MANUEL D’EDUCATION CIVIQUE MAGNARD

Destiné aux Terminales S.T.M.G.

Dans cet ouvrage, le conflit algérien est replacé en une phase plus large : celle de l’émancipation des peuples. Formulation que l’on peut trouver optimiste et qui correspond, en gros, à ce qu’il est courant d’appeler la décolonisation.

Ce choix s’accompagne d’un recours à la bande dessinée notamment celle de Daeninckx et Mako intitulée Octobre Noir. Chacun comprend qu’il s’agit de la journée ou plutôt de la soirée du 17 octobre 1961 à Paris . Le titre fait aussi, curieusement, allusion à une organisation terroriste proche-orientale de sinistre mémoire. On peut apprécier ou ne pas apprécier le raccourci.
Il est gênant que soit repris, pour ce 17 octobre, sur cette page 61, un chiffre de morts (dûs à la répression) bien contesté. « On avance (sic) le chiffre de 200 morts » . Nous ne sommes là ni dans la nuance, ni dans la prudence. C’est valider le chiffre contestable d’Einaudi qui n’était pas historien, en négligeant les travaux et les chiffres très différents du Professeur Brunet. (Voir son livre : Police contre FLN. Ed. Flammarion).
La guerre d’Algérie est présentée d’une façon unilatérale devenue malheureusement commune. L’aspect décolonisation du conflit est largement souligné. L’aspect guerre contre le terrorisme* qui fait aussi partie de cet épisode historique ne l’est pas, ou, accessoirement. Le FLN est présenté comme menant une guerrilla. Ses militants sont des maquisards. (Page 76)
Le terme terroriste apparait une fois dans la manchette du journal algérois La Dépêche Quotidienne datant du 2 novembre 1954. Les auteurs du manuel, quant à eux, n’ utilisent pas le terme terrorisme, sauf à la page 79, pour en attribuer l’exclusivité à l’OAS. Comme chez Belin.
Des extraits de la publication du FLN en date du 1 novembre 54 qui accompagna le déclenchement de l’insurrection sont pourtant cités à titre d’illustration. On notera,  il faut souhaiter que les jeunes lecteurs du manuel le fassent aussi qu’au paragraphe Moyens de lutte figure l’indication suivante :  « continuation de la lutte par tous les moyens jusqu’à la réalisation de notre but ». Le FLN tint parole à ce point de vue. Il n y eut pas de langue de bois en ce texte.
Le tableau des inégalités entre Européens et Musulmans (Page 74) est également discutable. La mortalité infantile chez les Européens était de 4,6 % ; elle était de18,1 chez les Musulmans soit presque 4 fois plus. Encore eût-il fallu préciser qu’en un siècle cette dernière avait diminué de moitié grâce à la présence médicale française.
Dernière erreur : la date du 5 juillet 1962 est présentée comme celle de l’accession de l’Algérie à l’Indépendance. Non ce fut le 3. Le 5juillet était le jour de sa célébration. A Oran, elle fut marquée par le massacre de plusieurs centaines d’Européens. Toujours occulté officiellement.Ignoré chez Magnard.
J.Monneret.
*Par terrorisme , l’auteur de ces lignes entend : l’assassinat délibéré par des mouvements révolutionnaires de civils innocents , souvent massivement et sur la base de critères ethniques et religieux.

MANUEL BELIN/Terminales L,ES

Commençons par le positif.

Ce manuel fait un effort d’impartialité louable. (Pas toujours réussi. Je reviendrai ultérieurement sur certaines fautes chronologiques et quelques analyses erronées de la culture pied-noire).

Il est mentionné et c’est assez rare pour être souligné que des Français disparurent ,en nombre, à l’été 1962, en Algérie.La bataille des familles pour faire reconnaître leur drame est indiquée. L’inauguration d’un Mur des Disparus à Perpignan avec photo à l’appui est citée. Deux bonnes pages sont également employées à analyser la tragédie des harkis. On regrettera toutefois que des chiffres fantaisistes les accompagnent.Il est en outre absurde de présenter les harkis comme des Algériens, nationalité qui n’existait pas à l’époque de leur engagement et que,nombre d’entre eux, précisément rejetaient.

Concernant le terrorisme, ce manuel fait -il son travail de dénonciation de ce fléau qui ravagea l’Algérie de1954 à 1962 et qui, aujourd’hui, embrase la planète entière? Prépare-t-il les jeunes générations à comprendre la source et les manifestations de ce mal ?
Hélas !
Le mot de terrorisme n’est utilisé qu’une seule fois dans les 15 pages traitant de la Guerre d’Algérie. Et uniquement à propos de l’OAS, laquelle se voit ainsi attribuer le monopole de cette activité.

Jean Monneret.

Manuel scolaire Hatier

Pris par des travaux intenses , j’ai tardé à me pencher sur le traitement du terrorisme dans les manuels scolaires souhaité par quelques uns de vous. Le choc n’en a été que plus rude:
J’ai sous les yeux le manuel Hatier destiné aux Terminales L/ES/S , je suis abasourdi.
Torture : Il n’est question que de cela sur 2 pages entières , 44 et 45. Bien entendu , il n’est question que de la torture pratiquée par des militaires français. Alors que tous les protagonistes de cette guerre l’ont mise en oeuvre. (FLN , Barbouzes , MNA, ETC…).On peut dénoncer la torture , mais , le faire sans rappeler le contexte terroriste est intellectuellement malhonnête . Le problème de la torture touche aux fondements mêmes de la civilisation occidentale et je ne peux l’évoquer pleinement ici . Je renvoie donc à mon article sur l’Affaire Audin disponible sur mon site . Pour faire simple , disons qu’il est légitime de s’interroger sur la torture . Si le terrorisme ne justifie pas la torture, celle ci ne saurait davantage justifier, à postériori , les méthodes du FLN . Camus , pour sa part, préférait parler des noces sanglantes du terrorisme et de la répression.
Au sujet de la torture , nous avons droit à Alleg , Ighilariz , Servan-Schreiber ,de Bollardière , R.Branche et naturellement Sartre. Je ne dirais pas qu’il n’y a qu’un son de cloche puisque précisément il y en a un autre : Paul Aussaresses , personnage trés controversé et dont le témoignage discuté tend à confirmer ceux qui précèdent . Pas un mot sur les débats passionnés de l’époque concernant l’emploi de cette torture. Pas un mot sur Camus , sur l’Eglise de France , sur les officiers qui se sont opposés à la torture etc….

Terrorisme : Le mot n’est pas employé une seule fois. Le FLN est complétement exonéré de ses exactions. Si c’est ainsi que l’on prépare les générations futures à lutter contre ce fléau , la France est mal partie.

Les historiens de la Guerre d’Algérie sont : Vidal-Naquet , R.Branche déjà citée, Mohammed Harbi et naturellement Stora. Pas la moindre allusion à la diversité des opinions sur ce point : Pervillé , Frémeaux , Lefeuvre , Jauffret , Vétillard , Jordi , Faivre , inconnus au bataillon.

Les malheurs des Pieds Noirs sont exposés par J. Roy , M.Cardinal et L’Association des PN Progressistes , un groupuscule sans représentativité mais chéri des media.

Je reviendrai sur tous ces points dans une étude plus détaillée .Ceci est ma réaction à chaud.

Jean Monneret.

L’embuscade de Palestro vue par Raphaëlle Branche – critique de Jean Monneret

18 mai 1956.
Partie en mission près des gorges de Palestro à 80 km au Sud Est d’Alger, une section de militaires français tombe dans une embuscade. Elle fait 17 morts dans leurs rangs à la suite d’un échange de coups de feu avec les hors-la-loi se réclamant du FLN. «Dépouillés de leurs armements et vêtements, les Français sont mutilés. Certains visages rendus méconnaissables..» R. Branche. p. 6 du livre. Précisons qu’ils ont été mutilés par les villageois voisins après que les blessés aient été achevés.

Une opération fut déclenchée pour retrouver 4 soldats faits prisonniers (9e RIC). L’un d’eux fut tué accidentellement pendant l’opération de sauvetage. Un survivant put être ramené. Demeurèrent deux disparus dont les corps ne furent jamais retrouvés.
Bilan très lourd du côté français. Il faut dire que ces soldats, plutôt inexpérimentés, étaient tombés sur une des plus redoutables sections de l’ALN en Wilaya 4 : le commando bien équipé et très actif d’Ali Khodja, déserteur de l’armée française.
Le lendemain 19 mai. Une opération de ratissage eut lieu au douar des Ouled Jerrah (Djerrah). 44 personnes y furent abattues. Raphaëlle Branche (R.B. ci-après) suggère qu’il s’agit d’exécutions sommaires.
Il faut à présent entrer dans le livre de R.B. Non pas pour être éclairé sur Palestro, mais plutôt, pour être familiarisé avec sa thématique personnelle et sa façon particulière d’aborder les évènements de la Guerre d’Algérie. Sa méthode est analysée ci-après. Les faits étant connus des spécialistes, l’important pour elle sera l’avant et l’autour. A quoi s’ajoute une autre question : pourquoi Palestro ?

Article complet et illustrations sur Etudes Coloniales.

7 février 2012

Un journaliste de Libération a récemment expliqué que tous les Pieds-Noirs n’avaient pas quitté l’Algérie en 1962, (ce qui est vrai) et que ceux qui étaient restés (200.000 d’après lui, ce qui est inexact) n’avaient connu ni la valise ni le cercueil, ce qui est faux.
Voici un texte du Figaro de 1964 qui montre quelle était, REELLEMENT la situation des Français restés en Algérie y compris pour les plus « libéraux » comme Blachette.

[attachment=42:lefigaro121164p.jpg]

A OUBLIER AU PLUS VITE : 1830-1962 Exposition sur l’Algérie au Musée de l’Armée Paris VIIème

L’exposition qui se tient actuellement au Musée de l’Armée atteint un nouveau sommet de la pensée unique et de l’anticolonialisme d’état.

On y retrouve, bien entendu, le célébrissime trio : Branche, Thénault, Stora qui colonise désormais l’institution militaire.
Les illustrations sont fournies par le téléfilm inspiré de l’œuvre de Jules Roy : Les chevaux du soleil, ce qui se passe de commentaires. Elles sont également fournies par les bandes dessinées de J.Ferrandez. Ce dernier possède, selon moi, un talent certain, mais la trame de ses récits s’inspire trop souvent de visions historiques discutables.*

Comme il fallait donc le craindre cette exposition est largement en harmonie avec la bien-pensance et le conformisme de notre époque, tout en s’efforçant, bien sûr, de ne pas trop en avoir l’air. Ceci ne va pas sans une certaine dose de déformations insidieuses et de sournoiseries.

Quelques exemples :
-un texte rappelle le sénatus-consulte que Napoléon III, séduit par la perspective d’un Royaume Arabe en Algérie, fit adopter en 1865. On peut y lire que les Musulmans algériens y étaient reconnus comme français et que le sénatus-consulte leur ouvrait la possibilité de devenir citoyens à part entière.
Le texte ajoute ce commentaire spécieux :…« Peu d’entre eux en bénéficieront… » Il aurait mieux valu écrire : « Peu d’entre eux demanderont à en bénéficier ».
-Nous sommes à la frontière de la désinformation. On apprend ensuite que le pays « assimilé » à la France… devient le bien presque exclusif de colons toujours plus nombreux… ». Merci pour le presque, sans ce terme on aurait eu l’impression de lire Al Watan !
Et ça n’est pas tout : « …colons toujours plus nombreux et possédant tous les droits(sic), tandis que les colonisés sont soumis à des dispositions oppressives consacrées en 1881 par le code de l’Indigénat… »
Voilà comment on écrit l’Histoire au Musée de l’Armée ! La calembredaine anticoloniale se porte bien.

Et ça continue :
Les exactions du 20 août 1955 sont mentionnées avec beaucoup de discrétion, pas de photos, pas d’évocation d’El- Halia, mais on cite Aïn- Abid au détour d’une phrase. Encore faut-il signaler que Zighout Youssef aurait organisé ces massacres contre « l’avis de ses pairs ».Question pour l’histoire ? Le désaveu de ses pairs s’est-il exprimé à priori, avant la boucherie ou à posteriori, quand les conséquences morales désastreuses qu’il entraîna pour l’image du FLN et la volonté accrue des autorités françaises de le combattre furent connues ?
Et ce n’est pas fini ; nous apprenons aussi que les mutilations spectaculaires ( je suppose qu’il faut comprendre perpétrées par le FLN : nez, oreilles et sexes coupés), renvoient le pouvoir colonial à ses propres violences passées et présentes. Tel quel. Vous avez bien lu. Les commentaires sont superflus.
Or, si les exactions du FLN sont atténuées, une pièce entière est consacrée à la torture.(Par l’Armée française bien sûr)
Et la balade continue : nous apprenons par-ci, par-là que De Gaulle a « revalorisé » les Algériens(sic). En effet, grâce à des installations flambant neuves, des films de fiction en arabe furent tournés et diffusés en Algérie. Certes, il aurait en dû faire tout autant pour les Berbères. Mais chut ! Pas de mauvais esprit ! On pourrait croire que l’Algérie n’est pas un pays arabe, arabe , arabe�?�comme disait feu Ben Bella.
Le titre d’un des sous-chapitres de l’exposition me laisse rêveur. Il y est question des soldats « musulmans » de l’Armée française. Bien entendu, il s’agit des harkis, mokhazanis, GMS, membres des GAD etc�?� venant s’ajouter aux engagés et aux militaires d’active.
Le problème ce sont les guillemets. Diantre ! Qui a eu l’idée de les accoler au terme : musulmans ? A ça il y a deux interprétations possibles.
L’une est de type républicain :
L’armée française ne faisait pas de distinction et le terme ne serait, en somme, qu’une façon de parler peu compatible avec la sacro-sainte « laïcité ». D’où les guillemets.
L’autre serait-elle de type FLN ? Le fait qu’ils combattent avec une armée occidentale en aurait-il fait des musulmans indignes de l’être, au point qu’on ne pouvait les désigner tels qu’avec des guillemets ? Bien sur, je me refuse pour l’instant à croire que la seconde interprétation soit la bonne. Je préfère penser qu’un scribouillard besogneux, inintelligent et animé d’un zèle laïcard déplacé porte la responsabilité de ces guillemets stupides. Une explication reste due au public néanmoins. En effet, dans les deux hypothèses, nos camarades musulmans ayant combattu au sein de notre armée, contre le terrorisme et pour la liberté, auront peu de raison d’apprécier la désinvolture avec laquelle ils sont traités.

Les responsables de l’exposition n’ont pas oublié le 17 octobre 1961et Charonne. Mais réjouissons-nous tout de même : en cherchant bien, on trouvera aussi une brève mention du massacre de 90 Pieds -Noirs le 26 mars 1962 rue d’Isly.
De même, la dernière phrase de l’exposition égratigne les média auxquels il est reproché d’avoir passé sous silence les nombreux assassinats perpétrés au moment de l’Indépendance, comme le 5 juillet 1962 à Oran. Mais attention, cette phrase aussi il la faut bien chercher, au revers d’un panneau.
25 ans d’efforts pour faire reconnaître ces tragédies n’ont donc pas été inutiles. Deux phrases, ce n’est pas beaucoup. C’est mieux que rien. CAR�?�sans nos efforts à tous, nos épreuves auraient été complètement effacées de l’Histoire.
Ce n’est qu’un début, continuons le combat, comme disait l’autre.
JEAN MONNERET
6 juin 2012
*Ainsi dans le tome 7 de ses Cahiers d’Orient portant le titre : « Rue de la Bombe », Ferrandez reprend la chronologie erronée du FLN, propagée par le film de Pontecorvo : les attentats du Milk Bar et de la Caféteria ( octobre 1956) contre des civils européens seraient une réplique à un attentat contre-terroriste commis le 10 août 1956 dans la Casbah. Or, les attentats du FLN contre tous les Européens indistinctement avaient commencé dans Alger le 20 juin 1956.

Un livre choc sur l’immigration en Europe

Un éditeur new-yorkais vient de publier un livre consacré à l’Europe et à l’immigration*. L’auteur, Christopher Caldwell, écrit dans le Weekly Standard, le Financial Times et le New-York Times Magazine. Il n’a pas craint d’ouvrir un dossier que trop d’Européens veulent tenir clos, par pure pleutrerie.
Caldwell détruit de nombreux clichés et stéréotypes avec une décontraction notable, combinée à une grande finesse d’analyse. On en jugera par cet extrait :

« L’immigration fait partie d’un ensemble de tendances sociales : libertés économiques, prospérité accrue, travail féminin en hausse, diversité des revenus, chute de la natalité qui caractérisent tous les pays occidentaux depuis deux générations. Il n’y a pas d’exception à ce phénomène, et donc la distinction faite par Nicolas Sarkozy entre immigration « choisie » et immigration « subie » paraît inexacte. Si l’immigration résultait d’un « choix », certains pays l’auraient refusée. Or, dans les cinquante dernières années, nul pays occidental libre ne l’a fait. » (p. 269) »Parmi toutes ses conséquences, l’immigration lance un grave défi car elle ne consiste pas seulement à importer des facteurs de production, mais aussi des facteurs de transformation sociale. »�?� »Les Européens craignent désormais que leurs pays respectifs n’échappent à leur contrôle politique. » (p. 270)
« Peut-on conserver la même Europe avec des gens différents ? » interroge Caldwell, qui répond :« Non. »Deux traits nouveaux distinguent l’immigration actuelle: elle est massive et largement musulmane. La question se dédouble : l’Europe peut-elle encore assimiler ses immigrés ? Pourquoi l’Islam pose-t-il des problèmes spécifiques ?
A la première question, les politiciens européens ont constamment répondu par l’affirmative.
A ceux qui contestaient leur optimisme, ils reprochèrent leur frilosité. Ceux qui insistèrent, ils les vouèrent aux gémonies. On se souvient du Fig-Mag paru, il y a 25 ans avec le buste de Marianne voilée et, à l’intérieur un article prémonitoire de Jean Raspail. L’écrivain essuya alors les malédictions d’une ministre socialiste, largement reprises par les media de l’époque. Ce tintamarre contre un journal isolé était peu ordinaire. Or le souci qu’exprimait ce magazine est celui aujourd’hui de millions d’Européens.
Depuis, on a affirmé sur tous les tons que « l’immigration est une chance » pour l’Europe. On a souligné que toutes les cultures sont « égales », que « la tolérance » et « le droit à la différence » sont des règles absolues. Simultanément, s’empilaient de discutables lois stigmatisant les discriminations.
Pourtant, les craintes n’ont jamais été aussi vives quant au bien-fondé des politiques suivies en matière d’immigration. Trois dirigeants européens de premier plan ne viennent-ils pas de déclarer en Allemagne, en Angleterre, en France que le multiculturalisme est un échec ? S’interroger est donc légitime.
Caldwell le fait tranquillement, sans s’embarrasser des oukases de la bien-pensance. Quand les tenants de l’immigration soulignent qu’elle a revitalisé nombre d’industries européennes, il objecte qu’elle a prolongé des secteurs condamnés et freiné de nécessaires gains de productivité. La gauche européenne, elle, a vu dans l’immigration un moyen de sauver l’état-providence en rajeunissant la population.
Une donnée capitale avait été négligée ; ce n’était pas seulement une main-d’oeuvre qui venait en Europe, mais aussi des hommes souvent porteurs d’une très vivace conception du monde : l’Islam.
Comme l’écrit sans ambages Caldwell (p.139) : « L’Europe n’avait pas affaire à un problème d’immigration ordinaire, mais à une contre-culture. »** On fut alors prié de croire que l’Islam, dont l’histoire avec l’Europe fut souvent conflictuelle, était une idéologie de paix et de tolérance. Des associations rappelèrent les sceptiques à l’ordre. L’accusation de racisme se fit menaçante. L’auteur américain y voit de la censure. (p.252)
Son analyse souligne de plus une des difficultés de la citoyenneté européenne : « Culturellement vous êtes une personne et légalement une autre. Vous pouvez être officiellement européen même si vous n’êtes pas véritablement ( culturellement ) européen .Cette division entre personnalité individuelle et légale peut sembler libérale, tolérante. Elle a son revers. Les droits sont attachés à la citoyenneté. Si cette dernière devient un artifice légal, vos droits aussi. Ils ne sont plus inaliénables. » (p.252)
Caldwell rappelle aussi les inquiétudes nées en Hollande après l’affaire Pim Fortuyn. Ce dernier, professeur de sociologie, ex-marxiste et homosexuel, partisan lui-même du multiculturalisme, formula des mises en garde : « L’Europe jette le bébé culturel avec l’eau du bain nationaliste », et aussi :« Il ne peut pas y avoir d’Union Européenne sans identité européenne. » (p.252)
Bouleversé par les attentats du 11 septembre 2001, Fortuyn voyait dans la tolérance de la Hollande, son relativisme, de mortelles faiblesses. Rejetant ses vues antérieures, il contesta que le multiculturalisme renforçât les sociétés qui le pratiquaient.(p.253) « Il n’y a aucun doute que le fondamentalisme musulman va croître dans notre partie du monde aussi. » Et il jugeait inévitable : « d’adopter une politique de quotas pour l’accueil des réfugiés »,car disait-il,« admettre quelqu’un de votre propre sphère culturelle et quelqu’un de très éloigné, diffère complètement. » On sait que Fortuyn fut tué par un écologiste radical l’accusant de faire des Musulmans des boucs-émissaires. Ceci marqua l’opinion aux Pays-Bas, tout en laissant intactes les questions soulevées.
Peut-on risquer un bilan de la politique suivie en matière d’immigration ?
« Si l’Europe, dit Caldwell, reçoit plus d’immigrés que ses électeurs ne le désirent, cela montre que sa démocratie fonctionne mal. Or les dirigeants européens font un choix différent: l’immigration et l’asile politique représentent une sorte de devoir moral non négociable et non soumis au vote. » Un ministre européen l’a exprimé en des termes qui définissent exactement le mondialisme :« Nous vivons dans un monde sans limites où notre mission n’est pas de défendre la frontière de nos pays mais celle de la citoyenneté et des droits de l’homme. » (p. 271)
Caldwell met à nu le paradoxe de la diversité tenue pour une valeur absolue. Si l’immigration « enrichit » et « renforce » les sociétés d’accueil, pourquoi vouloir que les immigrés s’intègrent ? L’intégration abolit la diversité. On ne peut rendre les pays européens divers et affirmer simultanément qu’ils resteront les mêmes. Comme l’écrit Alain Besançon***, les mythes de la diversité et du métissage viennent transfigurer une inquiétude, que l’on veut dissimuler.
L’auteur américain définit l’Islam comme une hyper identité « déterminant toute la vie du croyant. » (p.129) Portée par une natalité vigoureuse, ne pourrait- elle se substituer aux identités traditionnelles de l’Europe, défaillantes après des décennies d’auto-flagellation et de repentance? (p. 13)
La conclusion de l’ouvrage ne manquera pas d’étonner. L’auteur se demande, non sans ironie, si le « système du millet » de l’ancien empire turc, sur lequel reposait la mosaique de minorités plus ou moins autonomes qui le composaient, ne serait pas une valeur d’avenir pour l’Europe. (p. 280)**** Il est vrai que les grandes villes ottomanes d’alors incluaient Grecs, Arméniens, Juifs, Kurdes, Georgiens, en des proportions à faire pâlir l’actuel cosmopolitisme des mégapoles occidentales. Mais cette ironie ne fera pas sourire car chacun sait comment l’empire ottoman périt de son impotence. Souhaitons à l’Europe un futur différent.
Le livre de Caldwell, son alacrité, sa vigueur permettent aussi de mesurer combien la liberté d’expression, apparemment intacte aux USA, s’est étiolée en France. Raison de plus d’espérer une rapide traduction française.

JEAN MONNERET
25 août 2011
*Christopher Caldwell: Reflections on the revolution in Europe. Immigration, Islam and the West. Anchor Books. New-York 2009. Le titre est un clin d’oeil aux mânes d’Edmund Burke.
**Il semble légitime de traduire ainsi : adversary culture, que l’auteur définit comme fondée sur la méfiance envers l’idéologie dominante et prônant des vues opposées sur tout sujet.
***Revue Commentaires n°128.
****L’auteur signale aussi que le Kémalisme rebâtit la nation turque à partir de son empire �??croupion (rump empire) en bannissant toute reconnaissance de minorités organisées.

Hors-la-loi : Questions/Réponses

– La première partie du film s’ouvre par l’insurrection du 8 mai 1945 à Sétif. En quoi cet épisode fait-il l’objet dans le film Hors-la-loi d’une série de falsifications ?
Le film Hors-la-loi montre l’Armée française se livrant, à l’intérieur de la ville de Sétif, le 8 mai 1945,à un massacre aveugle contre la population musulmane. Ceci à la suite d’un défilé nationaliste faussement présenté comme pacifique. On voit même nos soldats aligner des suspects contre un mur et les fusiller dans le dos. D’autres militaires entrent dans des maisons et y tuent des civils.
Ni les archives, ni les témoignages nombreux à cet endroit ne valident une telle vision des choses. Il ne s’est rien passé de semblable. Il y a eu d’abord des échanges de coups de feu entre la police francaise locale et des manifestants nationalistes armés. Ultérieurement, un petit peloton de gendarmes est intervenu aussi. A Sétif, le total des morts du côté des civils musulmans est dur à établir mais il se compte par dizaines et non par milliers comme on l’a affirmé dans certains journaux. Lorsque les troupes françaises sont apparues, le calme est aussitôt revenu. Ces soldats avaient l’ordre d’intervenir « à la crosse » et de ne pas tirer sauf en légitime défense. Il s’agissait de tirailleurs algériens, musulmans à plus de 80%. Ils n’auraient pas accepté de se livrer à un massacre contre leurs coreligionnaires. Ils ne l’ont pas fait et n’en ont jamais reçu l’ordre.
Le film « oublie » en outre de montrer que la matinée avait débuté par l’assassinat par armes blanches et armes à feu de plusieurs Européens, avant même, on le sait aujourd’hui, le début du défilé.

– Quel est l’objectif des autorités françaises qui acceptent ce lavage de cerveau ?
Un ministre français vient de nous dire qu’il fallait cultiver la fierté d’être français. Trés bien. Pourquoi alors des institutions françaises culturelles, administratives, médiatiques et politiques ont-elles financé à hauteur de 60 % ce film hostile?
La seule explication possible est que nos responsables acceptent de faire repentance à propos du 8 mai 1945, comme le réclame le FLN algérien. Ils évitent simplement d’utiliser le mot.
J’ai vu des panneaux publicitaires concernant Hors-la-loi sur beaucoup d’autobus parisiens. La pub est au maximum. En comparaison le film Katyn de Wajda, dont la qualité et l’importance étaient bien supérieures, n’a eu droit qu’à une diffusion confidentielle. Il y a une volonté délibérée de donner un retentissement énorme à Hors-la-loi.
Il s’agit de culpabiliser le peuple français, de lui faire honte de son Histoire, d’éradiquer le sentiment national. Ceci est à rapprocher de la construction d’une Europe apatride et sans identité. La France est particulièrement visée car elle est la clef de voûte de l’Europe, la nation la plus ancienne, une superpuissance culturelle.
– Quel effet peut avoir un tel film dans nos banlieues « sensibles »?
Il est arrivé plusieurs fois que les jeunes de banlieue sifflent la Marseillaise. La situation dans les banlieues « sensibles » est celle d’une islamisation croissante. Un tel film ne peut qu’exciter le ressentiment contre le pays d’accueil et ses habitants d’origine auxquels on veut faire porter, de façon insensée, je ne sais quelle responsabilité historique et collective. Inutile de dire que l’assimilation ou la simple intégration des immigrés n’en sera guère facilitée, chose qui pourrait bien coûter un jour son poids de sang et de larmes.
JEAN MONNERET
29 septembre 2010

Hors-la-loi

Bis repetita placent.
Bis repetita placent. Le 22, je me suis rendu dans le premier cinéma venu. Certains ont enregistré quelques différences avec la version qui fut présentée en mai et juin. J’avoue qu’à quelques détails près, ceci me semble peu important.
A tête reposée, sans tension particulière, j’ai noté des remarques supplémentaires. Je ne reviens pas sur ce que j’ai dit dans mon livre concernant les erreurs historiques relatives aux événements dans Sétif le 8 mai 1945. Nous sommes devant des mensonges purs et simples.

Remarques :
1°/ Le fait que les personnages parlent très souvent arabe n’a évidemment rien d’anormal, sauf pour toute la partie qui se déroule en France, il faut rappeler en effet que les militants de la Fédération du FLN étaient massivement kabyles. Ne pas entendre un seul mot de berbère dans tout le film indique donc une indifférence bizarre au réalisme des situations. D’autant plus que le dialecte utilisé par les 3 acteurs principaux est fortement teinté d’expressions et de tournures marocaines. Ce point échappera à bon nombre de spectateurs mais l’on serait curieux de connaître les réactions en Algérie.
2°/ Tous les personnages sont caricaturaux. Les Français bien sûr, mais aussi ce qui est plus curieux les héros FLN de l’histoire. Il est étrange et même pénible de voir Debbouze (d’ailleurs le seul à tirer son épingle du jeu) donner malaisément de multiples accolades à Roschdy Zem qui le dépasse de 3 têtes. Quant à Abdel Kader le militant chef de réseau, il ressemble à Trotsky et il raisonne comme un fanatique borné ce qui, après tout, correspond au personnage sinon aux intentions du metteur en scène.>
3°/ Les situations sont irréelles. Je doute sérieusement que le bidonville de Nanterre ait vu passer tant de travailleurs immigrés en chapeaux mous. Des clandestins ainsi accoutrés ne seraient pas restés clandestins longtemps et la Guerre d’Algérie n’aurait pas duré 8 ans.
Le chef FLN clandestin se présente à tout bout de champ chez son frère, propriétaire d’un cabaret et d’une salle de boxe. Là aussi, dans la réalité, la police française l’aurait rapidement mis à l’ombre.
Le réalisateur n’a aucune idée des contraintes de la clandestinité et l’on voit vingt fois les militants s’appeler au téléphone et donner leurs consignes en clair.
Autre perle : un groupe de commandos du FLN se rend en Allemagne pour y acheter des armes. Ils reviennent en France et franchissent la frontière, en les transportant dans deux autocars et bien gentiment assis sur leurs fauteuils pullman. Tout le film est parcouru de ce genre d’invraisemblances criantes.
4°/ Le jeu des acteurs est très faible (sauf J. Debbouze qui semble avoir un réel talent). La mise en scène est simpliste, les décors médiocres.
Il ne se dégage de ce film aucune émotion. Il n’y a pas de souffle. La confusion est constante. La périodisation affichée est insuffisante parfois incompréhensible. Les erreurs sont légion (De Gaulle est présenté comme le Président du Conseil (ce qu’il a été en 1958) alors que la scène se déroule en 1960 etc�?�..). Bref, si ce film devait mériter un prix, et comme il dure 2 bonnes heures, ce devrait être celui du navet le plus long.
JEAN MONNERET
27 septembre 2010

En première analyse …

Madame Séverine Labat dans un article publié dans le Monde des dimanche 27 et lundi 28 juin 2010* parle des événements de Sétif le 8 mai 1945 et se livre à diverses considérations sur ce point en relation avec la sortie du film Hors la loi.
Docteur en sciences politique et chercheur au CNRS, l’auteur présente de ces événements et de leur portée historique une analyse discutable. Elle a fait l’objet d’une critique du professeur Pervillé. Nous aimerions y ajouter nos propres réflexions.

A propos du film de Bouchareb, Madame Labat exprime l’espoir qu’il constituera un « tournant majeur dans l’élaboration de notre récit national ».
J’aimerais pour commencer critiquer sa formulation, l’histoire nationale n’est pas un « récit » qui « s’élabore ». Ce serait là une somme artificielle d’histoires, voire comme on le dit trop souvent, de mémoires additionnées voire construites et pourquoi pas reconstruites* selon les humeurs des uns et des autres ou selon les époques. Dans un pays comme la France, qui est une des plus vieilles nations du monde, il existe une Histoire nationale. Elle est apparue au cours des siècles, par le fait essentiel qu’il a existé dans notre pays des historiens,des hommes libres, souvent épris de vérité et cultivés, qui ont le goût de faire connaître les événements des époques qu’ils ont étudiées ou vécues. Que leurs descriptions aient pu être opposées entre elles, contradictoires, a contribué à la connaissance des événements. Que certaines études aient été insuffisamment objectives parfois, voire teintées par l’esprit du temps ou les parti-pris, n’empêche pas qu’au fil des siècles l’histoire, et notre histoire nationale, se soient affinées. En outre, à l’époque moderne, la liberté d’expression, le goût de la recherche libre et l’extension des moyens de diffusion et de communication ont fait de l’Histoire une discipline rigoureuse, de plus en plus soucieuse de tendre vers des méthodes scientifiques. Bien entendu, les passions politiques des hommes jouent en sens inverse et les événements récents montrent combien la tendance est forte chez certains groupes et factions politiques de soumettre l’Histoire à leurs querelles et à leur propagande. Le fait qu’en France, aujourd’hui, la production d’image, tant au cinéma qu’à la télévision, soit très strictement dominée par des idéologues massivement acquis aux vues « progressistes », « anticolonialistes » et pour tout dire « mondialistes », a hélas depuis quelques années une conséquence dramatique: le recul sensible et véritablement inquiétant de la liberté d’expression.
Les moyens de communication de masse ont peu à peu banni toute diversité des opinions. Le penchant totalitaire n’a jamais été aussi puissant dans l’univers audio-visuel. Nous accueillerions avec joie la sortie d’un film sur la Guerre d’Algérie ou sur le développement et l’histoire du nationalisme algérien, s’il y avait une chance qu’il fût une oeuvre objective. Ceux qui ont vu le film de Bouchareb « Hors la loi » ont peu de raisons de l’envisager sous cet angle.
Dans ces conditions, espérer qu’il sera comme l’espère Madame Labat un tournant majeur, laisse sceptique. Sceptique, quant à son apport réellement historique s’entend.
Madame Labat est-elle sûre d’ailleurs de ne pas céder elle-même à une vision très discutable des événements du 8 mai 1945 à Sétif? Elle écrit en effet ceci: « …en ce 8 mai 1945, la France , (souligné par nous)…se livre en Algérie à une sanglante répression contre les populations musulmanes de Sétif et de Guelma… »
J’ai le regret de devoir considérer que cette phrase ne décrit pas exactement ce qui s’est passé. Les populations musulmanes ne furent pas visées en tant que telles. En particulier, à l’intérieur de la ville de Sétif, il n’y a pas eu de répression massive. Nous le montrerons dans une prochaine analyse.
JEAN MONNERET
3 septembre 2010
*Voir également le blog : passion-histoire.net
*B. Stora parlant de « reconstruire » (sic) nos mémoires nationales.