français et auprès de quelques historiens peu scrupuleux. En face, trop rares sont ceux qui ont osé monter au créneau pour s’élever contre cette gigantesque opération de désinformation. Ils forment une cohorte, certes active, mais réduite. Elle vient de recevoir un renfort de qualité : celui de Roger Vétillard, dont le livre Sétif, mai 1945. Massacres en Algérie (Editions de Paris 39 €. 589 pages) ne pourra être négligé par les historiens. La manière est remarquable. Adoptant avec rigueur la méthode historique, l’auteur a, selon ses propres termes [confronté] : « la vérité … à tous les éléments dont on dispose ». Evitant l’erreur, hélas trop répandue chez certains de nos compatriotes, d’utiliser des chiffres « idéologiques » et de défendre des a prioris en oubliant les avis opposés, il a comparé les témoignages dans leur diversité, et évalué les sources contradictoires, pour présenter des analyses aussi réalistes que possible. Sur ce sujet particulièrement sensible et délicat, il a donc réussi un tour de force : celui de donner à réfléchir et de resituer les termes d’un problème historique qui n’aurait jamais dû devenir une polémique. Le résultat est là : les chiffres utilisés en Algérie et par la Ligue Arabe, apparaissent dans leur absurdité et leur manque de crédibilité, l’aspect insurrectionnel du mouvement nationaliste, nié par certains, se dévoile, ainsi que les excès de la répression (sensibles à Guelma mais pas à Sétif). Nous sommes devant un travail d’histoire et il est excellent. Roger Vétillard débute en la matière, mais, par un indéniable coup de maître car il a la passion des vrais chercheurs pour la vérification, ce qui les distingue des idéologues. Bravo ! Alors oui, lisons, achetons, faisons connaître ce livre qui est un don inespéré, une grâce inattendue dans ce système médiatique et « informatif » verrouillé. C’est aussi une arme intellectuelle de premier choix. Ne la laissons pas au vestiaire. |
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Jean MONNERET |
Jean MONNERET |
Le 27 février 2008 |
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Chère Madame, J’ai sous les yeux Le Monde du mercredi 27 où vous parlez du film de Jean-Pierre Lledo. Histoires à ne pas dire. Je lis : « C’est le carnage de la rue de Thèbes en pleine Casbah d’Alger (72 morts, une centaine de blessés musulmans) perpétré le 10 août 1956 par deux activistes européens qui donne le coup d’envoi du terrorisme aveugle. Le FLN décide alors de riposter par une série d’attentats sanglants contre les Européens ». Je pense que, écrivant ceci, vous ne faites que rapporter l’opinion de mon collègue Daho Djerbal. La chronologie étant reine en Histoire, vous ne sauriez oublier qu’après les exécutions, le 19 juin 1956, de Zabana et Ferradj, le FLN lança, sous la signature de Ouamrane, le mot d’ordre d’abattre n’importe quel Européen de sexe masculin entre 18 et 54 ans. Ceci démarra le 20 juin 1956. Ce fut le début du terrorisme aveugle à Alger. On pourrait ergoter sur le fait que le FLN n’avait pas dit n’importe quel Européen « y compris les enfants et les femmes ». Mais en 1956, après les massacres du 20 août 1955, après le massacre de Sakcmody de février 1956, après l’assassinat de l’instituteur Monnerot le 1er novembre 1954, sa femme n’ayant été épargnée que par hasard, personne en Algérie ne doutait que le FLN massacrait, les Européens de tout âge et de tout sexe. Alger n’était pas une sorte de vase clos, séparée du reste de l’Algérie où les informations ne circulaient pas. Loin de moi l’idée, que ces actes de barbarie, en justifient d’autres comme l’attentat de la rue de Thèbes. Il y a longtemps que je sais que les barbaries ne se compensent pas, mais, s’additionnent. Aussi ne puis-je que combattre l’idée que le coup d’envoi du terrorisme aveugle date du 10 août 1956 et qu’il fut une riposte à l’attentat de ce jour-là. Je dois, pour ma part, rappeler que le terrorisme étant inhumain ne peut servir aucune cause humaine. Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes sincères hommages. |
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Jean MONNERET |
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Le « spécialiste » allemand, auquel je faisais allusion dans un précédent article, a, de nouveau, frappé. S’adressant à la même personne, il justifie derechef les attentats contre les civils durant la Guerre d’Algérie. Son argumentation est simple : 1°/ Durant ce conflit, la majorité des Algériens soutenait le FLN. Argument parfaitement inepte que l’intéressé serait incapable de justifier sérieusement. 2°/ Compte tenu de la violence du système colonial, le FLN a adopté une stratégie révolutionnaire également violente. S’attaquer aux civils européens était donc partie intégrante de cette stratégie, car ces derniers étaient solidaires du régime colonial. Traduit en bon français, cela signifie : « Tant pis ou bien fait pour eux ! ». En somme, nous étions un peuple en trop. Cela rappelle quelque chose. On reste évidemment stupéfait devant une telle montagne de cynisme. Jusqu’où la bonne conscience de ces gens ira-t-elle ? Pourquoi des intellectuels peuvent-ils être aussi froids, aussi durs, aussi méchants ? Les enfants de 10 ans, les bambins mutilés du Milk-Bar, le bébé de 16 mois dont j’ai parlé précédemment étaient donc solidaires du colonialisme ? Ils méritaient la mort ? Ils méritaient la souffrance à vie ? Voilà ce que pense le dit bonhomme, « spécialiste » et pro-FLN. On est d’abord scié, estomaqué par ce mépris de la souffrance et de la vie humaine. Et puis, ensuite, on se dit qu’il faudrait rappeler à ces gens, qui ne sont, peut-être, pas tous des monstres, les fondements de l’existence sociale. Toutes les sociétés ont placé, au premier plan, parmi les principes qui les guidaient, le respect de la vie humaine. La considération portée aux êtres que nous sommes, repose sur l’idée fondamentale que nos existences sont en quelque sorte sacrées. Il s’agit d’une valeur de base. Elle crée toute vie sociale civilisée. Sans une valeur supérieure, attribuée à la vie humaine, la barbarie se rapproche. Certaines sociétés ont très imparfaitement appliqué ce principe. Mais, quelles que soient les faiblesses et les ignominies des hommes, le respect de la vie posé comme principe, fonde toutes les communautés sociales. Seules les sociétés communistes, ou le national-socialisme ont écarté cette règle. Elles ont été, par nature, des sociétés criminelles et hautement criminelles.
Vouloir « libérer » une société, par le terrorisme, considérer que « la fin justifie les moyens » conduit aux mêmes égarements sanglants, comme l’exemple de l’Algérie le montre encore aujourd’hui. Paraphrasant les Ecritures, on pourrait dire : Qui usera du terrorisme, périra par le terrorisme. A tous les cyniques qui ont remplacé la morale par les eaux glacées du calcul politique, nous rappellerons, inlassablement, que le terrorisme étant inhumain ne peut servir aucune cause humaine. Et nous rappellerons, non moins inlassablement, ce que nous tenons pour la plus haute des vérités, à savoir que l’homme n’est ni une chose, ni un légume mais un être créé par Dieu, à sa ressemblance et à son image. Ceux qui font bon marché de la vie humaine, créent les conditions de leur anéantissement. Les bureaucrates algériens et leurs amis idéologues ne manqueront pas de s’en rendre compte. Post-scriptum J’ajoute une chose essentielle. Durant la Guerre d’Algérie, le FLN n’a pas commis que des attentats aveugles, il lui est arrivé de commettre des attentats ciblés. Ceci n’a pas échappé à la sagacité de mon ami Mohand Hamoumou, fils de harki. Dans son livre, Et ils sont devenus harkis, il précise que ce sont les administrateurs dévoués aux indigènes, les patrons européens équitables avec leurs employés arabes ou kabyles, tous ceux parmi les Pieds-Noirs qui furent un pont entre les communautés, que le FLN visa en priorité. En tuant le 21 juin 1961, à Constantine, le célèbre musicien juif, Raymond Leyris, spécialiste du malouf, adulé des Musulmans, le FLN assassinait quelqu’un, qui, plus que tout autre, représentait un lien entre les Juifs et les Musulmans. Voilà un attentat ciblé, s’il en fut. Il eut pour conséquence, qu’un an après, en juin 1962, 90 % des Juifs de Constantine avaient fui l’Algérie. Vous avez dit : « épuration ethnique ? » Mais notre « spécialiste » allemand, idéologue pro-FLN, trouvera sans doute cela logique. Les Juifs algériens étaient, peut-être, solidaires du régime colonial. Autre chose, l’assassinat par le FLN de l’administrateur Dupuis, père de neuf enfants, qui se dévouait sans trêve pour les Musulmans. Ce meurtre qui révolta tant Jacques Soustelle, répondait à la même logique. Dupuis, ne servait-il pas le régime colonial ? N’était-il pas un pont entre les communautés ? Fermez le ban ! Non, ne le fermons pas encore. Le terrorisme du FLN est à rapprocher de ce que le tribunal militaire de Nuremberg a caractérisé comme « crime contre l’humanité » dans l’article 6 de son statut. Rappelons-en les termes : « … l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout acte inhumain commis contre toutes populations civiles….. » Voir www.ladocumentationfrançaise.fr/dossiers/cpi. L’ONU n’a pas encore reconnu le terrorisme comme crime contre l’humanité. Par contre le statut du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda) l’a désigné (paragraphe d) comme crime de guerre. Jean Monneret |
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Dans certaines situations historiques, des groupes de gens qui subissent ou considèrent qu’ils subissent une oppression, décident d’utiliser la violence et de prendre les armes. Ils estiment en effet difficile, voire totalement impossible, le recours à tout autre moyen d’émancipation. Tel fut le cas pour la Résistance française pendant l’Occupation, et peu de gens, dans la France actuelle, contestent la légitimité de ce type d’action. Naturellement, dans l’appréciation que l’on porte sur tel ou tel régime, il entre parfois une part de subjectivisme. Les Brigades Rouges italiennes, la Fraction Armée Rouge allemande tenaient l’Italie et l’Allemagne des années 70 pour des états dictatoriaux. Certains Français considéraient la 5ème République, instaurée par le général De Gaulle, comme une tyrannie, tandis que d’autres continuent à lui tresser des couronnes de laurier. Les nationalistes algériens du Front de Libération tenaient l’Algérie française pour un régime insupportable qu’ils entreprirent de renverser. D’autres Algériens, luttèrent contre eux aux côtés de l’Armée française, avec un acharnement au moins égal au leur. Donc dans certaines conditions, des insurrections armées éclatent. Le problème qui retiendra notre attention est celui des cibles de la violence. L’activité terroriste se distingue de l’activité résistante car elle ne vise pas les mêmes cibles. A cet égard, le FLN algérien peut être considéré comme un mouvement terroriste. En effet, très souvent il a dirigé le fer de lance de son combat contre les populations civiles, tant européennes que musulmanes1. Certes, le FLN combattait l’Armée française par des opérations de guérilla, de même qu’il affrontait la police, et organisait des attentats contre des personnes censées avoir des responsabilités politiques et administratives. Mais souvent, et même, très souvent, ses cibles furent constituées par des civils innocents n’ayant aucune responsabilité dans l’organisation, la mise en œuvre ou la préservation du régime tenu pour oppresseur. Lorsque les cibles visées incluent délibérément des femmes, des enfants, des vieillards, on est devant le terrorisme. Si les cibles visées sont déterminées par des critères ethniques, - en d’autres termes, si les personnes que l’on cherche à atteindre, sont dans la ligne de mire uniquement parce qu’elles sont chrétiennes, juives ou simplement d’origine européenne -, on atteint alors le sommet, ou plutôt le fond de la barbarie. Pendant la Guerre d’Algérie, le FLN a régulièrement utilisé le terrorisme sous la forme que nous venons de définir. Le 20 août 1955, en particulier, le FLN du Nord Constantinois, dirigé par Zighout Youssef, a lancé les masses paysannes qu’il influençait contre les habitants européens sans distinction. Ceci aboutit à des massacres particulièrement horribles notamment dans la région d’El Halia et d’Aïn-Abid. Le FLN récidiva dans l’Algérois, à partir du 20 juin 1956. Il donna ordre à ses commandos d’abattre indistinctement les civils européens de sexe masculin âgés de 18 à 54 ans(2). Il avait pris la précaution d’excepter les femmes, les enfants et les vieillards. Toutefois, cette dernière distinction ne fut pas respectée. Les groupes terroristes, que dirigeait Yacef Saadi, placèrent alors des bombes dans des cafés, des cinémas, des établissements publics, des stades et divers moyens de transport où elles ne pouvaient que tuer ou mutiler indistinctement jeunes et vieux, hommes et femmes. L’attentat perpétré au dancing du Casino de la Corniche, le dimanche 9 juin 1957, visait un lieu fréquenté massivement et spécifiquement par des jeunes issus de la communauté juive(3). Le but poursuivi par des terroristes est très différent de celui qui est recherché par des militaires. Il est légitime de distinguer les uns des autres. Dans une guerre, les soldats cherchent à neutraliser ou à détruire leur adversaire. La guerre consiste à supprimer les forces vives de l’antagoniste tout en protégeant les siennes. Les terroristes veulent seulement impressionner, effrayer leur ennemi. Le terrorisme est en somme une arme mentale. C’est une arme de dissuasion. Les terroristes veulent détruire le courage de leurs opposants. En tuant indistinctement des civils, on crée le désordre pour le désordre. La multiplication de ces actes entretient une sorte de chaos social, économique et administratif. Examinons à présent le cas des intellectuels, universitaires, journalistes ou autres, qui soutiennent ces mouvements et cautionnent leurs crimes. Nombre d’entre eux sont prudents. Ils appuient, disent-ils, la lutte des peuples pour leur émancipation, non pas chaque acte commis avec cet objectif. En revanche, nombreux aussi sont ceux qui ne prennent pas de gants, à l’instar des sinistres porteurs de valises, ou encore de Jean-Paul Sartre. Ce dernier dans la préface qu’il fit au livre de Fanon, Les Damnés de la Terre écrivait (je cite de mémoire) : « il faut tuer. Tuer un Européen [d’Algérie. NDLA] c’est faire d’une pierre, deux coups. Reste un homme mort et un homme libre ». Les trois quarts du temps, cependant, le rôle de cette intelligentsia se limite à fournir des arguments aux terroristes. J’ai sous les yeux, un extrait d’un journal allemand du 5 décembre dernier. Le rédacteur y évoque le refus de Nicolas Sarkozy de faire repentance à propos de l’Algérie en ces termes : « Et le contexte dont on parle, c’est celui de l’histoire concrète de la responsabilité de la France dans ces forfaits en Algérie. Alors que la Tunisie et le Maroc étaient des protectorats français, Paris a agi en 1830 d’une façon incomparablement violente en Algérie. Durant une guerre d’occupation de plusieurs décennies, le pays a été de plus en plus assujetti. La résistance dura dans l’ouest de l’Algérie 18 ans, et dans l’est encore plus longtemps. Le nombre des victimes de l’époque est estimé à environ un million, un algérien sur trois mourut, par violence ou massacre, par la faim ou les épidémies. Bientôt les colons arrivèrent de France, d’Italie et d’Espagne en Algérie, où ils obtinrent de gros domaines, que l’administration coloniale avait confisqués. A la fin, il leur appartenait presque 3 millions des 7 millions d’hectares des sols cultivables – et toujours des sols d’excellente qualité. Les petits paysans chassés de leurs terres perdirent leurs existences, travaillèrent comme journaliers, ou végétèrent dans les bidonvilles au bord des villes. En 1950, seulement 8 % des enfants algériens allaient à l’école. La guerre d’indépendance dura 8 ans et coûta la vie à un demi-million de personnes. » Nous ne ferons, bien entendu, aucun commentaire sur le fond tant ce double paragraphe est idiot. De son côté, le cinéaste Pontecorvo, dans son film sur la Bataille d’Alger, triture la chronologie. Il présente les attentats du FLN, contre les civils, notamment au Milk-Bar et à la Cafétéria, comme une riposte à un attentat (dit contre-terroriste) commis par des Européens, le 10 août 1956, rue de Thèbes dans la Casbah. Cette argumentation fallacieuse fut tranquillement reprise, à la télévision, dans une émission passée vers 23 heures, le 22 novembre dernier. Je dis fallacieuse car, le terrorisme aveugle du FLN, dans Alger, avait commencé bien avant le 10 août 1956. Il avait commencé en juin 1956, après une double exécution à la prison Barberousse. Je dis, dans Alger, car en dehors de la capitale, le terrorisme aveugle du FLN avait commencé plus tôt encore, le 20 août 1955 par exemple, et même avant puisqu’un malheureux instituteur métropolitain fut assassiné le 1er novembre 1954, premier jour de l’insurrection. La question fondamentale qui se pose est celle-ci : pourquoi des hommes que leur talent, leur notoriété, leur culture mettent à même de mieux discerner la complexité des choses, s’engagent-ils dans une complicité avec des criminels ? J’y vois deux réponses possibles : - La première est que dans ces milieux, le plus souvent bourgeois, où l’on vit bien, on croit apaiser certains scrupules de conscience, en prenant le parti de la révolution. « Certes je suis friqué, je suis privilégié, mais j’ai toujours lutté aux côtés des opprimés ». - La seconde est plus trouble. Il y a chez certains intellectuels une fascination tragique pour la violence. Un bourgeois privilégié, installé dans le système, peut ressentir une satisfaction morbide à, non pas détruire l’ordre établi, mais à y contribuer par procuration. On touche alors à des penchants autodestructeurs, courants bien sûr chez certains individus, mais qui sont aussi, et c’est plus difficile à analyser, l’apanage de groupes sociaux entiers, à des époques déterminées. Que l’on pense, par exemple, au rôle surprenant de la bourgeoisie industrielle allemande dans la venue au pouvoir d’Hitler. Que l’on pense encore, en 1917, à ces officiers tsaristes, précédés par le grand-duc Cyrille, qui se ralliaient à une révolution qui allait les broyer en même temps que leur pays. Quels que soient les griefs (fondés ou infondés) que le FLN pouvait avoir contre le « régime colonial », il s’est discrédité par ses méthodes. Pendant la guerre mondiale, les résistants français n’ont pas placé de bombes dans le métro de Berlin, pour y tuer indistinctement des civils. Le rédacteur du journal allemand précité devrait y penser. Si les résistants français avaient agi de la sorte, ils se seraient abaissés au niveau « moral » de leurs adversaires, car, les structures mentales d’un national-socialiste et celles d’un terroriste sont les mêmes. Jean Monneret 1 - Dans sa proclamation du 1er nov 1954, le FLN disait : « …..la continuation de la lutte par tous les moyens jusqu’à la réalisation de notre but… » Yves Courrière. Les Fils de la Toussaint. Fayard p. 443. 2 - Yves Courrière. Le Temps des Léopards. Fayard. P.357 et suivantes. Henri Alleg. La Guerre d’Algérie. Tome 3 p. 531. 3 - L’attentat fit 7 morts et 85 blessés dont 10 dans un état grave. 39 femmes furent atteintes. |
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Il faut nous résigner : la France ne nous aime pas. Nous dérangeons. En 1962, le Maire d’une grande ville du Sud nous invitait à aller nous faire pendre ailleurs. Pendant plus de 4 décennies, nos morts, nos disparus furent tranquillement « oubliés » par tout ce que le pays compte d’officiel. Par contre, depuis 15 ans, la France médiatique n’en finit plus de déplorer les victimes de ….. l’Armée française. Les victimes du 8 mai 1945, les victimes de la Bataille d’Alger, les victimes du 17 octobre 1961, ont été abondamment pleurées, honorées, plaintes. Le Maire de Paris a fait apposer une plaque pour ces dernières. Les porteurs de valises ont eu droit à des téléfilms élogieux, Les Frères des frères. etc….. Regardons les choses en face ! La France d’aujourd’hui est un pays qui choisit ses victimes. Il y a les bonnes, celles qui alimentent la repentance, le déni national. Il y a les mauvaises, les nôtres, celles qui rappellent que le FLN n’était pas composé de purs esprits, et de chevaliers blancs. Alors là ! Si une municipalité, comme celle de Perpignan décide de rappeler que nous avons perdu des milliers des nôtres, enlevés, torturés, jamais retrouvés, portés disparus, jusqu’à ce jour ! Alors, rien ne va plus ! MRAP, LDH, Libération etc nous tombent sur le râble. Comment pouvez-vous célébrer certaines victimes et pas les autres ? Quel sectarisme ! En vain, tenterez-vous d’arguer que des autres victimes, on a beaucoup parlé, que la télévision les déplore sans cesse et quasi-exclusivement. En vain ferez-vous remarquer que Pieds-Noirs et Harkis enlevés et massacrés, on n’en a guère parlé dans les médias. On pourrait imaginer le petit dialogue suivant entre un PN et un FA (Français anticolonial) : PN : C’est que, voyez-vous, les nôtres on en a pas parlé. FA : Pas parlé ? Mais vous n’y êtes pas. Il ne faut pas en parler. Ce serait engager un conflit mémoriel. PN : Pourquoi alors parle-t-on des autres ? FA : Ce n’est pas pareil. Déplorer les victimes de la répression militaire française, est nécessaire pour que la France regarde son Histoire en face. PN : Mais n’est-ce pas une façon hémiplégique de voir les choses ? N’est-ce pas une France borgne qui regarde l’Histoire ? FA : Pas du tout ! Rappeler les victimes du terrorisme, les victimes du FLN, c’est vouloir revenir en arrière. C’est être partisan. C’est rouvrir les plaies. PN : …………………………………………………………………………… !! Eh oui ! Chers compatriotes, chers frères, nos victimes ne sont pas les bonnes. Elles empêchent les bien-pensants de digérer. Un certain SPECIALISTE de l’Algérie, réunit en un volume de 700 pages une multitude d’articles sur la Guerre d’Algérie. Il nous invite à passer « de la Mémoire à l’Histoire » et à « rompre avec l’amnésie ». Eh bien ! Si vous avez du temps à perdre, comptez le nombre de lignes qu’il consacre aux centaines de pieds-noirs enlevés à Oran, le 5 juillet 1962. Le compte sera vite fait. Amnésie, quand tu nous tiens ! Lorsqu’un monument est inauguré à Perpignan pour nos disparus, des contre-manifestants regrettent que l’on honore ainsi ………. le colonialisme ! On pourrait penser qu’être pied-noir est un crime en soi. C’est être un agent du colonialisme par essence, partout, tout le temps, même quarante ans après. Quelqu’un a même osé écrire dans un journal du Midi qu’il y avait des victimes « moins respectables » que d’autres. Les nôtres bien sûr. Pauvre journal qui accueille de pareils propos ! Pauvre pays où l’on tolère cet irrespect pour des morts, quand toutes les civilisations ont eu à cœur de les honorer. Et je pense à ces familles de disparus, à leurs êtres chers, enlevés, molestés, torturés. Des familles qui ont reçu un peu de baume au cœur les 24 et 25 novembre derniers, mais que n’a pas épargnées la bave, de ces ouvriers d’iniquité dont parle l’Ecriture. Jean Monneret |
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Conformément à ce que j'avais promis ce texte de Mme Gautier est diffusé sur mon site. Merci de le faire connaître de votre côté. Jean Monneret Nous ne connaissons pas tous les noms des victimes du 26 mars 1962 à Alger ni leur nombre exact. Nous ne connaissons pas le nom de tous ceux assassinés au Plateau des Glières et tout autour, rue d’Isly, boulevard Pasteur, rue Chanzy, boulevard Bugeaud, rue Lelluch, boulevard Baudin, et plus loin Place de l’Opéra, et aussi aux Facultés, et plus loin encore au Champ de Manœuvres et encore une heure après la fusillade. Les militaires, les gendarmes, les C.R.S. occupent les carrefours, les toits, les terrasses, font des barrages. Partout, toutes les armes sont approvisionnées et chargées, partout. Les tirailleurs avancent rafale après rafale, arrosent les gisants au F.M. et au P.M., chargeur après chargeur (J.L. SIBEN témoigne). Ils mitraillent les façades, l’intérieur des appartements aux volets clos, achèvent les mourants à l’intérieur des magasins, les poursuivent dans les couloirs des immeubles. Et puis, ils tirent sur les médecins, les pompiers. Ils tirent sur les ambulances, déjà toutes prêtes, déjà là, à attendre les morts. C’est une véritable chasse aux pieds-noirs, une tuerie, un carnage auquel se sont livrés les tirailleurs aux gestes obscènes, les gardes mobiles aux ricanements haineux et les C.R.S. qui insultent, matraquent et «balayent», rue Charras, rue Richelieu, rue Clauzel …(les témoignages). La foule était dense. C’était un cortège de jeunes gens, de jeunes filles, d’enfants et de vieux messieurs aux insignes d’anciens combattants. Ils avaient des drapeaux et ils chantaient la Marseillaise et ils s’effondrent, gisants ensanglantés. Et puis les ambulances et les camions des morts vont et viennent et déversent leurs cadavres, à l’hôpital Mustapha, à la clinique Lavernhe, à la clinique Solal. Le Professeur Jacques BARSOTTI déclare : Nous sommes allés à la morgue de l’hôpital voir les cadavres qui s’y entassaient dans le plus grand désordre. C’est une vision dramatique que ces tas humains amoncelés pêle-mêle les uns sur les autres que les familles essayaient de reconnaître, en tirant sur les bras ou sur les jambes pour les sortir du tas. Le docteur KAMOUN témoigne : l’horreur pure, partout des cadavres disposés sur trois niveaux, paillasse, étagère, sol. On avait instauré un sens unique et dans le silence troublé de temps en temps par des gémissements et des pleurs, les gens circulaient lentement, horrifiés. Les cadavres attendaient leur reconnaissance et ces gens pâles et silencieux tournaient lentement. Un antre de cauchemar écrira Jean BRUA. Immédiatement après ces scènes édifiantes, le Corps médical de l’hôpital Mustapha réalise une plaquette de témoignages recueillis par les médecins ayant assisté à la fusillade ou ayant soigné les blessés, témoignages adressés en France à diverses personnalités politiques et morales sans aucun écho tangible. Cette petite brochure, « LE MASSACRE D’ALGER » « Alger 26 mars 1962 », qui ne porte pas de date d’impression ou d’édition, est dédiée à la mémoire du Docteur Jean MASSONNAT, victime du devoir professionnel, tué à bout touchant. Les témoignages sont anonymes. Il n’y a pas de liste des blessés. Figurent deux plans de la fusillade, une dramatique photo du Plateau des Glières devant les marches de la Grande Poste ainsi que la liste des noms des victimes au nombre de 49 plus quatre inconnus dont 2 musulmans et 3 européens ( 53 au total). Le nom de mon mari est correctement orthographié et sa profession correctement énoncée. Le journal « La dépêche d’Algérie » des 27, 28 et 29 mars fait état de 46 morts et 150 blessés. Un troisième nombre des victimes est donné dans le « LIVRE BLANC » « ALGER LE 26 MARS 1962 », paru le 1er juin 1962, édité par « L’Esprit Nouveau ». Ce livre ne comporte que des témoignages, signés, plus de deux cents. Il ne mentionne aucun nom de victimes, ni celui des morts ni celui des blessés. Il est publié : « A la mémoire des 80 morts et en souvenir des 200 blessés de la fusillade », sous le patronage de Messieurs les Députés du Groupe UNITÉ DE LA RÉPUBLIQUE. « LE LIVRE BLANC » est un recueil des témoignages nécessaires pour pouvoir porter plainte devant les tribunaux. Mais les témoignages sont dangereux pour le pouvoir en place, ils réfutent absolument les silences, les invraisemblances, les contradictions, ces aveux tacites, ils dénoncent la lâcheté de cette sordide raison d’État et de ses « voleurs de morts ». Ce livre est interdit et détruit dès sa parution. Je viens d’en acquérir un exemplaire, à un prix exemplaire, un échappé de cet holocauste du livre. (Et que les victimes soient sacrifiées à la Sainte et Juste Raison d’État !). Il a été réédité en 1991 sous le nom de « LE LIVRE INTERDIT » par les Éditions Confrérie Castille. Dans cette édition remaniée ont été ajoutées les listes des noms des morts et des blessés. La liste des victimes comporte 63 noms plus quatre « non identifié » dont 2 musulmans et 2 européens (soit 67 au total). Cette liste contient des erreurs et des noms mal orthographiés. Le nom de mon mari est mal orthographié et ne figure plus sa profession. C’est à partir de cette liste que j’ai voulu vérifier toutes les listes, ces listes qui, en se reproduisant vont subir un certain nombre de distorsions, du fait même de la copie, je suppose. Aucune enquête officielle n’a jamais été effectuée, aucune commission d’enquête n’a jamais vu le jour, malgré les pétitions et les demandes déposées dans les préfectures, dans les ministères, sur le bureau de la Présidence. La tuerie du 26 mars alterne du déni officiel de ce qui s’est passé ce jour-là à l’infâme raison d’État : « ce n’est pas nous, ce sont eux qui ont commencé », et puis « c’était interdit, on n’avait pas à le redire », et puis « c’est l’O.A.S., c’est bien fait pour eux », autant « d’arriérations » verbales pour se justifier. La tuerie fait aussi un petit tour par l’infâme Secret Défense. Les archives concernant les faits et les morts civils au cours des évènements d’Algérie sont tenues secrètes. Pour le 26 mars il nous faut encore attendre cinquante ans ou soixante ans ? Des dossiers ont déjà disparu ou sont vides ou bien sont maintenus en souffrance ou bien encore sont abandonnés en république démocratique et populaire d’Al Djazãir. Ces archives sont les preuves trop gênantes de cet infâme Secret Défense. Au cours de la fusillade d’autres preuves ont été arrachées des mains des journalistes, des photographes et des cameramen. Pendant les jours qui ont suivi, l’armée a surveillé ces lieux maudits, empêchant les gens de prendre des photos ou en confisquant leurs appareils et s’est livrée, à grand spectacle, à de sordides analyses des lieux, à de risibles relevés topographiques, il fallait faire semblant de chercher la vérité. Il y a donc des listes, établies de façons successives, recopiées, empruntées, mais aucune ne peut être authentifiée. La liste qui circule habituellement, celle qui est généralement publiée sur les sites depuis quarante cinq ans et qui est dite, à tort, officielle, comporte des erreurs, des confusions et des manques. Néanmoins cette liste a eu le mérite d’être établie et a servi de support au travail sacré de mémoire pendant toutes ces années. Cette liste est due au travail, d’investigation et de recherches, remarquable, de Francine DESSAIGNE et de Marie-Jeanne REY, publié dans « Un crime sans assassins » (1994 – Éditions Confrérie-Castille) qui témoigne de 58 noms, plus quatre « non identifié » dont 2 musulmans et 2 européens (soit 62 au total). Je note que sur cette liste le nom de mon mari est correctement orthographié mais sa profession a changé. Francine DESSAIGNE écrit, dans la préface de cette réédition, que le 30 mars, sur une demande du professeur Philippe MARÇAIS, député d’Alger, elle a déposé avec d’autres personnes une plainte contre X devant un juge d’instruction qui rassemblait des témoignages sur la fusillade. Cinq ans après, un autre juge a prononcé un non-lieu. Mais ce non-lieu n’est ni définitif ni absolu. Il s’agit donc d’aller le contester devant la justice. « Trois jours plus tard les funérailles » (Le Livre Blanc). Où sont donc passés les cadavres ? Il ya ceux, « officiels », ceux « reconnus », dont les noms sont publiés dans les journaux avec leurs avis de décès mais que les familles n’ont pas pu approcher, ceux gardés au secret, scellés en bière dans la raison d’État, cercueils éparpillés dans les dépositoires. Et puis il y a les « non officiels », ceux dont on n’a rien publié, cadavres escamotés, cadavres disparus, cachés pour quel secret Défense ou quel secret de famille ? Il y a enfin les blessés et les cadavres des soldats pris sous leur propre feu, encore moins officiels et dont l’Armée n’en a jamais publié le moindre écho. Un commandant des Forces Armées en Algérie reconnaît, pourtant, trois tirailleurs et un CRS tués et trois blessés. Par qui ? Par quelles armes ? Ce commandant se plaint d’une insurrection armée mais se montre bien incapable d’en fournir la preuve. - « Une femme, place de la Poste, blessée, gisait sur le dos. Un soldat musulman l’achève d’une rafale. L’officier présent abat le soldat (Professeur Pierre GOINARD) – Dans le magasin Claverie, deux tirailleurs musulmans abattent le militaire français – Les militaires de l’Infanterie de Marine, au square, près de la Compagnie algérienne, se couchent sous leurs camions pour se protéger – Le docteur BISQUERRA poursuit… « Il me laissa finalement entrer dans le fond du magasin où se tenaient d’autres militaires musulmans et, sur le sol, gisait l’un d’entre eux, qui semblait agonisant, une ou plusieurs balles lui ayant transpercé le thorax. … déjà arrivaient des ambulances et des camions militaires. Les militaires quittèrent alors précipitamment les lieux avec leur chef, emmenant leur blessé qu’ils chargèrent dans l’un des camions. D’autres témoignages font état de militaires tués ou blessés entre eux par leurs propres armes. Cependant ni dans les listes parues, ni dans les journaux, je n’ai trouvé trace de leurs noms. Des autopsies militaires ont sûrement été pratiquées et les autorités savent avec quelles armes ces hommes ont été blessés et tués, et par qui. Elle rapporte les paroles des médecins de Mustapha : Christian GILLES dit qu’il a assisté à une véritable ignominie : « dans ce bâtiment se trouvaient de nombreuses petites alcôves avec des plafonds voûtés en ogive et aménagées avec deux bancs. A l’intérieur de chacune d’elles, deux familles unies par leurs larmes se trouvaient séparées par deux cercueils fermés, accolés, déposés au centre sur des tréteaux. Dans quelques alcôves, des familles musulmanes et européennes atteintes par la même douleur, priaient, pleuraient, gémissaient et imploraient le ciel côte à côte. Des personnes totalement désespérées, circulaient dans le grand hall, en tout sens, criant, pleurant, appelant à haute voix un être cher, essayant de découvrir d’alcôve en alcôve leur disparu. Par une porte, arrivait à intervalles réguliers, d’un autre service de l’hôpital, un nouveau cercueil fermé avec l’indication sommaire de son nom. Toutes les dix minutes, huit à dix personnes prenaient un cercueil dans une alcôve, s’arrêtaient sur la chaussée. Un homme de foi sortait d’un local vitré et murmurait quelques mots. Le cercueil était alors déposé dans la benne d’un camion militaire, où assis sur des banquettes, siégeaient dix soldats armés. Seuls quelques membres de la famille étaient admis sur une largeur de sièges d’un minicar de C.R.S. Motards en tête avec sirène, jeep avec radio, le camion-cercueil et deux véhicules de C.R.S. s’éloignaient rapidement vers un cimetière de la ville. J’assistais à des enterrements à la chaîne sans aucun regroupement familial, sans passage dans les lieux de culte, y compris celui du quartier. Ces transports commencés, dans la nuit pendant le couvre feu, se poursuivaient encore. Qui sont ces morts Français-Musulmans ? Quelles sont ces victimes que leurs proches réclament à force hurlements, sans les trouver ? Quelles sont ces victimes livrées toutes prêtes emballées ? Que sont devenus ces soldats, ces C.R.S. qui ont conduit les camions-cercueils ? Comment est-il possible qu’aucun d’eux ne se soit jamais fait entendre ? Je croyais que nous étions tous égaux à la face de Dieu. Le Docteur André FOURNIER précise : Á l’hôpital, l’après-midi s’est passée à recevoir et soigner les blessés qui arrivaient. Dans la soirée je suis allé à la morgue où étaient entassés les cadavres des victimes. J’ai notamment encore le souvenir très vif de deux très jeunes filles, deux sœurs qui avaient été tuées à bout touchant. Révolté par ce spectacle, j’ai alors téléphoné à un ami en lui demandant de rassembler dans les hôtels le plus possible de journalistes et les emmener à l’hôpital. Il en est venu un certain nombre français et étrangers. Je puis citer deux de leurs réactions : 1) un journaliste allemand m’a dit : « j’espère qu’après cela les journaux français ne parleront plus d’Oradour sur Glane », 2) deux journalistes français du Monde : l’un n’a pas pu supporter le spectacle et est sorti pour vomir et l’autre a dit « ça ne passera pas à la Rédaction ». Nous sommes d’une civilisation trop sensible. Le Professeur Paul LEBON confirme qu’il se souvient fort bien d’avoir vu parmi les cadavres deux petites filles de 8 ou 10 ans, en robes rouges dont on ne trouve plus aucune trace. Cette énigme est à rapprocher de celles de la mort d’un bébé et de sa mère évoquée par Suzanne CAZE AVELIN : son amie, réfugiée dans un magasin de puériculture, avait caché son petit enfant dans une poussette en exposition, petit cadavre dont on ne trouve plus aucune trace ni celle de sa mère. Un autre témoignage confirme : une jeune femme et son bébé ensanglanté dans les bras, poursuivie et achevée à la rafale par un tirailleur chez Natalys. Il y avait des enfants dans la foule et des adolescents. On ne peut pas dire de ces jeunes victimes qu’elles appartenaient à l’O.A.S. On ne peut pas avouer, non plus, l’assassinat de ces jeunes enfants. Ce serait peu reluisant pour la gloire de la France ou pour la renommée de certains. Il est donc très nécessaire d’escamoter un certain nombre de victimes.et notamment les moins de 20 ans si l’on se réfère à la liste qui suit. Que sont-elles devenues, ces jeunes victimes alors que sur le sol devant les FM s’amoncèlent les cadavres ? Car ils ont tiré, ivres de fureur, ces serveurs de F.M., comme le soldat Mohamed A... qui est décrit ainsi dans les témoignages : « Il semblait avoir un grand désir de tirer, dansant d’un pied sur l’autre, le regard brûlant non de peur mais de fureur, ou encore –« en transe, un rictus de haine, gesticulant, surexcité, ou encore – une bande souple dont l’extrémité était engagée dans la culasse, enroulée à sa taille et suspendue à son cou… rafale après rafale ! Le docteur Jacques BISQUERRA relate dans son témoignage : …Je restais là, immobile, de longues minutes, pour veiller sur ces morts lorsqu’un homme s’approcha et entreprit, malgré mes protestations, de fouiller le portefeuille d’un des cadavres et repartit après avoir emporté sa carte d’identité. M’étant souvenu de ce nom porté sur ce document (car il me l’avait montré, j’ignore pourquoi) et n’ayant pas retrouvé son nom sur la liste des victimes publiée le lendemain par les journaux locaux, je m’étais rendu à la morgue de l’hôpital Mustapha pour essayer d’identifier ce malheureux « X » et de mettre un nom sur sa dépouille. … en rentrant chez mes parents je fondis en larmes, en pensant à tous ces corps criblés de balles, empilés, nus, parfois tête-bêche, les uns sur les autres, dans cette sinistre salle... … des tas de cadavres allongés qu’on arrosait à l’eau formolée, quelque chose de kafkaïen (docteur CHIAPPONI)... Ainsi les morts se font détrousser de leur identité, escamoter, achever à la rafale - ni vu ni connu -, formoler avant de les dissimuler, on n’arrive plus à les compter, on les mélange avec les autres morts, on ne trouve plus ceux qu’on réclame, on les fait disparaître, on leur vole leur cadavre lorsqu’ils deviennent trop gênants, pour combien d’entre eux ? Maurice COLLIN dans une lettre que m’a communiquée son fils Jean-François, écrit, « Si vous voyez le visage des Algérois et l’atmosphère de la ville. Cela vous étreint le cœur et vous donne la nausée. Tout ce sang qui n’a pas été lavé, ces tas de vêtements masculins, féminins, au pied des immeubles, au pied des arbres, ensanglantés, des chaussures de femme, des imperméables, des lunettes, des portefeuilles déchirés, des chapeaux, le tout taché de sang aussi. Les gens essaient de retrouver des objets des leurs qui ne sont pas rentrés, qui ne sont pas à l’hôpital, qui ne sont pas à la morgue, et, il y en a des disparus, depuis mardi ! Dans l’édition originale du LIVRE BLANC, les auteurs et/ou l’éditeur ont écrit « Les droits de ce livre seront versés intégralement aux familles des victimes ». Cette mention n’apparaît plus sur le livre réédité « LE LIVRE INTERDIT ». C’est dommage parce que cela aurait pu conduire à une recherche des victimes plus poussée, plus systématique que ce que je ne saurai jamais faire par moi-même. Raymond GUIRAUD, à la suite de l’attentat du Milk Bar, où a été blessée gravement sa fille Nicole, a créé une association, l’A.V.I.C.C.E.A.L. La permanence de l’Association Nationale des Victimes Corporelles des Événements d’Algérie et de leurs Ayants droit se trouvait à La Maison du Combattant à Bâb el Oued. Monsieur GUIRAUD s’est adressé à la Délégation de l’Action Sociale dès le 29 mars 1962 puis le 2 avril 1962 et à plusieurs reprises aux pouvoirs pour leur demander qu’une indemnité soit versée aux ayants droit des victimes du 26 mars précisément, en vertu de la décision n°55032 de l’Assemblée algérienne. Sans réponse, il menace, en cas de refus de l’administration, de saisir la voie juridique, en application de la loi de 1884. Courant avril les gendarmes mobiles font une perquisition à son domicile pour chercher des papiers. Ils se montrent insultants et agressifs et menacent d’emmener la sœur de Nicole, alors âgée de 16 ans. Dans la nuit du 11 au 12 mai, pour la deuxième fois, mais cette fois-ci à 4 heurs du matin, les gendarmes mobiles viennent perquisitionner. Ils enfoncent la porte d’entrée et emmènent Monsieur GUIRAUD vêtu de son seul pyjama. Au bout d’une semaine et grâce « aux CFA », où Monsieur GUIRAUD était chef du personnel, sa famille apprend qu’il est incarcéré à l’école de police d’Hussein-Dey. Il a été dénoncé comme militant en faveur des victimes du FLN. Puis fin juin, Monsieur GUIRAUD et 50 autres présidents d’associations seront transportés en avion militaire servant de transport de troupes, à VILLACOUBLAY, en résidence surveillée. Il est interdit de retour en Algérie, interdit de séjour sur le sol algérien. L’association de Monsieur GUIRAUD comprenait 1.800 adhérents et des listes ont été échangées entre le FLN et la police politique française au nom du secret Défense. Il faudra que j’écrive au FLN en Al Djazãir pour me faire communiquer la liste des morts du 26 mars. La sortie des morts de l’hôpital Mustapha doit bien être enregistrée ? Les tirailleurs, dans cette tragédie, réussissent parfois à faire oublier, que les gardes mobiles, les Rouges, et les CRS, ces spécialistes du maintien de l’ordre, ont tiré eux aussi sur la foule, sans sommation, froidement, on pourrait dire de façon jouissive, « comme pour une chasse aux pieds-noirs », à tous les carrefours, sur les façades, dans les appartements, non pas pendant 5 minutes ou 8 ou 10 mais encore bien longtemps après que 14 heures 50 ait sonné à l’horloge de la Grande Poste . Ont-ils compté et savouré le nombre de morts à leur actif ? Combien en ont-ils compté ? Qui peut prendre connaissance de leurs archives ? Archives où, peut-être, on apprendrait qu’il ne s’est rien passé ? Cependant je dois ajouter une confidence de l’une de mes amies du lycée Fromentin, Geneviève : « Pierre BRÉS, un parent, du côté de mon mari, était colonel de C.R.S., responsable de sécurité pour le secteur d’Alger. Ayant refusé d’obéir aux ordres de faire cesser la manifestation, au besoin par le feu, il a été immédiatement démissionné. Il s’était installé à Dieulefit, dans la Drôme où il peignait des coffres en bois pour s’occuper. Je suis allée à sa recherche, sans succès. Il semble qu’il soit décédé à présent. Je referai le tour de la France autant que cela sera nécessaire. Mon drame, je le sais, est que « je me suis mise debout » trop tard et pourtant il est encore trop tôt pour ouvrir les archives. Mais ceci se faisant, il sera trop tard pour moi. J’ai passé des journées entières aux Archives d’Outre-mer d’Aix en Provence, à éplucher toutes sortes de journaux pour l’année 1962, ceux d’Alger et des autres départements. J’ai du m’y prendre à trois fois. La première fois, il est vrai, la collection « La Dépêche d’Algérie » ou bien « Le Journal d’Alger », je ne me souviens plus, avait disparu des archives... C’était une malédiction ? Mais à la deuxième tentative la collection a réapparu, à mon grand soulagement. J’ai établi une liste des victimes du 26 mars et celle des victimes du blocus et du ratissage impitoyable de Bâb el Oued. J’ai noté sur ces listes tous les détails que j’ai pu recueillir. Je tiens à la disposition de qui le souhaite les photographies numérisées des avis de décès et des avis des célébrations religieuses ainsi que des témoignages et certaines pages des journaux. J’ajoute que j’ai adressé aux sites informatiques et aux associations les listes des victimes en demandant qu’on me signale toute erreur ou manque. Je n’ai à ce jour rien reçu pas même un accusé de réception sauf d’un seul site que je remercie. Je renouvelle ma demande auprès des lecteurs en les priant de me pardonner mon insistance et mon attachement à toutes ces victimes qui sont aussi les témoins de tous ceux dont nous ne pourrons pas faire entendre le nom. Ce sont eux qui prennent soin de leur mémoire à tous. J’ajoute la liste indissociable des noms de ceux tués pendant l’occupation de Bâb el Oued car invoquer le 26 mars c’est parler aussi ou d’abord de Bâb el Oued. Sur cette liste de 56 victimes, j’ai laissé des noms (en bleu) dont je n’ai aucune preuve concrète de décès, mais par conviction par rapport aux témoignages et aux listes précédentes. Il faut ajouter à ces 56 noms, 4 victimes non identifiées mais dont nous pouvons être sûres car authentifiées par des témoins. Il faut ajouter enfin 5 victimes portées sur les listes comme non identifiées et non réclamées par un « avis de recherche dans l’intérêt des familles ». Ce qui donne un total de 65 victimes. Il ne s’agit pas pour moi de courir à une surenchère du nombre des victimes, cette pure horreur n’en a pas besoin mais je suis persuadée que nous sommes loin de la vérité. Aidez-nous. N’hésitez pas, faites-nous connaître ce que vous savez, la plus petite information, le moindre détail. Quarante cinq ans viennent de s’écouler, il nous faut parler, dire et redire sans nous arrêter. Il faut que cesse leur tourment ou que, peut-être, je cesse moi-même de les tourmenter. Simone GAUTIER |
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Cela aurait pu être un grand film. Une de ces œuvres de guerre dépeignant tout simplement l’héroïsme avec cette part inévitable de souffrance qui est la composante du destin militaire. Le metteur en scène a disposé de solides moyens, l’image est réussie et les acteurs excellents. On aurait presque pu oublier la double ineptie historique qui ouvre le film : « …le FLN désire négocier… » et le termine : « … entre 300 000 et 600 000 morts… ». Les atrocités du FLN sont montrées sans faiblesse ; c’est un bon point. Depuis une décennie la télévision repeint la Guerre d’Algérie en noir et blanc, avec dans le rôle des chevaliers blancs et des libérateurs…..le FLN ! Que l’on montre aujourd’hui sa barbarie, c’est une nouveauté bienvenue. Placée sous cette lumière inhabituelle et différente, notre Armée change de rôle. Elle ne mène plus une guerre contre la liberté d’un peuple mais contre le terrorisme. Reste le problème de la torture. Qu’il soit traité crûment, n’est pas en soi critiquable. Oui, cela aurait pu être un grand film de guerre dans la veine de la 317ème section dont se réclame l’auteur explicitement. Malheureusement dans les vingt-cinq dernières minutes, le film dérape complètement. La séquence où l’on suggère qu’un village est massacré présente comme le quotidien de la Guerre d’Algérie, ce qui ne pouvait être qu’une ex-action ou une ab-erration, au sens étymologique de ces termes (A supposer qu’il s’agisse d’un épisode avéré ce qui n’est pas certain). Enfin, on voit apparaître à un moment un personnage caricatural qui est (naturellement), l’ordonnateur du massacre. Il s’agit d’un commandant de secteur. Il porte une barbe à la Ribouldingue et il est vêtu d’une chemise noire (On voit la fine allusion). Il porte également une croix dorée au cou. Bien qu’il s’agisse d’un officier, son invraisemblable accoutrement le fera prendre pour un aumônier par des gens peu avertis. Il y a dans ce dernier avatar de la christianophobie ambiante quelque chose d’à la fois pervers et pathétique. Allons, Messieurs le scénariste et le metteur en scène encore un effort pour être objectifs. Jean Monneret |
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Le 11 septembre 2007 En ce jour anniversaire significatif, ô combien, de ce qu’est le terrorisme, le hasard fait que je lis simultanément deux textes qui semblent se « répondre » et dont le second me laisse pantois. Voici ce que je trouve dans le livre d’Aline Cespédès-Vignes, intitulé Ciel bleu, Vase clos. Ed. L’Harmattan. Elle y raconte la mort de son bébé de 16 mois à Relizane dans un attentat terroriste, commis 2 jours après le « cessez-le-feu » du 19 mars. « Inès ? Elle était enceinte de quatre mois, attendait son deuxième enfant tranquillement. Elle se trouvait bien dans son nouvel appartement, peut-être un peu plus à l’étroit mais plus tranquille. Elle ne savait pas encore par quoi se traduirait la fin de la guerre. L’idée de quitter son sol natal ne l’avait pas vraiment touchée encore. Elle ne savait pas ce qu’elle attendait, ce qu’elle pensait car tout bascula le 21 mars 1962, vers quatorze heures, au moment où des rafales particulièrement violentes lui firent aller chercher son bébé qui dormait dans son lit. Elle la serrait contre elle, vit en haut du boulevard du Fortin, des Arabes arrosant l’avenue de leurs mitraillettes, recula avec Véronique, fermant la porte de la chambre derrière elles. Et là, dans le couloir, une balle vint tuer sa petite fille et s’écraser sur son bras. Ce fut si rapide !... Inès, comme dépossédée d’elle-même, se précipita sur le palier en hurlant : « Non !... Non !... Au secours !... » Le cauchemar de l’ambulance, de l’hôpital, de l’opération chirurgicale, les prières adressées à Dieu, à Espérance, à la Ti’Anna, l’espoir puis les hoquets au lever du jour et enfin la mort, la mort absurde, la mort implacable. Son bébé sans vie qu’Inès contemplait comme dans un état second Sa petite fille, son Rayon, immobile, blanche, les narines pincées, les cheveux collés les yeux… surtout les yeux laissant filtrer le vide, l’ailleurs, à travers des paupières mal fermées. » Voici maintenant ce que je lis dans une lettre écrite par un universitaire allemand, dont je tairai le nom, « spécialiste » paraît-il de ces problèmes. Faisant allusion à la Guerre d’Algérie, il explique dans une correspondance adressée à une lectrice que dans l’Algérie coloniale, il n’y avait pas d’Etat de droit. Il ajoute que l’Algérie française ne possédait aucune légitimité aux yeux de la majorité de la population musulmane. Ceci l’amène à penser que la « puissance coloniale française en Algérie jusqu’en 1945 se basait déjà sur un tel degré de violence que la guerre de libération des Algériens n’était pas pensable sans violence. » Et il conclut, avec apparemment la plus parfaite bonne conscience : « On ne doit donc pas s’étonner quand cette majorité de la population a recours, à son tour, à la violence. » On pourrait discuter tel ou tel point de cette argumentation sur la colonisation, sur la prétendue guerre de libération nationale, ou sur le prétendu soutien de la majorité des Musulmans à celle-ci. On peut s’étonner d’ailleurs que tant de gens se fassent les interprètes de la volonté de la population musulmane. On peut s’interroger. Comment peuvent-ils connaître si bien les vœux de cette majorité, ceux qui dénoncent si abondamment le caractère truqué des élections qui se tenaient là-bas (Et sur l’organisation desquelles d’ailleurs, on peut émettre effectivement des réserves). Sur quoi se basent-ils donc les censeurs et les détracteurs de la France coloniale ? Sur le référendum du 2 juillet 1962, tenu sous la pression du FLN ? Autant en rire. Mais la question qui se pose est différente. Pourquoi tant d’intellectuels, d’universitaires ou d’autres s’acharnent-ils à trouver des justifications aux crimes du FLN ? Lorsqu’un terroriste algérien plaçait une bombe dans un café, un stade, un cinéma ou un autobus, il commettait un crime contre l’humanité au sens de la jurisprudence de Nuremberg. Il donnait la mort à des civils, par définition non combattants, et sans responsabilités politiques, uniquement en raison de leur religion, de leur race ou de leur extranéité réelle ou alléguée. Alors que viennent faire là-dessus les arguties poids plume sur l’Etat colonial, la violence coloniale, l’illégitimité de l’Etat colonial ? Car, on a envie de dire à ces gens-là : et après ? A supposer même que ce que vous dites à ce sujet soit vrai. Je dis bien : « à supposer », car je suis d’un avis différent et je l’ai souvent exprimé. Je n’accepte pas davantage l’utilisation de l’adjectif colonial sur le mode du terrorisme intellectuel. Mais je dis : Et après ? Même si, ce que je ne crois pas, vous aviez raison. En quoi cela pourrait-il apporter un début de commencement de justification à l’assassinat d’un bébé de 16 mois ? En quoi les enfants fauchés par les bombes du Milk Bar et de la Cafeteria en 1956 étaient-ils responsables de la « violence coloniale » si souvent dénoncée ? De quoi les malheureux jeunes israélites qui dansaient au casino de la Corniche en 1957, étaient-ils responsables pour se voir eux aussi broyés aussi tragiquement ? Où veulent-ils en venir ceux qui nous parlent interminablement de violence pour, au fond, justifier celle du FLN, au nom d’une prétendue majorité, et d’une prétendue libération nationale ? Oui, où veulent-ils en venir ? Jean Monneret |
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1er Commentaire. De qui émane ce rapport ? Notons que si quelques-uns des participants méritent une haute considération – je range parmi eux, le Professeur Jauffret dont les réflexions sont souvent d’une grande profondeur et Guy Pervillé, - la prétention de quelques autres d’appartenir à ou de représenter une « communauté scientifique » peut prêter à sourire. Madame Branche semble ignorer que le FLN a pratiqué le terrorisme pendant la Guerre d’Algérie. Dans son livre L’Armée française et la Torture, elle évoque l’activité dudit FLN par de remarquables euphémismes : le Front commet des « attentats ». Il « conteste l’ordre colonial ». Les massacres racistes du 20 août 1955, ordonnés par Zighout Youssef deviennent « le soulèvement coordonné de milliers de paysans ». Il est suivi d’une répression, naturellement « féroce », dont le bilan de 12 000 victimes n’a jamais été infirmé. Il serait plus juste de dire que ce chiffre, fourni par le FLN, n’a jamais été confirmé. Venons-en à B. Stora qui est le « penseur » n°1 sur l’Algérie dans la France actuelle. Je l’ai entendu affirmer une fois que, dans l’OAS, la continuité idéologique qui l’emportait, de très loin sur toutes les autres, était celle de Vichy. C’est une absurdité complète. Chacun sait que l’OAS c’était avant tout l’OAS Algérie, il serait très difficile, si l’on met de côté le groupe Martel, d’ailleurs marginalisé, d’y trouver des vichyssois ou des gens animés par cette idéologie parmi les dirigeants. Quant aux militants, même en tenant compte du groupe Leroy-Villars qui fut éliminé, il serait difficile d’y voir une prédominance vichyste. L’affirmation de Stora sur ce point est purement gratuite et idéologique. Je conteste donc, pour ma part, l’autorité « scientifique » des deux personnes précitées. 2ème Commentaire. Il s’agit d’un texte rédigé dans le jargon, malheureusement devenu habituel de beaucoup d’universitaires, et dont ne sont pas exclues les références marxistes. Citons par exemple l’emploi du verbe réifier (page 9) (qui ne veut rien dire). Ajoutons-y l’emploi sur le mode du terrorisme intellectuel de l’adjectif colonial. Colonial, devient pour certains, comme le mot réactionnaire, fasciste ou vichyssois, une étiquette infamante dispensant de toute analyse scientifique. Un processus colonial, une armée coloniale, des mentalités coloniales sont autant d’abominations, par principe. 3ème Commentaire. Les rédacteurs du texte ne sont pas à l’abri d’erreurs historiques graves. Faute de temps et de place je ne peux tout citer. Mais ….. Comment des historiens peuvent-ils écrire que les pieds-noirs constituent un groupe récent ? Comment peuvent-ils écrire que l’histoire coloniale, est une histoire de France transplantée sur le terrain colonial, une histoire dont sont invariablement absentes « les populations colonisées » ? J’ai cherché à comprendre à quoi ce charabia faisait allusion. Etait-ce à l’Histoire de France de Lavisse, qui comportait, me souvient-il, des chapitres sur l’Empire ? Il ne le semble pas puisque le texte fait référence à un récit produit sous le 3ème République, sur le modèle de l’Histoire de France d’Ernest Lavisse. De quoi s’agit-il ? Quel est ce texte dont on nous dit qu’il est un « récit massivement diffusé aux écoliers sur les bancs de la communale » ? On précise que la colonisation y est présentée comme mission civilisatrice et opération économiquement indispensable. Quelle horreur en effet !! Il y a plus grave : dans ce texte on évoque une prétendue distinction entre des « Français citoyens » et des « Français non citoyens ». J’avoue ne pas comprendre ce point. Depuis le statut de 1947, tous les Algériens européens ou non européens étaient citoyens français. Il y avait, certes, deux collèges électoraux ; dans le second tous les électeurs étaient musulmans, c’est-à-dire selon la terminologie de l’époque, qu’ils étaient de statut de droit local, c’est-à-dire que leur statut personnel et familial relevait du droit coranique. Dans le premier collège, les électeurs étaient musulmans ou européens ; ils étaient de statut de droit commun c’est-à-dire que leur statut relevait uniquement du droit français. Cette distinction en deux collèges que son promoteur Edouard Depreux percevait comme provisoire, ne recouvrait pas une distinction entre citoyens et non citoyens, mais, entre citoyens français n’ayant pas d’allégeance à l’Islam ou ayant été dispensés de renoncer au statut local coranique tout en entrant au 1er collège et citoyens français ayant conservé le statut local musulman et faisant partie du 2ème collège. Par conséquent parler, en 1957, de l’arrestation par le général Massu de Français non citoyens est un doux anachronisme. Qu’un Français citoyen ait pu intervenir à cette époque, pour défendre un Français non citoyen est une appréciation polémique et absolument pas scientifique. Veut-on dire par là que chaque fois qu’un Musulman (non citoyen ?) était arrêté, il se produisait l’intervention d’un Européen (citoyen) ? A supposer, ce dont je doute, que tel ait été le cas, le clivage non citoyen / citoyen ne correspond pas à la double distinction évoquée : Européen / Musulman. Lorsque le général Massu faisait arrêter des Musulmans, il n’arrêtait pas des « Français non citoyens » mais des citoyens français, dont certains appartenaient au 1er collège et étaient de statut de droit commun et dont d’autres appartenaient au 2ème collège et relevaient du statut de droit local (islamique). Comment une pareille ineptie a-t-elle pu être écrite page 8 ? On la trouve déjà page 7. La différence entre « Français » et « Algériens » est présentée – on lit dans le texte : « c’est-à-dire » - comme une différence entre « Français citoyens » et « Français non citoyens ». Ceci est une absurdité qui se retrouve jusqu’à la fin du texte. On retrouve cette distinction infondée page 15 où l’on ose écrire : « Signaler que les Français non citoyens comptent plus de victimes que les Français citoyens, ne s’apparente pas à une vision pro-FLN, mais correspond au strict énoncé d’éléments factuels….. » Il est exact, qu’il y a eu plus de victimes musulmanes qu’européennes du conflit. Il eut été plus simple de le dire. Cela tient à la disproportion numérique des 2 communautés et au fait que le FLN n’a jamais épargné, loin de là, ses coreligionnaires. Ce que chacun sait. 4ème Commentaire. « ….. Un mur, mettant en avant (sic) certains morts plutôt que d’autres représenterait pour celui qui fréquenterait le centre, un signe évident indiquant la proximité du centre avec une lecture du passé ne faisant pas l’unanimité. » Que cela est bien dit ! Mais si certains ont éprouvé le besoin d’ériger un tel mur, il y a à cela une raison précise. Depuis quarante cinq ans, on ne compte plus les occasions où divers historiens, journalistes et militants ont déploré certains morts en oubliant complètement les autres. Ainsi les 12 films, téléfilms et documentaires projetés à la télévision en 2003, n’évoquaient pas les 3 856 européens enlevés par le FLN avant et après le 19 mars, ni les enlèvements et les disparitions du 5 juillet 1962 à Oran. Parlaient-ils des harkis ? J’avoue que je ne m’en souviens pas. Lorsque Monsieur Delanoë, maire de Paris, fait apposer une plaque pour les victimes du 17 octobre 1961, il « met en avant » certains morts plutôt que d’autres. Lorsqu’il donne le nom de Maurice Audin à une place de Paris, il participe à la guerre des mémoires, sans chercher à savoir si sa « lecture » du passé fait l’unanimité. Les auteurs du rapport diront, peut-être, que c’est ce qu’ils veulent éviter : ne pas exclure mais rassembler. Mais précisément, si certains veulent édifier un mur des disparus, c’est parce qu’ils pensent que les Européens enlevés et portés disparus ont été délibérément exclus de la mémoire nationale. Pour avoir été de ceux qui ont, modestement, contribué à rappeler cette page d’histoire, je sais ce qu’il en est. M. Stora a eu de nombreuses occasions de parler du conflit algérien à France Culture et à la télévision. Je n’ai jamais été invité à lui porter la contradiction. Je me souviens d’un article du Monde, je crois, où il parlait du 5 juillet à Oran, en affirmant qu’il avait fait 25 morts européens. Autant vaut dire que les Oranais qui ont lu cela, ont dû penser qu’on se moquait d’eux. Qu’à partir de là, les familles de disparus, les cercles algérianistes et d’autres aient pensé qu’on voulait faire passer leurs morts aux « oubliettes » de l’Histoire, et que, de ce fait, ils aient demandé que soit érigé un mur destiné à combattre cet oubli, quoi de plus légitime ? Avant de rassembler et de synthétiser les mémoires, il faut qu’elles s’expriment. Or, celle des enlevés et des disparus a toutes les peines du monde, je le sais bien, à y parvenir. Voir les interdictions de manifester qui sont encore tombées, ce dernier 5 juillet. Que des universitaires, dont la majorité n’a jamais évoqué ce problème, parce qu’ils ne le connaissaient pas, et parce que dans leur esprit, les seules victimes de la Guerre d’Algérie qui vaillent, sont celles qui ont été causées par l’Armée française et l’OAS, voilà qui ne les qualifie pas vraiment pour dire, aujourd’hui, qu’il ne faut pas exclure mais rassembler. Toutefois, le principe est excellent. Appliquons-le ! Que l’on cesse d’exclure la mémoire des Européens disparus, des victimes du 5 juillet à Oran, des harkis massacrés : très bien ! Pour l’instant, on en est loin, je constate une énumération page 12 : terrorisme, torture, massacre des harkis, exode des Français d’Algérie d’après le texte, seul un récit historique qui intègre ces questions est susceptible de préfigurer l’indispensable reconnaissance mutuelle des souffrances. Ajoutons-y les enlèvements et les disparitions d’Européens après le 19 mars et après la proclamation de l’Indépendance (plus de 3 000) et nous aurons fait un pas de plus. Précisons en outre que la torture ne fut pas le seul fait de l’Armée française mais de tous les protagonistes du conflit. Ainsi une de nos collègues avait écrit, il y a quelques années un article intitulé La torture pendant la Guerre d’Algérie ; vaste sujet ! Malheureusement, elle n’y parlait que de la torture exercée par l’Armée française. Or, je sais, pour avoir consulté de très nombreuses archives à Vincennes sur la question des harkis, que les tortures exercées par le FLN, furent constantes, systématiques et nombreuses de 1954 à 1962 (y compris les 6 mois passés sous la nouvelle indépendance). Espérons que cette mémoire ne sera pas exclue des prochains travaux de cette collègue afin de « ne point oublier » comme l’affirme la page 12 « que des exactions ont été commises dans les deux camps. » 5ème Commentaire. Le texte affirme page 13 que « seule la diversité des documents permet de rendre compte de la variété des points de vue », excellent principe qui est malheureusement gâté par la suite : « ce que montre la production cinématographique sur la Guerre d’Algérie ». J’avoue être inquiet. Si ce que nous avons vu au cinéma et à la télévision permet de « rendre compte de la variété des points de vue », je ne dois pas vivre dans le même pays que l’auteur de ces lignes. L’immense majorité de la production cinématographique qu’il m’a été donnée de voir est lourdement biaisée. Elle fait le procès très souvent à charge et très rarement à décharge, de l’Armée française, des pieds-noirs et naturellement du « régime colonial ». J’attends avec impatience un téléfilm sur les massacres d’Oran et un documentaire sur les enlèvements d’Européens par le FLN. Je crains d’attendre longtemps. Le téléfilm de Gilles Perez, malgré ses grandes qualités, ne saurait en effet remplir le vide sidéral qui l’a précédé. Vide que l’on retrouve page 15 du texte où les nombreuses énumérations des souffrances et des violences ayant jalonné le conflit, ne comportent pas les enlèvements et les disparitions d’Européens. Au total, la majorité de ceux qui ont rédigé ce texte car j’imagine qu’il s’agit d’une rédaction collective, sont victimes d’un stéréotype. Pour eux, il y a les bonnes victimes, celles qui sont dues à l’Armée française, victimes qu’il faut sans cesse déplorer et dont la mémoire doit être rappelée à jamais. Elles se situent d’après les rédacteurs parmi les « Français non citoyens » ( ?), c’est-à-dire les Musulmans. C’est là une grave inexactitude historique qui en dit long sur l’ignorance et les présupposés idéologiques des intéressés. Les mauvaises victimes sont les Européens, victimes du FLN, dont le nombre est toujours sujet à caution (25 morts à Oran pour l’éminent Stora). On n’en a pas parlé pendant plus de quarante ans hors des milieux pieds-noirs. Ajoutons-y bien entendu, les harkis autres « mauvaises » victimes, qui font l’objet de diverses récupérations, après avoir été soigneusement oubliés très longtemps, eux aussi. J’ajoute pour finir que la page 22 comporte une ignominie : écrire que graver sur un mur tous les noms des Français d’Algérie, enlevés et disparus, reviendrait à graver dans la pierre le nom de ceux qui figurent parmi les anciens activistes de l’OAS, dont on concède qu’ils seraient en fait minoritaires dans la liste. Voilà qui est écoeurant. Ajouter que ce serait une insulte aux descendants des victimes de ladite organisation laisse pantois. Car un peu plus loin, le texte affirme qu’il n’est pas possible d’établir une liste rigoureuse de victimes (parmi les Européens disparus) non liées à l’OAS. D’autant moins que l’auteur du texte ne connaît pas le problème, n’a jamais étudié ni les listes, ni les archives correspondantes et parle de ce qu’il ignore. Il vaudrait mieux dire qu’il sera difficile d’établir une liste de disparus enlevés par le FLN, dont il pourrait être établi clairement qu’ils seraient liés à l’OAS. On préfère inverser les données et suggérer que tous les noms figurant sur le mur peuvent être suspectés d’avoir été des militants de l’OAS. L’ensemble du « rapport de recherche » ne mérite guère le respect, ce passage encore moins. Jean Monneret |
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Le massacre de Mélouza par Jean Monneret Il y a un demi-siècle, dans la nuit du 28 au 29 mai 1957 le Front de Libération Nationale algérien perpétrait un massacre qui eût dû demeurer dans l’Histoire, tant il était révélateur de ce que fut la Guerre d’Algérie. Au contraire, il fut occulté dans des ouvrages récents, comme il le fut quasiment des écrans de télévision, en 2003 (année dite de l’Algérie), qui vit pourtant proliférer films, téléfilms et documentaires sur le conflit. Or, le FLN porte la responsabilité d’avoir commis ce jour-là un carnage sur de malheureux paysans, « coupables » de ne pas s’être alignés sur sa politique. Il démontra ainsi qu’il était loin de représenter l’ensemble des Musulmans algériens. Il est établi aujourd’hui que ses actions terroristes firent plus de victimes parmi ces derniers que parmi les Européens1. L’affaire Bellounis Pour comprendre le drame de Mélouza, il faut le rattacher à l’affaire Bellounis, du nom d’un chef de guerre local dont les Français s’efforcèrent de s’assurer l’alliance dans la lutte contre la rébellion FLN. Celle-ci se heurtait chez les Musulmans à une double opposition : celle des autochtones partisans de la souveraineté française, et, celle des partisans de Messali Hadj. Ce dernier, fondateur de l’Etoile Nord Africaine, passait, non sans raison, pour le père du nationalisme algérien. Aussi n’avait-il pas apprécié qu’en 1954, le FLN (alors appelé CRUA) déclenchât l’insurrection, sans lui faire allégeance. Messali avait pourtant gardé de nombreux affiliés, y compris d’ailleurs au cœur même de la rébellion2. Il créa donc un mouvement rival le Mouvement National Algérien (MNA) que le FLN, fidèle à sa logique d’élimination, entreprit de liquider partout où il le pouvait. En Kabylie, Belkacem Krim qui dirigeait le Front, s’efforça dès février 1956 de purger sa région des messalistes. Messali fut présenté comme « acquis au colonialisme » et ses partisans pourchassés et assassinés sans pitié, conformément aux méthodes expéditives de leurs adversaires. Les messalistes disposaient néanmoins de solides appuis en plusieurs zones et d’un certain armement. Ils résistèrent donc. Une guerre dans la Guerre d’Algérie débuta. Dans cet affrontement fratricide, l’Armée Française se contenta au début de compter les points. L’Etat-major comprit cependant le parti à tirer de ce conflit. Des contacts s’établirent alors avec Bellounis. Celui-ci était le responsable messaliste de la Kabylie. Il disposa à un moment de plus de 2 000 hommes dont une moitié était bien armée. Soumis aux pressions du FLN et pauvre en munitions, il dut quitter les zones montagneuses et se replier dans la région également messaliste des Beni-Ileman. Elle se trouvait au sein d’un triangle formé des agglomérations d’Aumale, de Bordj-Bou-Arréridj et de M’sila. Cette zone d’une grande importance stratégique était placée au carrefour des wilayas 2 (constantinois) 3 (Kabylie) et 6 (Sahara). Autant dire qu’elle dominait l’accès aux champs pétrolifères du Grand Sud. A plusieurs reprises, le FLN tenta d’en déloger Bellounis et l’Armée Nationale Populaire Algérienne (A.N.P.A.) qu’il avait mise sur pied. L’hécatombe Les messalistes abattirent plusieurs agents du FLN et la population de certains douars livra des responsables locaux à l’Armée Française. Les hommes de Belkacem Krim (entre temps remplacé par Mohammedi Saïd) décidèrent alors d’en finir avec Bellounis. Dans la nuit du 28 au 29 mai, une forte bande FLN investit plusieurs mechtas (hameaux) situées dans le douar de Beni-Ileman, près de Mélouza. Cette dernière agglomération, la principale du lieu, donna son nom au massacre, bien que la tuerie ait été perpétrée, en fait, à Mechta-Casba à quelques kilomètres. Mechta Casba était un des PC de Bellounis, lorsqu’il séjournait dans la région, mais il n’était pas là durant l’attaque. Un officier de l’ALN (Armée du FLN) dirigeait la meurtrière opération. Réunissant les habitants mâles des Beni-Ileman, il les conduisit dans une salle de prières du hameau et après avoir expliqué que les messalistes étaient à la solde des Français, il somma les villageois de se rallier au FLN. Selon un des très rares rescapés du massacre, la réponse donnée par un vieillard, chef du village fut : « plutôt mourir »3. Un ordre écrit de liquider le bastion bellouniste et portant la signature de Mohammedi Saïd existerait dans les archives de la rébellion4. Le responsable FLN voulait montrer à ses supérieurs qu’il était un chef actif, car il avait essuyé quelques reproches à ce sujet. Le capitaine Arab, responsable de la région sud de Kabylie, avait organisé l’expédition de 350 hommes armés qui encercla Mechta-Casba. Les villageois messalistes furent enfermés dans les différentes masures qui constituaient le hameau. Sur leur refus réitéré de se soumettre, ils furent assassinés, « au fusil, au couteau, à coups de pioche », précise Yves Courrière. Cet auteur, donne le chiffre de 304 tués, qu’il porte à 315, car selon lui, onze hommes supplémentaires furent rencontrés sur place et tués. La plupart des ouvrages évoquent le chiffre de 301 tués. Le capitaine Combette responsable du sous-secteur français fut vite alerté et se transporta sur les lieux le lendemain. Les autorités civiles et militaires d’Alger informées, ne saisirent pas instantanément la gravité du forfait. La presse du monde entier ne fut convoquée et ne se rendit sur place que deux jours plus tard. Les cadavres avaient déjà été enterrés (pour des motifs religieux autant qu’en raison de la chaleur), mais les traces du massacre étaient visibles partout et les récits des villageois accablants. Le carnage fit la une des journaux du monde entier. La comparaison avec Lidice et Oradour était sous toutes les plumes. En France, le journal socialiste Le Populaire écrivit ceci le 3 juin : « Autant il est faux que la France fasse la guerre à l’Algérie, autant il est tristement établi que le FLN fait la plus farouche des guerres à la population musulmane réfractaire à sa dictature ». Le 1er juin, dans un éditorial titré L’Oradour algérien, Combat avait écrit : « L’odieux massacre de Mélouza fait frémir d’horreur ». Le Monde affirmait de son côté qu’il « laissait loin derrière lui, les tueries antérieurement commises par les hors-la-loi ».Seule la presse communiste refusa de condamner le FLN et se contenta de reproduire les communiqués embarrassés que les rebelles publiaient à Tunis. Parlant de la « prétendue rivalité entre le FLN et le MNA », l’Humanité du 4 juin affirma, à la suite de ses inspirateurs, que Mélouza était un village FLN et que toute la région était sous l’emprise des frontistes. Elle suggéra que la tuerie était le fait des militaires français. Ce que révèle le massacre Nous avons réservé pour la fin l’indication, très importante, que Mechta-Casba était un hameau arabophone, dans un environnement mixte où villages kabyles et arabes se succédaient en alternance. Les troupes du FLN impliquées dans les assassinats étaient kabyles. Mélouza montre donc à nouveau le poids des clivages ethniques, culturels et régionaux au sein de la population musulmane d’Algérie. Constamment niés par le FLN, ces clivages démentent l’unanimité des Algériens à suivre le FLN, comme leur prétendue unité « nationale ». Ce mensonge devenu dogme d’état dans l’Algérie d’aujourd’hui remonte à l’origine même du FLN. Dans la proclamation qu’elle diffusa le 1er novembre 1954, la rébellion se fixait pour but : « l’indépendance nationale par la restauration de l’état algérien, souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques ». La « restauration » souhaitée d’un Etat algérien était un non-sens historique. Aucun historien ne peut soutenir qu’un tel Etat existait avant 1830. Il n’empêche que ce dogme fut invoqué en 1963 pour dénier aux Français vivant en Algérie l’accès à la nationalité algérienne. Les nouveaux maîtres5 affirmèrent le principe du droit du sang comme fondement du code de la nationalité. La proclamation du 1er novembre 1954 indiquait aussi que des négociations devraient s’ouvrir entre le France et les « porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne, une et indivisible ». Le choix dans ce texte du mot « autorisé » est hautement révélateur. Pour sa part, le FLN s’employa à supprimer tous ceux qui ne partageaient pas ses points de vue. Messalistes, Musulmans profrançais, communistes même ne furent autorisés ni à s’exprimer, ni parfois à vivre. Mélouza en fut la tragique illustration. Jean Monneret Notes : |
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Cette page du Midi-Libre comporte de bonnes informations. Elle me donne aussi l'occasion de faire une mise au point : Je n'ai rédigé aucun rapport destiné au Premier Ministre et si un tel rapport devait voir le jour, je n'ai pas l'intention de le signer. Le travail auquel fait allusion le journaliste ne m'a concerné que de manière très marginale. je n'en assume aucunement la responsabilité. Jean Monneret |
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1ère phase : mi-juillet 2006, un journaliste me demande des renseignements sur les disparus et le 5 juillet 1962 à Oran. Nous convenons de nous voir. En attendant je lui envoie mon livre à lire. 2ème phase : Au bout de quelques jours, le journaliste m’indique qu’il va partir en vacances et donc qu’il veut faire une interview par téléphone faute de temps. J’hésite mais je finis par accepter me disant que ce sera une occasion malgré tout de faire parler de cette tragédie mal connue. 3ème phase : Le 14 septembre paraît un article de l’Express intitulé La Vérité sur les massacres d’Oran où j’apprends que je suis l’auteur avec le général Faivre d’un rapport sur ce sujet destiné au Premier Ministre. Or, je n’ai participé à la rédaction d’aucun rapport et, à ma connaissance du moins, il n’existe pas de rapport. Il est vrai que nous fûmes consultés avec le général Faivre mais, en ce qui me concerne, d’une façon que je considère marginale et subalterne. Remarque Il existe depuis plusieurs années des discussions entre les Français d’Algérie à propos du chiffre des Européens enlevés et assassinés en 1962 avant et après l’Indépendance. Pour Oran, nous sommes passés du chiffre de 600 enlevés avancé jadis par le docteur Couniot à des chiffres plus élevés. La discussion reste ouverte car on ne saura vraisemblablement jamais le nombre exact des disparus. Il est regrettable que l’Express ait présenté comme des « jusqu’au boutistes » ou des « ultras « ceux qui donnent des chiffres plus forts car les discussions et les débats n’ont de sens que s’ils sont sereins. En l’occurrence, ces qualitatifs ne peuvent qu’attiser les divisions. Il est encore plus regrettable que le projet d’élever un mur des disparus à Perpignan ait été présenté comme un hommage déguisé à « des personnes disparues du fait de leur attachement ou engagement aux côtés (sic) de l’Algérie Française ». Pourquoi ces confusions inspirées du politiquement correct habituel ? Jean Monneret |
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Je ne peux que prendre mes distances avec l'article de L'EXPRESS du 14/09/06. Je n'ai participé à la rédaction d'aucun rapport, ni à l'etablissement de statistiques pour le ministère des affaires étrangères. Le journaliste a mal compris. Jean Monneret |
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1è re question : Vous êtes un historien reconnu de la guerre d’Algérie, vos travaux étant marqués par un souci réel d’objectivité. Pourquoi avoir spécialement orienté vos recherches sur la derniè re période de cette guerre, ce que vous appelez « la phase finale » ? Réponse : Tout simplement parce que cette période, celle notamment qui suivit le « cessez-le-feu » du 19 mars, a été marquée par 2 tragédies : les enlè vements d’Européens et le massacre des harkis par le FLN. Elles furent scandaleusement passées sous silence pendant presque trois décennies. Certes, d’autres que moi en ont parlé, mais concernant les Pieds-Noirs enlevés, je suis le premier à avoir traité le problè me en historien, documents à l’appui. Sur les harkis, mes mérites sont moindres car le général Faivre avait déjà apporté une solide contribution à l’analyse de leurs épreuves. Ces deux drames ne peuvent plus être ignorés désormais des universitaires et des spécialistes. On peut espérer qu’un jour, seul l’Amiral De Gaulle croira encore qu’il n’est rien arrivé aux harkis. 2è me question : Sur le nombre de civils disparus à Oran le 5 juillet 1962, et plus largement, sur les disparus aprè s le 19 mars 62, - les accords d’Evian -, on constate une véritable bataille des chiffres. La plupart des « historiens » minimisent outrageusement le nombre de victimes (25 à Oran, pour Jacques Marseille). A quoi attribuez-vous cette négation d’une réalité dramatique aujourd’hui largement établie, notamment pas vos travaux ? Réponse : Redisons-le à nouveau : les batailles de chiffres sont un piè ge dont il faut se garder. Jacques Marseille a commis l’erreur de reprendre le nombre donné par Le Monde du 8 juillet 1962. Ce chiffre émanait d’un médecin du FLN. Il n’est pas fiable. Il ne concerne d’ailleurs que les morts retrouvés dans la rue ou à l’hôpital. Un historien algérien a affirmé que les registres de décè s de la ville d’Oran comptent environ 46 personnes européennes, retrouvées mortes le 5 juillet. Les registres du cimetiè re d’Oran comporteraient une vingtaine ou une trentaine d’Européens non identifiés, inhumés à la même date. S’ajoutent-ils aux précédents ou leur liste recoupe-t-elle la premiè re ? Difficile à dire actuellement. Ce décompte est d’ailleurs totalement insuffisant, car le plus grand nombre de victimes du 5 juillet est constitué d’Européens enlevés dans la rue ou chez eux et portés disparus jusqu’à nos jours. Ne pas en parler et n’évoquer que des cadavres retrouvés et répertoriés relè ve de la désinformation. Les archives militaires, les documents du 2è me Bureau que j’ai consultés par dérogation, contiennent une liste de 453 personnes enlevées. En une journée (ou deux si l’on tient compte du 6 juillet qui vit aussi des enlè vements), c’est énorme. Les détails figurent dans mon livre. Ce chiffre correspond à un ordre de grandeur que j’estime assez vraisemblable. Pourquoi ? Car il correspond à peu prè s aux dossiers déposés au Quai d’Orsay ainsi qu’à ceux dont disposait Jean Herly, le Consul Général de France quand il rencontra Ben Bella. Vers la fin du mois de juillet 1962, si mon souvenir est bon. Une marge d’incertitude subsiste néanmoins et nul ne saura sans doute jamais exactement combien de victimes fit le 5 juillet. Il faut toutefois se garder d’avancer des chiffres hasardeux. Tout doit être justifié et le plus rigoureusement possible. 3è me question : Avec ce dernier ouvrage, trè s documenté, aux informations rigoureusement recoupées, vous fournissez un rapport essentiel sur ce drame du 5 juillet. Allez-vous poursuivre vos recherches, et dans quelles directions ? Réponse : J’ai simplement essayé d’établir de maniè re irréfutable que le général Katz a menti, qu’il n’a pas fait rechercher nos compatriotes enlevés, que l’Armée était bel et bien rigoureusement consignée dans les casernes, que le massacre et les inhumations clandestines du Petit-Lac ont bel et bien eu lieu. Cela je l’ai prouvé, documents à l’appui. Ce sont des faits historiquement établis et désormais incontestables. Bien sûr, les Oranais étaient déjà convaincus de tout cela, mais l’important est d’en convaincre les autres, la communauté universitaire et l’opinion publique en général, nos compatriotes métropolitains qui ignorent toujours tout de ces drames. Il reste encore des recherches à faire et bien des points à éclaircir. Il n’y a pas suffisamment de témoignages relatifs aux assassinats de Pieds-Noirs dans les caves du commissariat central. Il n’y a pas un seul document sur ce point dans les archives consultées. Je considè re ces assassinats comme probables mais quelle en fut l’ampleur ? Beaucoup reste à faire pour que cet épisode passe du probable au certain. Un historien se doit d’être rigoureux. Compte tenu de l’hostilité rencontrée dans une bonne partie des médias, la rigueur doit être extrême. Cette exigence est parfois mal comprise de certains des nôtres. Un second point à éclaircir est celui de l’heure d’arrivée des gendarmes au centre d’Oran. Alors que le général Katz prétend leur avoir ordonné d’intervenir « immédiatement », les archives militaires placent leur intervention à 14h 30 ou à 15h 30. Nous sommes persuadés que des tractations avec le FLN, et peut-être même avec Paris, ont eu lieu avant. Lesquelles ? Nous le saurons peut-être bientôt. 4è me question : Vous avez précisément décrit les responsables directs et indirects de ce qui figurera bien, un jour proche peut-on espérer, comme une des pages les plus honteuses de l’histoire nationale. Croyez-vous qu’aujourd’hui, l’opinion et ceux qui la font, sont susceptibles d’accepter cette vérité dérangeante ? Réponse : Les responsabilités sont claires ; elles se situent au sommet de l’Etat. Je ne crois pas que la France soit prête à accepter cette vérité. Elle est trop dérangeante pour au moins deux raisons :
Dans cette « logique » perverse, nos compatriotes oranais tombés et enlevés le 5 juillet, sont des victimes importunes que l’on tente de faire passer aux oubliettes de l’Histoire. 5è me question : Enfin, que peuvent faire nos compatriotes, organisés dans les associations, ou individuellement, pour faire cesser ce « mur du silence » dressé face aux milliers de nos morts et disparus de 1962 ? Réponse : Les Associations ont déjà obtenu que soit publié le rapport de la Croix-Rouge de 1964, que soient ouverts aux familles les dossiers du Quai d’Orsay et diverses choses. Elles doivent continuer leur action et, avant tout, écarter les querelles internes qui nous affaiblissent. Individuellement aussi nos compatriotes peuvent se mobiliser pour soutenir ceux qui combattent, trè s difficilement, pour la vérité. Là aussi, les débats et les conflits subalternes doivent cesser. Nos ennemis, eux, ne se trompent pas d’adversaire. Ainsi, mon livre sur le 5 juillet est scandaleusement mal distribué dans le Midi de la France. On le trouve difficilement. Le Figaro Littéraire a refusé d’en parler. Une certaine historienne gauchiste me prend pour cible. Mes compatriotes, mes amis peuvent m’aider en réclamant mon livre dans les librairies, singuliè rement les unités de grande diffusion en zone urbaine, comme la FNAC ou Virgin, ou, par exemple, Cap 3000 à Nice. C’est un acte militant, simple à la portée de chacun, dont les effets peuvent être considérables. Car, ce livre n’est pas le livre de Jean Monneret, il est celui de tous les Oranais, de tous ceux qui n’ont pas oublié et qui veulent crier au monde que le 5 juillet 1962 fut l’Oradour des Pieds-Noirs. Un Oradour qui fut trop longtemps dissimulé. |
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