La grande peur des « bien »-pensants

La crise alimente chez les dirigeants des différents pays européens la crainte de troubles graves. C’est ce que nous apprend le Figaro du 23 janvier 2009, par la plume de son correspondant Thierry Portes. Je cite : « La peur d’une insurrection populaire nourrie par la crise commence à s’insinuer dans l’esprit des dirigeants européens. »
De ce point de vue, les troubles apparus en Grèce donnent un signal inquiétant et même très menaçant. La France, en cas d’agitation sociale, serait singulièrement touchée. Sa tradition des conflits sociaux à répétitions et le poids démesuré des appareils syndicaux la rendent particulièrement fragile sous ce rapport. S’y ajoutent le poids des partis et groupement à prétentions révolutionnaires, la longue et persistante révérence de son intelligentsia jobarde envers le marxisme et bien d’autres particularités encore. Tout cela fait finalement de notre pays le maillon faible de l’Europe en matière de résistance à l’agitation politico-sociale.

Par les temps qui courent, il n’est que plus irrationnel de jeter du sel sur les plaies et de l’huile sur le feu afin d’entretenir, à grand renfort de propagande médiatique, un esprit de contestation et de revanche dans des secteurs fragiles et instables de la population.
En effet, en moins d’un quart de siècle, la France a laissé se créer sur son sol, dans de nombreuses villes grandes et moyennes, des cités-ghettos qui peuvent devenir des foyers d’insurrections et de troubles graves. Nombre de ces lieux sont désormais des bombes à retardement à la périphérie des agglomérations. On y déverse, constamment et follement, par médias interposés, une vaste propagande selon laquelle ces zones et leurs habitants sont victimes d’une discrimination persistante. De quoi y rendre la situation encore plus explosive.
Il est tout à fait irrationnel et plus irresponsable encore de laisser entendre que bien des attitudes discriminatoires alléguées prennent leur source dans le passé colonial de la France.
Il est éminemment dangereux que la télévision et le cinéma montrent sans trêve aux habitants des cités une histoire falsifiée et tronquée de cette période. Que l’école, par l’intermédiaire de manuels bien peu objectifs, se fasse le relais de ces visions faussées est tout aussi dramatique.
Si nos dirigeants craignent des troubles, ils seraient bien avisés de mettre une sourdine à l’anti-colonialisme de principe qu’ils ne manifestent que trop officiellement.
Les conséquences de cet état d’esprit auquel se joignent de multiples appels à la repentance, peuvent être gravissimes et cela à court terme.
Qu’à cet égard, journalistes, cinéastes, éditeurs, tous ceux qui détiennent le pouvoir de diffusion de la parole et de l’image soient mis en garde. La portée délétère d’une certaine vision bancale et mensongère de l’Histoire de France, ne doit pas être sous-estimée. Elle est un ingrédient particulièrement dangereux de la situation actuelle, qu’un rien peut rendre détonnant, à tous les sens du terme.
Caveant consules ne quid detrimenti res publica capiat.*
La colonisation a pu avoir, parfois, des aspects sombres ou excessifs. Globalement, elle a toutefois permis aux populations de l’ancien Empire français de réaliser d’immenses progrès sociaux, culturels et politiques grâce au contact avec l’une des plus grandes civilisations du monde. Les ressortissants des anciennes colonies françaises doivent beaucoup à leur métropole. Les progrès en matière médicale en particulier furent immenses. Pas seulement en ce domaine. Nous y reviendrons.
Le 5 février 2009

Jean Monneret

Note
*Que les consuls prennent soin que l’Etat ne souffre nul dommage.