Conférence sur le statut civique des musulmans en Algérie française

Conférence reprise sur le site internet Enquête & débat, pour les éclaircissements qu’elle apporte au sujet du fameux « décret Crémieux ».

Voici une conférence passionnante de l’historien spécialiste de l’Algérie française Jean Monneret à propos du statut civique des musulmans en Algérie française. Nous avons extrait de cette conférence de plus d’une heure et demie un passage sur le décret Crémieux, tant il nous paraît que circulent de fausses informations à son sujet, que M. Monneret a bien rectifiées. Ainsi il nous apprend notamment que seulement 398 musulmans ont demandé à devenir Français à part entière, alors que la possibilité leur était laissée. En effet explique-t-il, renoncer à un statut coranique pour demander à accepter un statut occidental est considéré comme une apostasie. On est donc loin des théories fumeuses sur les musulmans exclus par les Français de la citoyenneté, contrairement aux juifs, et tout ce que ça implique.
http://www.enquete-debat.fr/archives/conference-de-jean-monneret-sur-le-statut-civique-des-musulmans-en-algerie-francaise-et-le-decret-cremieux-36587

La déchirure

Documentaire de Gabriel Le Bomin et Benjamin Stora (2 x 55 mn) diffusé le dimanche 11 mars 2012 à partir de 20 h 45.
Dans ce film, on voit notamment un suspect abattu dans le dos par un gendarme français. Ces images ont également parues dans LIFE et dans l’EXPRESS.
Il s’agissait en fait d’une mise en scène destinée à sensibiliser le public américain à la suite des événements survenus à Philippeville en août 1955. Cette mise en scène a été réalisée par la Fox Movietone et tournée le 22 août 1955 à Aïn Abid, devant une dizaine de journalistes, au lendemain de ces événements.

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On voit le suspect s’éloigner. Soudain, il jette sa casquette en l’air (ce qui permet au gendarme de la prendre pour cible). Le suspect s’écroule ensuite, simulant la mort�?� Le gendarme G�?�. , qui avait accepté de tourner cette scène contre rétribution, a ensuite bénéficié d’un non-lieu devant le tribunal où il avait comparu pour faute.
Tournée en 1955, ces images ont ensuite été utilisées par des cinéastes du FLN pour illustrer la répression qui a suivi les événements de Sétif, en 1945.

TROIS LECTURES STIMULANTES

1°) Permettez-moi d’abord de vous conseiller la nouvelle édition du CAMP DES SAINTS, (Robert Laffont).
Jean RASPAIL l’a enrichie d’une préface inédite intitulée : BIG OTHER.
Chaque année, des milliers d’ecrivains publient des palanquées de livres concourant à divers prix. Bien rares sont ceux qui ont la dimension de RASPAIL. Par rapport à nombre de ses confrères, il est comme Gulliver à Lilliput. C’est un géant et son livre, paru la première fois en 1971 est prophétique. A lire pour comprendre ce qui menace notre Occident aboulique.

2°) LE SIECLE JUIF de Youri SLEZKINE, (La Découverte) est un chef d’oeuvre. Ecrit par un universitaire américain d’origine russe, l’ouvrage analyse l’histoire et la destinée du peuple juif. Il se présente comme une méditation originale sur le destin des Israélites mais c’est aussi une réflexion sur le libéralisme, le nationalisme et le socialisme au XXéme siécle où abondent d’extraordinaires aperçus historiques et philosophiques .
3°) REFLECTIONS ON THE REVOLUTION IN EUROPE: IMMIGRATION, ISLAM AND THE WEST de Christopher CALDWELL (Anchor Books; New york). Quel est celui d’entre nous qui ne s’interroge pas sur les 2 thémes qui constituent le sous-titre de cet ouvrage? L’auteur est un grand journaliste américain qui s’est saisi sans complexe du problème des flux migratoires sur le Vieux Continent; problème pour lequel il n’y a pas de solution facile ni peut être de solution du tout. Ce livre qui n’est pas encore traduit en Français est pour l’instant réservé à ceux qui lisent l’Anglais. Argumenté, documenté et alarmant (sans être alarmiste), ce livre dévoile ce qui pourrait bien être notre proche futur. Il montre aussi, indirectement et par contraste, combien la liberté d’expression, apparemment intacte en Amérique, s’est ratatinée sous nos latitudes.
JEAN MONNERET
26 février 2011

A propos du film de Jacques Audiard : Un prophète

Enfin un film intéressant qui traite d’autre chose que des problèmes sexuels ou sentimentaux des bobos de tel ou tel arrondissement parisien ! Car l’histoire d’Un Prophète nous plonge dans les problèmes les plus crus et les plus vifs de la société française actuelle. Ceux que beaucoup de gens refusent de voir.
Le cinéaste a choisi de placer son récit dans un monde spécifique qui est le double inversé de la société réelle : l’univers carcéral.

Là, pas de fariboles idéologiques sur l’égalité, la fraternité, le racisme, la discrimination etc… Dans les prisons françaises aujourd’hui ne règnent que les clans ethniques et les regroupements identitaires. Question de survie.
Le héros de l’histoire est un délinquant de banlieue, d’origine maghrébine, mais éduqué en foyer donc, peu marqué par la religion et les codes coraniques. Il s’appelle assez curieusement Malik El Djebbana (ce qui pourrait se traduire par Le Roi du Cimetière ; tout un programme. C’est d’ailleurs conforme au nombre de cadavres accumulés en deux heures et demie de spectacle). Ce personnage central est incarné par Tahar Rahim.
D’abord intégré au clan de mafieux corses qui dominent la Centrale et opposé aux détenus islamistes dont il partage pourtant l’origine ethnique, il finira à la suite de péripéties diverses par s’émanciper du protectorat corse pour rejoindre les barbus intégristes et devenir à son tour un parrain ou plutôt un caïd.
Ce film dont les qualités sont certaines malgré quelques faiblesses occasionnelles nous saute aux yeux et à la gorge. Voir ce que la France est devenue à travers le prisme de ses prisons est impressionnant et pour tout dire dur à encaisser. Plus dur encore que la violence omniprésente tout au long du récit.
Le réalisateur a-t-il voulu par cette parabole nous tirer par la manche et nous alerter en nous disant : « voilà où nous en sommes » ? Peut-être.
Le triomphe final des islamistes dans cette prison, la marche de Malik vers le caïdat préfigureraient-ils alors ce qui nous guette à l’échelle de toute la société ? Ou bien Audiard a-t-il simplement voulu réaliser un film noir, quasi documentaire sur un milieu particulier ?
Reste à savoir comment réagiront nos banlieues. Les jeunes qui y vivent et forment un lumpenprolétariat placé en permanence à la lisière de l’illégalité et du crime vont-ils se reconnaître dans le personnage incarné par Tahar Rahim ? Ce serait là une évolution sans doute non souhaitée mais aux effets pervers difficilement mesurables. Affaire à suivre.

Le 6.9.2009
N.B. Ce film comporte une scène de sexe assez brève. En revanche, il est émaillé de multiples séquences très violentes.