A propos du film de Jacques Audiard : Un prophète

Enfin un film intéressant qui traite d’autre chose que des problèmes sexuels ou sentimentaux des bobos de tel ou tel arrondissement parisien ! Car l’histoire d’Un Prophète nous plonge dans les problèmes les plus crus et les plus vifs de la société française actuelle. Ceux que beaucoup de gens refusent de voir.
Le cinéaste a choisi de placer son récit dans un monde spécifique qui est le double inversé de la société réelle : l’univers carcéral.

Là, pas de fariboles idéologiques sur l’égalité, la fraternité, le racisme, la discrimination etc… Dans les prisons françaises aujourd’hui ne règnent que les clans ethniques et les regroupements identitaires. Question de survie.
Le héros de l’histoire est un délinquant de banlieue, d’origine maghrébine, mais éduqué en foyer donc, peu marqué par la religion et les codes coraniques. Il s’appelle assez curieusement Malik El Djebbana (ce qui pourrait se traduire par Le Roi du Cimetière ; tout un programme. C’est d’ailleurs conforme au nombre de cadavres accumulés en deux heures et demie de spectacle). Ce personnage central est incarné par Tahar Rahim.
D’abord intégré au clan de mafieux corses qui dominent la Centrale et opposé aux détenus islamistes dont il partage pourtant l’origine ethnique, il finira à la suite de péripéties diverses par s’émanciper du protectorat corse pour rejoindre les barbus intégristes et devenir à son tour un parrain ou plutôt un caïd.
Ce film dont les qualités sont certaines malgré quelques faiblesses occasionnelles nous saute aux yeux et à la gorge. Voir ce que la France est devenue à travers le prisme de ses prisons est impressionnant et pour tout dire dur à encaisser. Plus dur encore que la violence omniprésente tout au long du récit.
Le réalisateur a-t-il voulu par cette parabole nous tirer par la manche et nous alerter en nous disant : « voilà où nous en sommes » ? Peut-être.
Le triomphe final des islamistes dans cette prison, la marche de Malik vers le caïdat préfigureraient-ils alors ce qui nous guette à l’échelle de toute la société ? Ou bien Audiard a-t-il simplement voulu réaliser un film noir, quasi documentaire sur un milieu particulier ?
Reste à savoir comment réagiront nos banlieues. Les jeunes qui y vivent et forment un lumpenprolétariat placé en permanence à la lisière de l’illégalité et du crime vont-ils se reconnaître dans le personnage incarné par Tahar Rahim ? Ce serait là une évolution sans doute non souhaitée mais aux effets pervers difficilement mesurables. Affaire à suivre.

Le 6.9.2009
N.B. Ce film comporte une scène de sexe assez brève. En revanche, il est émaillé de multiples séquences très violentes.

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