A OUBLIER AU PLUS VITE : 1830-1962 Exposition sur l’Algérie au Musée de l’Armée Paris VIIème

L’exposition qui se tient actuellement au Musée de l’Armée atteint un nouveau sommet de la pensée unique et de l’anticolonialisme d’état.

On y retrouve, bien entendu, le célébrissime trio : Branche, Thénault, Stora qui colonise désormais l’institution militaire.
Les illustrations sont fournies par le téléfilm inspiré de l’œuvre de Jules Roy : Les chevaux du soleil, ce qui se passe de commentaires. Elles sont également fournies par les bandes dessinées de J.Ferrandez. Ce dernier possède, selon moi, un talent certain, mais la trame de ses récits s’inspire trop souvent de visions historiques discutables.*

Comme il fallait donc le craindre cette exposition est largement en harmonie avec la bien-pensance et le conformisme de notre époque, tout en s’efforçant, bien sûr, de ne pas trop en avoir l’air. Ceci ne va pas sans une certaine dose de déformations insidieuses et de sournoiseries.

Quelques exemples :
-un texte rappelle le sénatus-consulte que Napoléon III, séduit par la perspective d’un Royaume Arabe en Algérie, fit adopter en 1865. On peut y lire que les Musulmans algériens y étaient reconnus comme français et que le sénatus-consulte leur ouvrait la possibilité de devenir citoyens à part entière.
Le texte ajoute ce commentaire spécieux :…« Peu d’entre eux en bénéficieront… » Il aurait mieux valu écrire : « Peu d’entre eux demanderont à en bénéficier ».
-Nous sommes à la frontière de la désinformation. On apprend ensuite que le pays « assimilé » à la France… devient le bien presque exclusif de colons toujours plus nombreux… ». Merci pour le presque, sans ce terme on aurait eu l’impression de lire Al Watan !
Et ça n’est pas tout : « …colons toujours plus nombreux et possédant tous les droits(sic), tandis que les colonisés sont soumis à des dispositions oppressives consacrées en 1881 par le code de l’Indigénat… »
Voilà comment on écrit l’Histoire au Musée de l’Armée ! La calembredaine anticoloniale se porte bien.

Et ça continue :
Les exactions du 20 août 1955 sont mentionnées avec beaucoup de discrétion, pas de photos, pas d’évocation d’El- Halia, mais on cite Aïn- Abid au détour d’une phrase. Encore faut-il signaler que Zighout Youssef aurait organisé ces massacres contre « l’avis de ses pairs ».Question pour l’histoire ? Le désaveu de ses pairs s’est-il exprimé à priori, avant la boucherie ou à posteriori, quand les conséquences morales désastreuses qu’il entraîna pour l’image du FLN et la volonté accrue des autorités françaises de le combattre furent connues ?
Et ce n’est pas fini ; nous apprenons aussi que les mutilations spectaculaires ( je suppose qu’il faut comprendre perpétrées par le FLN : nez, oreilles et sexes coupés), renvoient le pouvoir colonial à ses propres violences passées et présentes. Tel quel. Vous avez bien lu. Les commentaires sont superflus.
Or, si les exactions du FLN sont atténuées, une pièce entière est consacrée à la torture.(Par l’Armée française bien sûr)
Et la balade continue : nous apprenons par-ci, par-là que De Gaulle a « revalorisé » les Algériens(sic). En effet, grâce à des installations flambant neuves, des films de fiction en arabe furent tournés et diffusés en Algérie. Certes, il aurait en dû faire tout autant pour les Berbères. Mais chut ! Pas de mauvais esprit ! On pourrait croire que l’Algérie n’est pas un pays arabe, arabe, arabe, comme disait feu Ben Bella.
Le titre d’un des sous-chapitres de l’exposition me laisse rêveur. Il y est question des soldats « musulmans » de l’Armée française. Bien entendu, il s’agit des harkis, mokhazanis, GMS, membres des GAD etc… venant s’ajouter aux engagés et aux militaires d’active.
Le problème ce sont les guillemets. Diantre ! Qui a eu l’idée de les accoler au terme : musulmans ? A ça il y a deux interprétations possibles.
L’une est de type républicain :
L’armée française ne faisait pas de distinction et le terme ne serait, en somme, qu’une façon de parler peu compatible avec la sacro-sainte « laïcité ». D’où les guillemets.
L’autre serait-elle de type FLN ? Le fait qu’ils combattent avec une armée occidentale en aurait-il fait des musulmans indignes de l’être, au point qu’on ne pouvait les désigner tels qu’avec des guillemets ? Bien sur, je me refuse pour l’instant à croire que la seconde interprétation soit la bonne. Je préfère penser qu’un scribouillard besogneux, inintelligent et animé d’un zèle laïcard déplacé porte la responsabilité de ces guillemets stupides. Une explication reste due au public néanmoins. En effet, dans les deux hypothèses, nos camarades musulmans ayant combattu au sein de notre armée, contre le terrorisme et pour la liberté, auront peu de raison d’apprécier la désinvolture avec laquelle ils sont traités.

Les responsables de l’exposition n’ont pas oublié le 17 octobre 1961et Charonne. Mais réjouissons-nous tout de même : en cherchant bien, on trouvera aussi une brève mention du massacre de 90 Pieds -Noirs le 26 mars 1962 rue d’Isly.
De même, la dernière phrase de l’exposition égratigne les média auxquels il est reproché d’avoir passé sous silence les nombreux assassinats perpétrés au moment de l’Indépendance, comme le 5 juillet 1962 à Oran. Mais attention, cette phrase aussi il la faut bien chercher, au revers d’un panneau.
25 ans d’efforts pour faire reconnaître ces tragédies n’ont donc pas été inutiles. Deux phrases, ce n’est pas beaucoup. C’est mieux que rien. CAR, sans nos efforts à tous, nos épreuves auraient été complètement effacées de l’Histoire.
Ce n’est qu’un début, continuons le combat, comme disait l’autre.
JEAN MONNERET
6 juin 2012
*Ainsi dans le tome 7 de ses Cahiers d’Orient portant le titre : « Rue de la Bombe », Ferrandez reprend la chronologie erronée du FLN, propagée par le film de Pontecorvo : les attentats du Milk Bar et de la Caféteria ( octobre 1956) contre des civils européens seraient une réplique à un attentat contre-terroriste commis le 10 août 1956 dans la Casbah. Or, les attentats du FLN contre tous les Européens indistinctement avaient commencé dans Alger le 20 juin 1956.

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