DES HISTORIENS RAPPELLENT LA DRAMATIQUE REALITE DU 19 MARS 1962

Avant la célébration du 19 mars par le Président de la République, il avait paru nécessaire à Joseph Perez, Jean Monneret et Maurice Faivre de publier un texte court, qui rétablissait la réalité des faits. Texte qui a reçu le soutien de 23 historiens.

Au moment où, contrairement à tous ses prédécesseurs et singulièrement François Mitterand, le président Hollande a prévu de célébrer le 19 mars, s’impose un rappel des faits historiques.

Le 18 mars 1962, les négociateurs d’Evian signaient un accord de cessez-le-feu entre l’armée française et le FLN qui dirigeait la rébellion indépendantiste. Le texte était accompagné de « déclarations gouvernementales » censées garantir la sécurité des Européens présents en Algérie, comme de ceux, de toutes origines, qui s’étaient opposés au FLN. Les harkis, supplétifs de l’armée française n’étaient pas mentionnés. La promesse, toute verbale, du FLN qu’il n’y aurait pas de représailles contre eux, fut jugée suffisante par le négociateur français Louis Joxe…..
Le texte d’Evian fut publié le 19 mars 1962. Depuis, certaines organisations considèrent cette date comme celle de la fin de la Guerre d’Algérie. Or, loin que le conflit s’apaisât à partir du 19 mars, il ouvrit une période de massacres et de violences sans précédent dont la fusillade du 26 mars ,rue d’Isly ne fut pas le moindre. Il en alla ainsi non seulement jusqu’au 3 juillet, où Paris reconnut l’indépendance de l’Algérie, mais , jusqu’à l’automne de 1962 et au-delà.
La période suivant l’indépendance fut marquée d’un surcroît d’enlèvements et de massacres. Les victimes musulmanes du FLN furent plus nombreuses durant ces six mois qu’elles ne l’avaient été durant les huit années précédentes. Le nombre des Pieds-Noirs enlevés quintupla, contraignant l’immense majorité d’entre eux à un exil définitif. Ajoutons que durant ce semestre abominable, nombre de militaires français furent tués ou enlevés ; ainsi, 386 perdirent la vie et plusieurs centaines d’autres sont-ils portés disparus à ce jour .
Dès le 17 avril 1962 , l’encre d’Evian étant à peine sèche, le FLN inaugura le terrorisme silencieux, les enlèvements massifs d’Européens à Alger, à Oran, dans la campagne oranaise et en Mitidja. Ces rapts prenaient pour prétexte : la lutte contre l’Organisation Armée Secrète (OAS). Ils frappaient en réalité tous les Européens. Jugeons-en: en mai 1962 ,272 Européens furent enlevés en Alger contre 44 en avril. A la fin du mois de juin, on évaluait à plus de 1000 les victimes européennes de rapts dans la seule région algéroise.
Deux jours après, le 5 juillet à Oran, jour de célébration de l’indépendance, une manifestation venue des quartiers musulmans submergea le centre-ville européen. 700 Pieds-Noirs et une bonne centaine de Musulmans pro-français furent massacrés. Ceci accentua l’exode et le rendit irréversible.
Mais il faut rappeler que les victimes les plus nombreuses se situèrent parmi la population des français-musulmans. Dès après le 19 mars, des harkis furent attaqués et exécutés notamment à Saint-Denis-du-Sig, en petite et grande Kabylie, à Saïda où des membres du commando Georges furent enlevés et tués alors que plusieurs d’entre eux étaient officiers français.
Après le 3 juillet, les représailles contre les Musulmans ayant combattu le FLN s’intensifièrent. Des dizaines de milliers furent assassinés, emprisonnés ou persécutés de diverses manières, malgré l’action exemplaire et courageuse de quelques officiers français ayant tenté d’exfiltrer cette population en danger de mort… Ces faits largement établis historiquement n’en sont pas moins dissimulés voire niés aujourd’hui. Ceux qui ont vécu les événements de ce vilain temps en sont marqués à jamais.
Aussi, cette date du 19 mars ne peut-elle être considérée ni comme la date d’un cessez-le-feu, ni comme la fin de la guerre d’Algérie. On ne peut pas plus la retenir comme le début d’une ère heureuse pour la population de ce pays, car après les 132 ans d’administration française, intervint une période d’anarchie qui engendra le régime du parti unique, la dictature militaire et la guerre civile des années 1990.
Pour beaucoup de Français, cette date est celle de la douleur et du recueillement. Pour les signataires du présent texte, il convient de la respecter comme telle.

L’embuscade de Palestro vue par Raphaëlle Branche – critique de Jean Monneret

18 mai 1956.
Partie en mission près des gorges de Palestro à 80 km au Sud Est d’Alger, une section de militaires français tombe dans une embuscade. Elle fait 17 morts dans leurs rangs à la suite d’un échange de coups de feu avec les hors-la-loi se réclamant du FLN. «Dépouillés de leurs armements et vêtements, les Français sont mutilés. Certains visages rendus méconnaissables..» R. Branche. p. 6 du livre. Précisons qu’ils ont été mutilés par les villageois voisins après que les blessés aient été achevés.

Une opération fut déclenchée pour retrouver 4 soldats faits prisonniers (9e RIC). L’un d’eux fut tué accidentellement pendant l’opération de sauvetage. Un survivant put être ramené. Demeurèrent deux disparus dont les corps ne furent jamais retrouvés.
Bilan très lourd du côté français. Il faut dire que ces soldats, plutôt inexpérimentés, étaient tombés sur une des plus redoutables sections de l’ALN en Wilaya 4 : le commando bien équipé et très actif d’Ali Khodja, déserteur de l’armée française.
Le lendemain 19 mai. Une opération de ratissage eut lieu au douar des Ouled Jerrah (Djerrah). 44 personnes y furent abattues. Raphaëlle Branche (R.B. ci-après) suggère qu’il s’agit d’exécutions sommaires.
Il faut à présent entrer dans le livre de R.B. Non pas pour être éclairé sur Palestro, mais plutôt, pour être familiarisé avec sa thématique personnelle et sa façon particulière d’aborder les évènements de la Guerre d’Algérie. Sa méthode est analysée ci-après. Les faits étant connus des spécialistes, l’important pour elle sera l’avant et l’autour. A quoi s’ajoute une autre question : pourquoi Palestro ?

Article complet et illustrations sur Etudes Coloniales.

Le livre blanc de l’armée française en Algérie – ouvrage collectif – Editions Contretemps 2002

Quarante ans après la fin de la guerre d’Algérie, l’armée française est aujourd’hui mise en accusation. Lancée par le parti communiste, soutenue par les anciens porteurs de valises, les professionnels de la repentance et leurs relais, une campagne de presse d’une violence inouïe vise à mettre au pilori ceux qui ont dû, dans des circonstances dramatiques, assumer la responsabilité du rétablissement de l’ordre face au terrorisme. A cette nouvelle offensive contre l’honneur de l’armée française, il n’est qu’une réponse, celle de la Vérité. C’est elle qu’ont cherché à retracer, dans sa complexité, les historiens, les journalistes et les témoins de l’époque qui se sont associés, à l’initiative d’un groupe d’officiers de réserve, pour réaliser ce  » Livre Blanc de l’armée française en Algérie « . Il ne masque rien des cruautés de l’époque, et des nécessités d’une guerre contre un ennemi sans visage. Il s’est efforcé de s’en tenir aux faits, en les éclairant par les circonstances, dans le contexte politique et militaire créé par la guerre révolutionnaire conduite par le FLN.

En le lisant, on en revivra les principales étapes, on se remémorera quelques vérités occultées (sur les crimes de l’ennemi, les épurations à l’intérieur du FLN, ou l’affreux massacre des harkis après l’indépendance de l’Algérie), on mesurera l’ampleur des cas de conscience qu’eurent à affronter soldats et officiers. On comprendra surtout que l’armée française n’a en lien à rougir de la façon dont elle mena une guerre qu’elle n’avait ni voulue ni choisie et où elle donna, dans le sang et les larmes, le meilleur d’elle-même. Ce livre voudrait donner à tous ceux qui ont été blessés par l’injustice des calomnies répandues sur elle un instrument de combat. Il s’adresse aussi aux nouvelles générations. Pour qu’il ne soit pas dit que la désinformation a eu le dernier mot.

DU NOUVEAU SUR LES EUROPEENS DISPARUS A LA FIN DE LA GUERRE D’ALGERIE. (1)

Durant un demi-siècle, le problème des civils européens enlevés par le FLN, et jamais retrouvés pour un grand nombre__, fut singulièrement occulté. Officiellement, on s’en tint à un chiffre donné en 1964 au Sénat: 3018. La répartition des victimes en personnes enlevées, libérées, présumées décédées et cas incertains ne fut guère remise en cause. A partir de 1965, le silence des médias à ce sujet se fit assourdissant. Les Français disparus furent oubliés tandis que la France prit l’étrange habitude de réserver ses hommages aux victimes de l’autre camp , les pro-indépendantistes. (Particulièrement à Paris sous l’égide de la Mairie socialiste.)
Dans le milieu des Français d’Algérie, on chercha à lutter contre l’oubli. Hélas, des chiffres hyperboliques furent brandis au mépris de toute rigueur historique (2). La cause des victimes du FLN risqua d’en être dépréciée, d’autant que des thèses complotardes fumeuses se répandaient aussi.
Désormais, la communauté des Historiens comme les Pieds Noirs et les familles concernées disposent d’une étude de qualité, menée selon la méthode historique. Jean-Jacques Jordi a fait des recherches poussées en de nombreux fonds d’archives. Citons: le Service Historique de la Défense, le Centre des Archives Diplomatiques, les Archives Nationales d’Outre-Mer, le Centre des Archives Contemporaines, le Centre Historique des Archives Nationales, celles de la Croix Rouge, du Service Central des Rapatriés etc;…

L’auteur a ainsi apporté une contribution neuve au problème des disparus européens. Il a attaqué de front l’obstacle des 500 dossiers demeurés incertains qui gênait l’obtention de chiffres crédibles.
Sur ce point, en 2004, nous avions nous même, ainsi que le général Faivre attiré, l’attention de la Mission aux Rapatriés sur la nécessité d’une étude exhaustive. Il fallut attendre quatre ans pour qu’elle se dessinât.
En accédant aux dossiers du Service Central des Rapatriés, Jordi a pu savoir qui parmi les incertains était réellement disparu ou entré en France métropolitaine. On y voit actuellement plus clair.
Qu’il s’agisse du massacre du 5 juillet 62 à Oran (où l’auteur confirme la responsabilité et les mensonges du général Katz, comme la criminelle ineptie des directives données à l’Armée française), qu’il s’agisse des exactions de l’été 62 dues à la wilaya 4 (où le FLN préférait enlever des familles entières pour limiter les plaintes ), Jordi a montré une solide rigueur.
Il éclaire la pratique du nettoyage ethnique par les indépendantistes. Or, il le fait, documents à l’appui, en prenant ses distances avec quelques légendes aussi tenaces qu’absurdes. Son livre est peu réfutable. Il sera plus difficile désormais aux thuriféraires du FLN et aux journalistes sous influence de nier des faits qui les dérangent.
On peut regretter que Jordi paraisse sous-estimer les divisions du FLN et les surenchères xénophobes qu’elles alimentèrent. Félicitons le toutefois d’avoir laissé de côté quelques récits controuvés et extravagants. (3)
Cet ouvrage, cette étude méticuleuse manquaient. Il serait regrettable qu’ici et là, certains négligent l’atout que, dans sa percutante sobriété, il constitue pour les familles touchées et pour l’ Histoire.

JEAN MONNERET
9 novembre 2011
1 – Jean-Jacques Jordi . Un silence d’état. Ed. SOTECA.
Les enlèvements d’Européens ont décuplé aprés le « cessez-le-feu  » du 19/3 / 1962 L’auteur dénombre 1583 disparus présumes décédés, 123 enlevés dont on a retrouvé les corps et 171 cas incertains résiduels. Selon nous, il eût fallu comptabiliser les personnes libérées ou retrouvées.

2 – Il arriva qu’un scribe du Ministère des Rapatriés répondit par erreur : 25.000 à une question sur le chiffre des disparus européens. Il confondait avec celui des militaires français tués au combat. Ceci occasionna ultérieurement quelques bévues.

3 – En juillet 1962, depuis Alger, Max Clos du Figaro, dénonça courageusement les enlèvements massifs d’Européens. Il ajoutait : « Sur les chiffres, on ne sait rien de sûr. Tout dans ce pays est déformé et amplifié dans des proportions fantastiques. «  Voila qui a changé désormais.

La these de Gilbert MEYNIER sur l’origine des massacres du 5 juillet à Oran

La these de Gilbert MEYNIER sur l’origine des massacres du 5 juillet à Oran est surprenante. Il ne fait en réalité que reprendre ce qu’avait déjà avancé à ce sujet un journaliste du Figaro aujourd’hui disparu, il y a trois décennies. Pour ma part, je n’ai jamais cru a la culpabilité de tireurs de l’OAS dans cette affaire. Je n’ai jamais cru non plus à un complot de l’Armée des frontières et des benbellistes qui aurait résulté en un massacre des Européens.
Un historien se penche sur des faits établis. C’est fort loin d’être le cas ici. Meynier admet qu’il n’a aucun document en l’espèce. Pourquoi nous resservir alors la vieille thèse complotarde fumeuse du tandem Ben Bella -Boumedienne montant une provocation pour assurer ensuite son emprise sur Oran?
J’ai réfuté cette « analyse » dans mon livre. Le professeur Meynier l’a-t-il seulement lu? Il confond en outre la fusillade du 26 mars à Alger et le massacre du 5 juillet à Oran. Mauvais début. Il place en outre la rue d’Isly à Oran. Passons.
La thèse de la provocation repose sur deux postulats arbitraires : le premier que le FLN d’Oran était favorable au GPRA et hostile à Ben Bella et à Boumedienne; rien ne le démontre sérieusement. Le second que l’ALN dite «  des frontières » avait besoin d’un prétexte pour entrer à Oran. Tout cela ne repose sur rien en l’état actuel de nos connaissances. Quant à évoquer

des témoignages………..anonymes de surcroît!
Ce que nous savons et qui est irréfutable est qu’il régnait un climat d’hystérie dans les quartiers musulmans d’Oran. Que le FLN local était peu et mal organisé et que le « militantisme » de certains se confondait avec un certain gangstérisme (voir pages 48 à 52 de mon livre), que l’ALN « locale » et les ATO était un ramassis de gens mal formés et incontrôlés, que de nombreux manifestants sont venus en centre-ville armés et que dans une telle situation, il ne pouvait qu’y avoir du sang.
De toutes les responsabilités, la plus lourde fut celle du commandement militaire français et de son chef le général Katz qui appliquant aveuglément des directives de Paris, qu’il jugeait pourtant absurdes n’avait rien prévu pour ce jour là. Il donna à 2 reprises aux troupes françaises l’ordre de rester consignées dans leurs casernes. Ceci, je l’ai prouvé, documents à l’appui, dans mon livre La phase finale de la guerre d’Algérie.
Selon A. Peyrefitte, le général De Gaulle avait dit : « Si les gens s’entre massacrent ce sera l’affaire des nouvelles autorités, pas la nôtre. »
Les responsabilités sont là et les chercher ailleurs c’est exonérer les dirigeants français de leurs lourdes fautes.

Jeudi 31 mai 2010
La thèse de G.Meynier a été soutenue durant un Colloque du 19 mai 2009 tenu à l’Auditorium de l’Hotel de Ville de Paris. Le genre de colloque dont les historiens comme moi sont résolument exclus pour cause d’incorrection politique.

Sétif – Le Mythe des 45 000 Musulmans Victimes de la Répression. Général Henry MARTIN.

Sétif – Le Mythe des 45 000 Musulmans Victimes de la Répression.
En mai 1945,le général de Corps d’Armée Henry Martin est à la tête du 19 ème C.A et coiffe l’ensemble des forces armées françaises en Algerie. A cette date il est donc le plus haut responsable militaire du territoire algérien. A ce titre, il a tenu à répondre à certaines accusations portées dans divers journaux de son vivant. Il répond ici à un article paru dans l’Aurore en octobre 1967 et mettant en cause son subordonné le général Duval commandant le CA de Constantine. Son argumentation sobre et percutante n’a rien perdu de sa valeur aujourd’hui.

Jean Monneret

Un mythe consiste à grossir démesurément un fait réel ou un noyau de faits réels – à l’enrichir de détails propres à encourager la fraternité ou à exciter les haines. Comme la langue d’Esope c’est la meilleure ou la pire des choses.
Le mythe des représailles massives qui, en 1945, autour de Sétif et de Guelma, auraient été exercées par des colons ou des fonctionnaires survivants (après le massacre initial d’une centaine d’Européens) ainsi que par les troupes chargées de rétablir l’ordre a été soigneusement entretenu par les partisans de l’indépendance algérienne. Il a développé, chez les musulmans d’Algérie, surtout parme les jeunes un désir de vengeance.
Et, en 1954, les « fils de la Toussaint », comme les appela Yves Courrière y trouvèrent un bon motif pour abattre, à Khenchela et dans l’Aurès, sans aucune provocation, un officier, un caïd et un jeune ménage d’instituteurs.
A la base de ce mythe, précisons les faits de 1945: 8 mai 1945. A Sétif et dans un rayon de cent kilomètres explosion d’une sorte de guerre sainte aux cris de Djihad !
Attaque des Européens rencontrés non seulement dans les rues de Sétif mais sur les routes, dans les villages, les fermes isolées, les maisons forestières.
Dès le lendemain extension du soulèvement autour de Guelma.
Le gouverneur général, Yves Chataigneau, responsable de la sécurité intérieure et extérieure de l’Algérie requiert l’intervention des forces armées de terre de mer et de l’air dans le cadre du plan établi en 1941 pour le cas de troubles, par le général Catroux ministre délégué pour l’Afrique du Nord. Dans la zone insurgée, il rend les pouvoirs de l’état de siège à l’armée qui en avait été dessaisie en 1944.
Affrontements armés entre les troupes et les insurgés au cours des opérations de dégagement tant des agglomérations comme Guelma que des villages comme Chevreul et Kherrata, des fermes des maisons forestières (notamment des Babors). Les troupes étant essentiellement. musulmanes (tirailleurs, spahis goumiers), aucun motif raciste dans ce rétablissement de l’ordre ne dans les recherches des meneurs qui a suivi.
Quelques réactions regrettables de la part d’Européens bouleversés en retrouvant autour de Guelma des parents et des amis sauvagement éventrés.
Ce furent des cas isolés non des représailles massivement organisées.
Mais pour soutenir, de l’extérieur le soulèvement, les « Frères musulmans » lancent sur les ondes de la radio du Caire, la fable de 45 000 musulmans systématiquement massacrés dans le Constantinois, procédé de guerre psychologique propre à donner mauvaise conscience am Français non musulmans d’Algérie, comme à ceux de la métropole.
Le ministre de l’intérieur du gouvernement provisoire, Tixier vient personnellement enquêter en Algérie. Le gouverneur général Yves Chataigneau fait comparer le nombre des cartes d’alimentation présentées après les événements avec le nombre des cartes distribuées auparavant. On aboutit à une différence d’environ un millier calcul assurément approximatif mais qui donne un ordre de grandeur bien éloigné des 35 000 musulmans prétendument massacrés, chiffres lancé par la radio du Caire.
Cependant l’escalade se poursuit dans la radio, dans la presse, dans les livres; on parle de 45 000 et jusqu’à 60 000 !… Le mythe était lancé !
Or les affrontements ont duré deux semaines. Pendant les huit mois que le corps expéditionnaire français du futur maréchal Juin a combattu en Italie, face aux mitrailleuses, aux obus, aux chars, aux bombardiers nazis il a perdu seulement 1300 des siens. Comment, en quelques jours, dans le Constantinois eut-il été possible même à des massacreurs systématiques d’abattre des dizaines de milliers de musulmans ?
Affirmer, répéter, c’est la méthode efficace des publicitaires ou des propagandistes. C’est ainsi que l’on crée les mythes. Et ils ont la vie dure!
Faut-il, comme beaucoup d’historiens de seconde main les accepter passivement ? Ne faut-il pas chercher sans cesse la vérité ou, tout au moins, s’en approcher ?
Je reste reconnaissant à la mémoire du général Duval qui, alors à la tête de la division de Constantine, a su rétablir l’ordre avec rapidité et un souci constant d’amitié pour la masse musulmane.
A la fin des « événements », Il a bien mérité d’être invité à la mosquée de Constantine, au milieu des croyants coraniques pour remercier avec eux le Tout-puissant d’avoir rendu la paix… au moins provisoirement.
Général Henry MARTIN,
commandant le 19ème corps en Algérie (1944-1946)
Général MARTIN HENRY, JULES, JEAN, MAURICE.
Le général HENRY MARTIN est né à Bordeaux le 27 octobre 1888. Engagé volontaire pour trois ans, le 5 octobre 1907, au 42e régiment d’infanterie, il est nommé sous-lieutenant de réserve le 1er avril 1909 et renvoyé dans ses foyers. Nommé lieutenant de réserve le 1er avril 1913, il se destinait à prendre la direction d’une maison d’optique jurassienne fondée par son grand-père. Le décret de mobilisation générale du 1er août 1914 le rappelle à l’activité au 133e R.I.
Capitaine à titre définitif le 20 septembre 1915, chevalier de la Légion d’honneur le 13 juillet 1915, affecté au 363e R.I., chef de bataillon à titre temporaire le 5 septembre 1917, il se bat successivement en Alsace, dans les Vosges, en Champagne, au Chemin des Dames, sur l’Aisne et dans l’Oise. Il est blessé et fait prisonnier le 6 avril 1918.
Après l’armistice du 11 novembre 1918, le commandant MARTIN est affecté au 106e R.I. à Châlons-sur-Marne. Stagiaire à l’Ecole supérieure de guerre de 1920 à 1922, il est affecté à l’état-major de l’armée de 1922 à 1926. Chef de bataillon à titre définitif le 25 septembre 1927, professeur à L’Ecole supérieure de guerre de 1926 à 1931. Il est nommé chef d’état-major des confins algéro-marocains à Bou-Denib de 1931 à 1933. Promu lieutenant-colonel le 25 juin 1932. Sous-chef puis chef du Deuxième bureau de l’état-major de l’armée de 1933 à 1935. Chef de corps du 80e régiment d’infanterie à Metz de 1935 à 1937, il est promu colonel le 24 juin 1936. Auditeur au centre des hautes études militaires de 1937 à 1938, chef d’état-major de la 9e région militaire à Tours de 1938 à 1939, il part en campagne avec le 9e corps d’armée en septembre 1939.
Il prend le commandement de la 87e division nord-africaine en avril 1940, avec laquelle il soutiendra les durs combats de mai-juin 1940, de l’Ailette à la Loire. Promu général de brigade le 1er juin 1940, il est nommé en septembre 1940, commandant de la division et de la région de Marrakech. Il s’attache particulièrement à l’entrainement de sa division dans la perspective de la reprise des combats. Promu général de division le 20 mai 1942, il est chargé après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, de la mise sur pied de la 4e division marocaine de montagne. Nommé général de corps d’année le 25 août 1943, il prend le commandement du 1er corps d’armée du corps expéditionnaire français (C.E.F.) et à ce titre dirige les opérations de libération de la Corse contre un ennemi dix fois supérieur en nombre (septembre 1943). En décembre 1943, il est nommé commandant allié des forces terrestres en Corse. Dirigé sur l’Italie, le 15 juillet 1944, le général HENRY MARTIN est nommé commandant du 19e corps d’année à Alger le 30 août 1944 et chargé d’assurer la coordination de l’emploi des forces terrestres pour la sécurité intérieure et extérieure de l’Afrique du Nord. Le recevant avant sa prise de fonction, le général DE GAULLE, président du Gouvernement provisoire, qui allait quitter Alger pour la France avec les membres du gouvernement lui précise « qu’il s’agit de ne pas laisser glisser l’Afrique du Nord des mains de la France pendant que les armées françaises et alliées libéreraient la métropole ». Dans ces importantes fonctions, le général HENRY MARTIN doit faire face à l’insurrection de Sétif et de Guelma du 8 mai 1945 et ramène le calme dans les zones insurgées. Il est l’auteur d’un important rapport sur les événements de mars-juin 1945 en Algérie.
Admis en 2e section du cadre des officiers généraux le 1er décembre 1946, titulaire de treize citations dont sept à l’ordre de l’armée, six fois blessé, le général de corps d’armée HENRY MARTIN est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur le 27 septembre 1946. Il meurt à Limoges le 24 juin 1984.

Lundi 26 mars 1962 : Alger agonise

Conformément à ce que j’avais promis ce texte de Mme Gautier est diffusé sur mon site. Merci de le faire connaître de votre côté.
Jean Monneret

Nous ne connaissons pas tous les noms des victimes du 26 mars 1962 à Alger ni leur nombre exact.
Nous ne connaissons pas le nom de tous ceux assassinés au Plateau des Glières et tout autour, rue d’Isly, boulevard Pasteur, rue Chanzy, boulevard Bugeaud, rue Lelluch, boulevard Baudin, et plus loin Place de l’Opéra, et aussi aux Facultés, et plus loin encore au Champ de Manoeuvres et encore une heure après la fusillade. Les militaires, les gendarmes, les C.R.S. occupent les carrefours, les toits, les terrasses, font des barrages. Partout, toutes les armes sont approvisionnées et chargées, partout. Les tirailleurs avancent rafale après rafale, arrosent les gisants au F.M. et au P.M., chargeur après chargeur (J.L. SIBEN témoigne). Ils mitraillent les façades, l’intérieur des appartements aux volets clos, achèvent les mourants à l’intérieur des magasins, les poursuivent dans les couloirs des immeubles. Et puis, ils tirent sur les médecins, les pompiers. Ils tirent sur les ambulances, déjà toutes prêtes, déjà là, à attendre les morts. C’est une véritable chasse aux pieds-noirs, une tuerie, un carnage auquel se sont livrés les tirailleurs aux gestes obscènes, les gardes mobiles aux ricanements haineux et les C.R.S. qui insultent, matraquent et «balayent», rue Charras, rue Richelieu, rue Clauzel �?�(les témoignages).
La foule était dense. C’était un cortège de jeunes gens, de jeunes filles, d’enfants et de vieux messieurs aux insignes d’anciens combattants. Ils avaient des drapeaux et ils chantaient la Marseillaise et ils s’effondrent, gisants ensanglantés.
Et puis les ambulances et les camions des morts vont et viennent et déversent leurs cadavres, à l’hôpital Mustapha, à la clinique Lavernhe, à la clinique Solal.

Le Professeur Jacques BARSOTTI déclare : Nous sommes allés à la morgue de l’hôpital voir les cadavres qui s’y entassaient dans le plus grand désordre. C’est une vision dramatique que ces tas humains amoncelés pêle-mêle les uns sur les autres que les familles essayaient de reconnaître, en tirant sur les bras ou sur les jambes pour les sortir du tas.
Le docteur KAMOUN témoigne : l’horreur pure, partout des cadavres disposés sur trois niveaux, paillasse, étagère, sol. On avait instauré un sens unique et dans le silence troublé de temps en temps par des gémissements et des pleurs, les gens circulaient lentement, horrifiés. Les cadavres attendaient leur reconnaissance et ces gens pâles et silencieux tournaient lentement. Un antre de cauchemar écrira Jean BRUA.
Immédiatement après ces scènes édifiantes, le Corps médical de l’hôpital Mustapha réalise une plaquette de témoignages recueillis par les médecins ayant assisté à la fusillade ou ayant soigné les blessés, témoignages adressés en France à diverses personnalités politiques et morales sans aucun écho tangible. Cette petite brochure, « LE MASSACRE D’ALGER » « Alger 26 mars 1962 », qui ne porte pas de date d’impression ou d’édition, est dédiée à la mémoire du Docteur Jean MASSONNAT, victime du devoir professionnel, tué à bout touchant. Les témoignages sont anonymes. Il n’y a pas de liste des blessés. Figurent deux plans de la fusillade, une dramatique photo du Plateau des Glières devant les marches de la Grande Poste ainsi que la liste des noms des victimes au nombre de 49 plus quatre inconnus dont 2 musulmans et 3 européens ( 53 au total). Le nom de mon mari est correctement orthographié et sa profession correctement énoncée.
Le journal « La dépêche d’Algérie » des 27, 28 et 29 mars fait état de 46 morts et 150 blessés.
Un troisième nombre des victimes est donné dans le « LIVRE BLANC » « ALGER LE 26 MARS 1962 », paru le 1er juin 1962, édité par « L’Esprit Nouveau ». Ce livre ne comporte que des témoignages, signés, plus de deux cents. Il ne mentionne aucun nom de victimes, ni celui des morts ni celui des blessés. Il est publié : « A la mémoire des 80 morts et en souvenir des 200 blessés de la fusillade », sous le patronage de Messieurs les Députés du Groupe UNITE DE LA REPUBLIQUE. « LE LIVRE BLANC » est un recueil des témoignages nécessaires pour pouvoir porter plainte devant les tribunaux. Mais les témoignages sont dangereux pour le pouvoir en place, ils réfutent absolument les silences, les invraisemblances, les contradictions, ces aveux tacites, ils dénoncent la lâcheté de cette sordide raison d’Etat et de ses « voleurs de morts ». Ce livre est interdit et détruit dès sa parution. Je viens d’en acquérir un exemplaire, à un prix exemplaire, un échappé de cet holocauste du livre. (Et que les victimes soient sacrifiées à la Sainte et Juste Raison d’Etat !). Il a été réédité en 1991 sous le nom de « LE LIVRE INTERDIT » par les Editions Confrérie Castille. Dans cette édition remaniée ont été ajoutées les listes des noms des morts et des blessés. La liste des victimes comporte 63 noms plus quatre « non identifié » dont 2 musulmans et 2 européens (soit 67 au total). Cette liste contient des erreurs et des noms mal orthographiés. Le nom de mon mari est mal orthographié et ne figure plus sa profession. C’est à partir de cette liste que j’ai voulu vérifier toutes les listes, ces listes qui, en se reproduisant vont subir un certain nombre de distorsions, du fait même de la copie, je suppose.
Aucune enquête officielle n’a jamais été effectuée, aucune commission d’enquête n’a jamais vu le jour, malgré les pétitions et les demandes déposées dans les préfectures, dans les ministères, sur le bureau de la Présidence. La tuerie du 26 mars alterne du déni officiel de ce qui s’est passé ce jour-là à l’infâme raison d’Etat : « ce n’est pas nous, ce sont eux qui ont commencé », et puis « c’était interdit, on n’avait pas à le redire », et puis « c’est l’O.A.S., c’est bien fait pour eux », autant « d’arriérations » verbales pour se justifier. La tuerie fait aussi un petit tour par l’infâme Secret Défense. Les archives concernant les faits et les morts civils au cours des évènements d’Algérie sont tenues secrètes. Pour le 26 mars il nous faut encore attendre cinquante ans ou soixante ans ? Des dossiers ont déjà disparu ou sont vides ou bien sont maintenus en souffrance ou bien encore sont abandonnés en république démocratique et populaire d’Al Djazãir. Ces archives sont les preuves trop gênantes de cet infâme Secret Défense. Au cours de la fusillade d’autres preuves ont été arrachées des mains des journalistes, des photographes et des cameramen. Pendant les jours qui ont suivi, l’armée a surveillé ces lieux maudits, empêchant les gens de prendre des photos ou en confisquant leurs appareils et s’est livrée, à grand spectacle, à de sordides analyses des lieux, à de risibles relevés topographiques, il fallait faire semblant de chercher la vérité.
Il y a donc des listes, établies de façons successives, recopiées, empruntées, mais aucune ne peut être authentifiée. La liste qui circule habituellement, celle qui est généralement publiée sur les sites depuis quarante cinq ans et qui est dite, à tort, officielle, comporte des erreurs, des confusions et des manques. Néanmoins cette liste a eu le mérite d’être établie et a servi de support au travail sacré de mémoire pendant toutes ces années. Cette liste est due au travail, d’investigation et de recherches, remarquable, de Francine DESSAIGNE et de Marie-Jeanne REY, publié dans « Un crime sans assassins » (1994 �?? Editions Confrérie-Castille) qui témoigne de 58 noms, plus quatre « non identifié » dont 2 musulmans et 2 européens (soit 62 au total). Je note que sur cette liste le nom de mon mari est correctement orthographié mais sa profession a changé.
Francine DESSAIGNE écrit, dans la préface de cette réédition, que le 30 mars, sur une demande du professeur Philippe MAR�?AIS, député d’Alger, elle a déposé avec d’autres personnes une plainte contre X devant un juge d’instruction qui rassemblait des témoignages sur la fusillade. Cinq ans après, un autre juge a prononcé un non-lieu. Mais ce non-lieu n’est ni définitif ni absolu. Il s’agit donc d’aller le contester devant la justice.
« Trois jours plus tard les funérailles » (Le Livre Blanc). Où sont donc passés les cadavres ? Il ya ceux, « officiels », ceux « reconnus », dont les noms sont publiés dans les journaux avec leurs avis de décès mais que les familles n’ont pas pu approcher, ceux gardés au secret, scellés en bière dans la raison d’Etat, cercueils éparpillés dans les dépositoires. Et puis il y a les « non officiels », ceux dont on n’a rien publié, cadavres escamotés, cadavres disparus, cachés pour quel secret Défense ou quel secret de famille ?
Il y a enfin les blessés et les cadavres des soldats pris sous leur propre feu, encore moins officiels et dont l’Armée n’en a jamais publié le moindre écho. Un commandant des Forces Armées en Algérie reconnaît, pourtant, trois tirailleurs et un CRS tués et trois blessés. Par qui ? Par quelles armes ? Ce commandant se plaint d’une insurrection armée mais se montre bien incapable d’en fournir la preuve. – « Une femme, place de la Poste, blessée, gisait sur le dos. Un soldat musulman l’achève d’une rafale. L’officier présent abat le soldat (Professeur Pierre GOINARD) �?? Dans le magasin Claverie, deux tirailleurs musulmans abattent le militaire français �?? Les militaires de l’Infanterie de Marine, au square, près de la Compagnie algérienne, se couchent sous leurs camions pour se protéger �?? Le docteur BISQUERRA poursuit�?� « Il me laissa finalement entrer dans le fond du magasin où se tenaient d’autres militaires musulmans et, sur le sol, gisait l’un d’entre eux, qui semblait agonisant, une ou plusieurs balles lui ayant transpercé le thorax. �?� déjà arrivaient des ambulances et des camions militaires. Les militaires quittèrent alors précipitamment les lieux avec leur chef, emmenant leur blessé qu’ils chargèrent dans l’un des camions. D’autres témoignages font état de militaires tués ou blessés entre eux par leurs propres armes. Cependant ni dans les listes parues, ni dans les journaux, je n’ai trouvé trace de leurs noms. Des autopsies militaires ont sûrement été pratiquées et les autorités savent avec quelles armes ces hommes ont été blessés et tués, et par qui.
Jean BRUA rappelle dans son intervention du 26 mars 1987 : ce mystérieux supplétif vietnamien, évoqué par deux officiers du 4ème R.T., évacué dans le plus grand secret, après avoir été atteint par les forces de l’ordre du boulevard Bugeaud, qui se croyaient visé par son tir (procès- Bastien-Thiry). Dans « Un crime sans assassin », Francine DESSAIGNE évoque aussi ce tireur à la notoriété de barbouze. Il faut donc attendre encore cinquante ans ou soixante ans pour livrer la vérité ?
Elle rapporte les paroles des médecins de Mustapha :
Le lendemain matin 27 mars 1962, le professeur GOINARD, toute l’équipe chirurgicale de la clinique thérapeutique de l’Université se rendit à la morgue. On dénombra près de 80 morts par balles, entassés dans les locaux de la morgue. De multiples photographies avaient été faites avec l’appareil du service. Mais les deux rouleaux de pellicules envoyées naïvement et comme à l’accoutumée au développement en France, ne sont cette fois, jamais revenus.
Martial TRO, Commis principal à l’hôpital Mustapha témoigne : « Alors sont arrivés des camions militaires, des Dodges. Ils débordaient de blessés, de morts, mélangés, entassés. On les déversait comme des sacs de farine. On lâchait les ridelles et tout tombait sur les côtés. Nous n’avions pas de brancardiers. Les Soeurs et les médecins ont commencé le transport. Le premier que je prends dans mes bras c’est le docteur MASSONAT. Il était là dans mes bras, il me vomissait dessus �?�J’ai fait le tri des morts et des blessés. Au dépôt mortuaire on les mettait les uns sur les autres. Quand on voulait voir un mort il fallait le chercher, débarrasser un tas de cadavres pour le trouver. C’était épouvantable. On dit qu’il y a eu 80 morts. Moi je ne travaillais pas aux services administratifs, je ne peux pas citer de noms mais je dis qu’il y avait 120 morts. A cette époque, ceux dont on ne réclamait pas le corps, parce que c’étaient des gens de passage ou pour d’autres raisons, ceux-là étaient emmenés le soir à la sauvette, qu’ils soient musulmans, juifs ou chrétiens, au cimetière d’El Halia, directement la nuit. L’aumônier a protesté officiellement. Il a été expédié à Paris tout de suite. Un petit musulman travaillait à l’hôpital. Il a aidé à transporter les blessés. Ila été repéré. Le FLN l’a assassiné le lendemain.

Christian GILLES dit qu’il a assisté à une véritable ignominie : « dans ce bâtiment se trouvaient de nombreuses petites alcôves avec des plafonds voûtés en ogive et aménagées avec deux bancs. A l’intérieur de chacune d’elles, deux familles unies par leurs larmes se trouvaient séparées par deux cercueils fermés, accolés, déposés au centre sur des tréteaux. Dans quelques alcôves, des familles musulmanes et européennes atteintes par la même douleur, priaient, pleuraient, gémissaient et imploraient le ciel côte à côte. Des personnes totalement désespérées, circulaient dans le grand hall, en tout sens, criant, pleurant, appelant à haute voix un être cher, essayant de découvrir d’alcôve en alcôve leur disparu. Par une porte, arrivait à intervalles réguliers, d’un autre service de l’hôpital, un nouveau cercueil fermé avec l’indication sommaire de son nom. Toutes les dix minutes, huit à dix personnes prenaient un cercueil dans une alcôve, s’arrêtaient sur la chaussée. Un homme de foi sortait d’un local vitré et murmurait quelques mots. Le cercueil était alors déposé dans la benne d’un camion militaire, où assis sur des banquettes, siégeaient dix soldats armés. Seuls quelques membres de la famille étaient admis sur une largeur de sièges d’un minicar de C.R.S. Motards en tête avec sirène, jeep avec radio, le camion-cercueil et deux véhicules de C.R.S. s’éloignaient rapidement vers un cimetière de la ville. J’assistais à des enterrements à la chaîne sans aucun regroupement familial, sans passage dans les lieux de culte, y compris celui du quartier. Ces transports commencés, dans la nuit pendant le couvre feu, se poursuivaient encore.

Qui sont ces morts Français-Musulmans ? Quelles sont ces victimes que leurs proches réclament à force hurlements, sans les trouver ? Quelles sont ces victimes livrées toutes prêtes emballées ? Que sont devenus ces soldats, ces C.R.S. qui ont conduit les camions-cercueils ? Comment est-il possible qu’aucun d’eux ne se soit jamais fait entendre ? Je croyais que nous étions tous égaux à la face de Dieu.
Le Docteur André FOURNIER précise : Á l’hôpital, l’après-midi s’est passée à recevoir et soigner les blessés qui arrivaient. Dans la soirée je suis allé à la morgue où étaient entassés les cadavres des victimes. J’ai notamment encore le souvenir très vif de deux très jeunes filles, deux soeurs qui avaient été tuées à bout touchant. Révolté par ce spectacle, j’ai alors téléphoné à un ami en lui demandant de rassembler dans les hôtels le plus possible de journalistes et les emmener à l’hôpital. Il en est venu un certain nombre français et étrangers. Je puis citer deux de leurs réactions : 1) un journaliste allemand m’a dit : « j’espère qu’après cela les journaux français ne parleront plus d’Oradour sur Glane », 2) deux journalistes français du Monde : l’un n’a pas pu supporter le spectacle et est sorti pour vomir et l’autre a dit « ça ne passera pas à la Rédaction ». Nous sommes d’une civilisation trop sensible.
Le Professeur Paul LEBON confirme qu’il se souvient fort bien d’avoir vu parmi les cadavres deux petites filles de 8 ou 10 ans, en robes rouges dont on ne trouve plus aucune trace. Cette énigme est à rapprocher de celles de la mort d’un bébé et de sa mère évoquée par Suzanne CAZE AVELIN : son amie, réfugiée dans un magasin de puériculture, avait caché son petit enfant dans une poussette en exposition, petit cadavre dont on ne trouve plus aucune trace ni celle de sa mère. Un autre témoignage confirme : une jeune femme et son bébé ensanglanté dans les bras, poursuivie et achevée à la rafale par un tirailleur chez Natalys.
Marie Jeanne Rey témoigne d’une petite voix enfantine, près d’elle, qui se tut pour toujours.
�?�« Il y avait aussi une quinzaine de gamins autour de Michèle TORRES, venus en camion ».
.. « .Une dame âgée : j’étais à terre, blessée. Un petit garçon de 8 ans pleurait et me disait, « regarde mon papa ». Son jeune père était couché le visage ensanglanté �?� »

Il y avait des enfants dans la foule et des adolescents. On ne peut pas dire de ces jeunes victimes qu’elles appartenaient à l’O.A.S. On ne peut pas avouer, non plus, l’assassinat de ces jeunes enfants. Ce serait peu reluisant pour la gloire de la France ou pour la renommée de certains. Il est donc très nécessaire d’escamoter un certain nombre de victimes.et notamment les moins de 20 ans si l’on se réfère à la liste qui suit. Que sont-elles devenues, ces jeunes victimes alors que sur le sol devant les FM s’amoncèlent les cadavres ? Car ils ont tiré, ivres de fureur, ces serveurs de F.M., comme le soldat Mohamed A… qui est décrit ainsi dans les témoignages : « Il semblait avoir un grand désir de tirer, dansant d’un pied sur l’autre, le regard brûlant non de peur mais de fureur, ou encore �??« en transe, un rictus de haine, gesticulant, surexcité, ou encore �?? une bande souple dont l’extrémité était engagée dans la culasse, enroulée à sa taille et suspendue à son cou�?� rafale après rafale !
Le docteur Jacques BISQUERRA relate dans son témoignage : �?�Je restais là, immobile, de longues minutes, pour veiller sur ces morts lorsqu’un homme s’approcha et entreprit, malgré mes protestations, de fouiller le portefeuille d’un des cadavres et repartit après avoir emporté sa carte d’identité. M’étant souvenu de ce nom porté sur ce document (car il me l’avait montré, j’ignore pourquoi) et n’ayant pas retrouvé son nom sur la liste des victimes publiée le lendemain par les journaux locaux, je m’étais rendu à la morgue de l’hôpital Mustapha pour essayer d’identifier ce malheureux « X » et de mettre un nom sur sa dépouille. �?� en rentrant chez mes parents je fondis en larmes, en pensant à tous ces corps criblés de balles, empilés, nus, parfois tête-bêche, les uns sur les autres, dans cette sinistre salle… �?� des tas de cadavres allongés qu’on arrosait à l’eau formolée, quelque chose de kafkaïen (docteur CHIAPPONI)…

Ainsi les morts se font détrousser de leur identité, escamoter, achever à la rafale – ni vu ni connu -, formoler avant de les dissimuler, on n’arrive plus à les compter, on les mélange avec les autres morts, on ne trouve plus ceux qu’on réclame, on les fait disparaître, on leur vole leur cadavre lorsqu’ils deviennent trop gênants, pour combien d’entre eux ?
Maurice COLLIN dans une lettre que m’a communiquée son fils Jean-François, écrit, « Si vous voyez le visage des Algérois et l’atmosphère de la ville. Cela vous étreint le coeur et vous donne la nausée. Tout ce sang qui n’a pas été lavé, ces tas de vêtements masculins, féminins, au pied des immeubles, au pied des arbres, ensanglantés, des chaussures de femme, des imperméables, des lunettes, des portefeuilles déchirés, des chapeaux, le tout taché de sang aussi. Les gens essaient de retrouver des objets des leurs qui ne sont pas rentrés, qui ne sont pas à l’hôpital, qui ne sont pas à la morgue, et, il y en a des disparus, depuis mardi !
Dans l’édition originale du LIVRE BLANC, les auteurs et/ou l’éditeur ont écrit « Les droits de ce livre seront versés intégralement aux familles des victimes ». Cette mention n’apparaît plus sur le livre réédité « LE LIVRE INTERDIT ». C’est dommage parce que cela aurait pu conduire à une recherche des victimes plus poussée, plus systématique que ce que je ne saurai jamais faire par moi-même.
Raymond GUIRAUD, à la suite de l’attentat du Milk Bar, où a été blessée gravement sa fille Nicole, a créé une association, l’A.V.I.C.C.E.A.L. La permanence de l’Association Nationale des Victimes Corporelles des événements d’Algérie et de leurs Ayants droit se trouvait à La Maison du Combattant à Bâb el Oued. Monsieur GUIRAUD s’est adressé à la Délégation de l’Action Sociale dès le 29 mars 1962 puis le 2 avril 1962 et à plusieurs reprises aux pouvoirs pour leur demander qu’une indemnité soit versée aux ayants droit des victimes du 26 mars précisément, en vertu de la décision n°55032 de l’Assemblée algérienne. Sans réponse, il menace, en cas de refus de l’administration, de saisir la voie juridique, en application de la loi de 1884. Courant avril les gendarmes mobiles font une perquisition à son domicile pour chercher des papiers. Ils se montrent insultants et agressifs et menacent d’emmener la soeur de Nicole, alors âgée de 16 ans. Dans la nuit du 11 au 12 mai, pour la deuxième fois, mais cette fois-ci à 4 heurs du matin, les gendarmes mobiles viennent perquisitionner. Ils enfoncent la porte d’entrée et emmènent Monsieur GUIRAUD vêtu de son seul pyjama. Au bout d’une semaine et grâce « aux CFA », où Monsieur GUIRAUD était chef du personnel, sa famille apprend qu’il est incarcéré à l’école de police d’Hussein-Dey. Il a été dénoncé comme militant en faveur des victimes du FLN. Puis fin juin, Monsieur GUIRAUD et 50 autres présidents d’associations seront transportés en avion militaire servant de transport de troupes, à VILLACOUBLAY, en résidence surveillée. Il est interdit de retour en Algérie, interdit de séjour sur le sol algérien. L’association de Monsieur GUIRAUD comprenait 1.800 adhérents et des listes ont été échangées entre le FLN et la police politique française au nom du secret Défense. Il faudra que j’écrive au FLN en Al Djazãir pour me faire communiquer la liste des morts du 26 mars. La sortie des morts de l’hôpital Mustapha doit bien être enregistrée ?
Les tirailleurs, dans cette tragédie, réussissent parfois à faire oublier, que les gardes mobiles, les Rouges, et les CRS, ces spécialistes du maintien de l’ordre, ont tiré eux aussi sur la foule, sans sommation, froidement, on pourrait dire de façon jouissive, « comme pour une chasse aux pieds-noirs », à tous les carrefours, sur les façades, dans les appartements, non pas pendant 5 minutes ou 8 ou 10 mais encore bien longtemps après que 14 heures 50 ait sonné à l’horloge de la Grande Poste . Ont-ils compté et savouré le nombre de morts à leur actif ? Combien en ont-ils compté ? Qui peut prendre connaissance de leurs archives ? Archives où, peut-être, on apprendrait qu’il ne s’est rien passé ?
Cependant je dois ajouter une confidence de l’une de mes amies du lycée Fromentin, Geneviève : « Pierre BR�?S, un parent, du côté de mon mari, était colonel de C.R.S., responsable de sécurité pour le secteur d’Alger. Ayant refusé d’obéir aux ordres de faire cesser la manifestation, au besoin par le feu, il a été immédiatement démissionné. Il s’était installé à Dieulefit, dans la Drôme où il peignait des coffres en bois pour s’occuper. Je suis allée à sa recherche, sans succès. Il semble qu’il soit décédé à présent.
Je referai le tour de la France autant que cela sera nécessaire.
Mon drame, je le sais, est que « je me suis mise debout » trop tard et pourtant il est encore trop tôt pour ouvrir les archives. Mais ceci se faisant, il sera trop tard pour moi.
J’ai passé des journées entières aux Archives d’Outre-mer d’Aix en Provence, à éplucher toutes sortes de journaux pour l’année 1962, ceux d’Alger et des autres départements. J’ai du m’y prendre à trois fois. La première fois, il est vrai, la collection « La Dépêche d’Algérie » ou bien « Le Journal d’Alger », je ne me souviens plus, avait disparu des archives… C’était une malédiction ? Mais à la deuxième tentative la collection a réapparu, à mon grand soulagement.
J’ai établi une liste des victimes du 26 mars et celle des victimes du blocus et du ratissage impitoyable de Bâb el Oued. J’ai noté sur ces listes tous les détails que j’ai pu recueillir. Je tiens à la disposition de qui le souhaite les photographies numérisées des avis de décès et des avis des célébrations religieuses ainsi que des témoignages et certaines pages des journaux. J’ajoute que j’ai adressé aux sites informatiques et aux associations les listes des victimes en demandant qu’on me signale toute erreur ou manque. Je n’ai à ce jour rien reçu pas même un accusé de réception sauf d’un seul site que je remercie. Je renouvelle ma demande auprès des lecteurs en les priant de me pardonner mon insistance et mon attachement à toutes ces victimes qui sont aussi les témoins de tous ceux dont nous ne pourrons pas faire entendre le nom. Ce sont eux qui prennent soin de leur mémoire à tous.
J’ajoute la liste indissociable des noms de ceux tués pendant l’occupation de Bâb el Oued car invoquer le 26 mars c’est parler aussi ou d’abord de Bâb el Oued.
Sur cette liste de 56 victimes, j’ai laissé des noms (en bleu) dont je n’ai aucune preuve concrète de décès, mais par conviction par rapport aux témoignages et aux listes précédentes. Il faut ajouter à ces 56 noms, 4 victimes non identifiées mais dont nous pouvons être sûres car authentifiées par des témoins. Il faut ajouter enfin 5 victimes portées sur les listes comme non identifiées et non réclamées par un « avis de recherche dans l’intérêt des familles ». Ce qui donne un total de 65 victimes.
Il ne s’agit pas pour moi de courir à une surenchère du nombre des victimes, cette pure horreur n’en a pas besoin mais je suis persuadée que nous sommes loin de la vérité. Aidez-nous. N’hésitez pas, faites-nous connaître ce que vous savez, la plus petite information, le moindre détail. Quarante cinq ans viennent de s’écouler, il nous faut parler, dire et redire sans nous arrêter.
Il faut que cesse leur tourment ou que, peut-être, je cesse moi-même de les tourmenter.
Simone GAUTIER
14 avenue de France
06400 Cannes
simone.gautier[A]free.fr

La Nouvelle Revue d’Histoire (mai-juin 2007) : Le massacre de Mélouza.

Le massacre de Mélouza par Jean Monneret
Il y a un demi-siècle, dans la nuit du 28 au 29 mai 1957 le Front de Libération Nationale algérien perpétrait un massacre qui eût dû demeurer dans l’Histoire, tant il était révélateur de ce que fut la Guerre d’Algérie. Au contraire, il fut occulté dans des ouvrages récents, comme il le fut quasiment des écrans de télévision, en 2003 (année dite de l’Algérie), qui vit pourtant proliférer films, téléfilms et documentaires sur le conflit.
Or, le FLN porte la responsabilité d’avoir commis ce jour-là un carnage sur de malheureux paysans, « coupables » de ne pas s’être alignés sur sa politique. Il démontra ainsi qu’il était loin de représenter l’ensemble des Musulmans algériens. Il est établi aujourd’hui que ses actions terroristes firent plus de victimes parmi ces derniers que parmi les Européens1.

L’affaire Bellounis
Pour comprendre le drame de Mélouza, il faut le rattacher à l’affaire Bellounis, du nom d’un chef de guerre local dont les Français s’efforcèrent de s’assurer l’alliance dans la lutte contre la rébellion FLN. Celle-ci se heurtait chez les Musulmans à une double opposition : celle des autochtones partisans de la souveraineté française, et, celle des partisans de Messali Hadj. Ce dernier, fondateur de l’Etoile Nord Africaine, passait, non sans raison, pour le père du nationalisme algérien. Aussi n’avait-il pas apprécié qu’en 1954, le FLN (alors appelé CRUA) déclenchât l’insurrection, sans lui faire allégeance. Messali avait pourtant gardé de nombreux affiliés, y compris d’ailleurs au coeur même de la rébellion2. Il créa donc un mouvement rival le Mouvement National Algérien (MNA) que le FLN, fidèle à sa logique d’élimination, entreprit de liquider partout où il le pouvait.
En Kabylie, Belkacem Krim qui dirigeait le Front, s’efforça dès février 1956 de purger sa région des messalistes. Messali fut présenté comme « acquis au colonialisme » et ses partisans pourchassés et assassinés sans pitié, conformément aux méthodes expéditives de leurs adversaires. Les messalistes disposaient néanmoins de solides appuis en plusieurs zones et d’un certain armement. Ils résistèrent donc. Une guerre dans la Guerre d’Algérie débuta. Dans cet affrontement fratricide, l’Armée Française se contenta au début de compter les points. L’Etat-major comprit cependant le parti à tirer de ce conflit. Des contacts s’établirent alors avec Bellounis.
Celui-ci était le responsable messaliste de la Kabylie. Il disposa à un moment de plus de 2 000 hommes dont une moitié était bien armée. Soumis aux pressions du FLN et pauvre en munitions, il dut quitter les zones montagneuses et se replier dans la région également messaliste des Beni-Ileman. Elle se trouvait au sein d’un triangle formé des agglomérations d’Aumale, de Bordj-Bou-Arréridj et de M’sila. Cette zone d’une grande importance stratégique était placée au carrefour des wilayas 2 (constantinois) 3 (Kabylie) et 6 (Sahara). Autant dire qu’elle dominait l’accès aux champs pétrolifères du Grand Sud. A plusieurs reprises, le FLN tenta d’en déloger Bellounis et l’Armée Nationale Populaire Algérienne (A.N.P.A.) qu’il avait mise sur pied.

L’hécatombe
Les messalistes abattirent plusieurs agents du FLN et la population de certains douars livra des responsables locaux à l’Armée Française. Les hommes de Belkacem Krim (entre temps remplacé par Mohammedi Saïd) décidèrent alors d’en finir avec Bellounis. Dans la nuit du 28 au 29 mai, une forte bande FLN investit plusieurs mechtas (hameaux) situées dans le douar de Beni-Ileman, près de Mélouza. Cette dernière agglomération, la principale du lieu, donna son nom au massacre, bien que la tuerie ait été perpétrée, en fait, à Mechta-Casba à quelques kilomètres. Mechta Casba était un des PC de Bellounis, lorsqu’il séjournait dans la région, mais il n’était pas là durant l’attaque.
Un officier de l’ALN (Armée du FLN) dirigeait la meurtrière opération. Réunissant les habitants mâles des Beni-Ileman, il les conduisit dans une salle de prières du hameau et après avoir expliqué que les messalistes étaient à la solde des Français, il somma les villageois de se rallier au FLN. Selon un des très rares rescapés du massacre, la réponse donnée par un vieillard, chef du village fut : « plutôt mourir »3.
Un ordre écrit de liquider le bastion bellouniste et portant la signature de Mohammedi Saïd existerait dans les archives de la rébellion4. Le responsable FLN voulait montrer à ses supérieurs qu’il était un chef actif, car il avait essuyé quelques reproches à ce sujet. Le capitaine Arab, responsable de la région sud de Kabylie, avait organisé l’expédition de 350 hommes armés qui encercla Mechta-Casba. Les villageois messalistes furent enfermés dans les différentes masures qui constituaient le hameau. Sur leur refus réitéré de se soumettre, ils furent assassinés, « au fusil, au couteau, à coups de pioche », précise Yves Courrière. Cet auteur, donne le chiffre de 304 tués, qu’il porte à 315, car selon lui, onze hommes supplémentaires furent rencontrés sur place et tués. La plupart des ouvrages évoquent le chiffre de 301 tués.
Le capitaine Combette responsable du sous-secteur français fut vite alerté et se transporta sur les lieux le lendemain. Les autorités civiles et militaires d’Alger informées, ne saisirent pas instantanément la gravité du forfait. La presse du monde entier ne fut convoquée et ne se rendit sur place que deux jours plus tard. Les cadavres avaient déjà été enterrés (pour des motifs religieux autant qu’en raison de la chaleur), mais les traces du massacre étaient visibles partout et les récits des villageois accablants. Le carnage fit la une des journaux du monde entier. La comparaison avec Lidice et Oradour était sous toutes les plumes.
En France, le journal socialiste Le Populaire écrivit ceci le 3 juin : « Autant il est faux que la France fasse la guerre à l’Algérie, autant il est tristement établi que le FLN fait la plus farouche des guerres à la population musulmane réfractaire à sa dictature ».
Le 1er juin, dans un éditorial titré L’Oradour algérien, Combat avait écrit : « L’odieux massacre de Mélouza fait frémir d’horreur ». Le Monde affirmait de son côté qu’il « laissait loin derrière lui, les tueries antérieurement commises par les hors-la-loi ».

Seule la presse communiste refusa de condamner le FLN et se contenta de reproduire les communiqués embarrassés que les rebelles publiaient à Tunis. Parlant de la « prétendue rivalité entre le FLN et le MNA », l’Humanité du 4 juin affirma, à la suite de ses inspirateurs, que Mélouza était un village FLN et que toute la région était sous l’emprise des frontistes. Elle suggéra que la tuerie était le fait des militaires français.

Ce que révèle le massacre
Nous avons réservé pour la fin l’indication, très importante, que Mechta-Casba était un hameau arabophone, dans un environnement mixte où villages kabyles et arabes se succédaient en alternance. Les troupes du FLN impliquées dans les assassinats étaient kabyles. Mélouza montre donc à nouveau le poids des clivages ethniques, culturels et régionaux au sein de la population musulmane d’Algérie. Constamment niés par le FLN, ces clivages démentent l’unanimité des Algériens à suivre le FLN, comme leur prétendue unité « nationale ». Ce mensonge devenu dogme d’état dans l’Algérie d’aujourd’hui remonte à l’origine même du FLN.
Dans la proclamation qu’elle diffusa le 1er novembre 1954, la rébellion se fixait pour but : « l’indépendance nationale par la restauration de l’état algérien, souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques ».
La « restauration » souhaitée d’un Etat algérien était un non-sens historique. Aucun historien ne peut soutenir qu’un tel Etat existait avant 1830. Il n’empêche que ce dogme fut invoqué en 1963 pour dénier aux Français vivant en Algérie l’accès à la nationalité algérienne. Les nouveaux maîtres5 affirmèrent le principe du droit du sang comme fondement du code de la nationalité.
La proclamation du 1er novembre 1954 indiquait aussi que des négociations devraient s’ouvrir entre le France et les « porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne, une et indivisible ». Le choix dans ce texte du mot « autorisé » est hautement révélateur. Pour sa part, le FLN s’employa à supprimer tous ceux qui ne partageaient pas ses points de vue. Messalistes, Musulmans profrançais, communistes même ne furent autorisés ni à s’exprimer, ni parfois à vivre. Mélouza en fut la tragique illustration.

Jean Monneret

Notes :

  1. Guy Pervillé. Pour une histoire de la Guerre d’Algérie. Ed. Picard p.241 et suivantes.
  2. Jacques Simon. Le massacre de Mélouza. Algérie juin 1957. Ed. L’Harmattan 2006.
  3.  Yves Courrière. L’Heure des Colonels. Ed. Fayard p.57 et suivantes.
  4.  Jacques Valette. La guerre d’Algérie des messalistes 1954-1962. Ed. L’Harmattan 2001. Le ralliement de Bellounis à l’Armée Française n’était pas exempt d’ambiguïté. Il aurait continué à monter des embuscades contre ses protecteurs. Le 14 juillet 1958, une opération française mit fin à ses jours.
  5. Voir sur ce point, Michel Cretin-Vercel. Nouvelle Algérie. Ed. Albin Michel 1963.