Manuels Hachette

Avant de commencer, je voudrais réparer une injustice. Dans le Manuel Nathan TermS dont j’ai précédemment parlé ,j’ai oublié de signaler qu’on peut y lire, page 42,que le 5 juillet à Oran des centaines de Pieds-Noirs furent en levés et, pour la plupart, exécutés. Ceci est tellement rare qu’il convient de s’en féliciter, car cela prouve que les efforts raisonnés et inlassables de certains d’entre nous pour faire reconnaître ces épreuves ne sont pas vains. Même si l’opposition et le silence de plomb des media demeurent .

Le Manuel Hachette destiné aux classes SGTM n’est pas sans quelques vertus également. Le tout dans une tonalité restant généralement anticoloniale et sous-estimant complétement les handicaps démographiques de l’Algérie de l’époque, malheureusement.

Si la présentation des problèmes algériens s’ouvre par une description biaisée de la situation du pays en 1954, due à Mohammed Dib, romancier soudainement promu au rôle d’historien, de sociologue et d’économiste, elle est fort heureusement suivie de notations différentes. En termes de respect des faits et de diversité des points de vue des efforts sont à signaler :
Page 76, le terrorisme du FLN est cité.
Le massacre de Mélouza est mentionné.
Un historien considère que c’est là la moindre des choses, mais, mon étude montre que ceci ne va pas de soi pour certains rédacteurs de manuels. Il faut donc féliciter les éditions Hachette de ce chef.
L’on évitera pas toutefois la mention d’Enrico Macias, chanteur célèbre, promu au rang de parangon de la culture et de l’histoire pieds- noires .
Cependant, le Manuel Hachette destiné aux Term L/ES confirmerait plutôt les aspects positifs. Ainsi concernant la soirée du 17 octobre 1961 à Paris, marqué par une manifestation FLN, les rédacteurs ont préféré s’appuyer sur l’universitaire J-P. Brunet contrairement aux Editions Magnard qui ont fait confiance à Einaudi.
Aussaresses est cité à propos de la torture. Ce dernier point n’est pas séparé toutefois de la question du terrorisme ce qui, redisons-le, témoigne d’une absence de parti pris à remarquer.
De même, si le manuel se réfère abondamment à B. Stora, historien obligatoire dans la France actuelle, il n’oublie pas Guy Pervillé très rarement cité et même occasionnellement censuré.
Guy Pervillé démonte le mythe du Million 500.000 Algériens tués par l’Armée française( page75).
Jean Monneret

Manuel scolaire Hatier

Pris par des travaux intenses , j’ai tardé à me pencher sur le traitement du terrorisme dans les manuels scolaires souhaité par quelques uns de vous. Le choc n’en a été que plus rude:
J’ai sous les yeux le manuel Hatier destiné aux Terminales L/ES/S , je suis abasourdi.
Torture : Il n’est question que de cela sur 2 pages entières , 44 et 45. Bien entendu , il n’est question que de la torture pratiquée par des militaires français. Alors que tous les protagonistes de cette guerre l’ont mise en oeuvre. (FLN , Barbouzes , MNA, ETC…).On peut dénoncer la torture , mais , le faire sans rappeler le contexte terroriste est intellectuellement malhonnête . Le problème de la torture touche aux fondements mêmes de la civilisation occidentale et je ne peux l’évoquer pleinement ici . Je renvoie donc à mon article sur l’Affaire Audin disponible sur mon site . Pour faire simple , disons qu’il est légitime de s’interroger sur la torture . Si le terrorisme ne justifie pas la torture, celle ci ne saurait davantage justifier, à postériori , les méthodes du FLN . Camus , pour sa part, préférait parler des noces sanglantes du terrorisme et de la répression.
Au sujet de la torture , nous avons droit à Alleg , Ighilariz , Servan-Schreiber ,de Bollardière , R.Branche et naturellement Sartre. Je ne dirais pas qu’il n’y a qu’un son de cloche puisque précisément il y en a un autre : Paul Aussaresses , personnage trés controversé et dont le témoignage discuté tend à confirmer ceux qui précèdent . Pas un mot sur les débats passionnés de l’époque concernant l’emploi de cette torture. Pas un mot sur Camus , sur l’Eglise de France , sur les officiers qui se sont opposés à la torture etc….

Terrorisme : Le mot n’est pas employé une seule fois. Le FLN est complétement exonéré de ses exactions. Si c’est ainsi que l’on prépare les générations futures à lutter contre ce fléau , la France est mal partie.

Les historiens de la Guerre d’Algérie sont : Vidal-Naquet , R.Branche déjà citée, Mohammed Harbi et naturellement Stora. Pas la moindre allusion à la diversité des opinions sur ce point : Pervillé , Frémeaux , Lefeuvre , Jauffret , Vétillard , Jordi , Faivre , inconnus au bataillon.

Les malheurs des Pieds Noirs sont exposés par J. Roy , M.Cardinal et L’Association des PN Progressistes , un groupuscule sans représentativité mais chéri des media.

Je reviendrai sur tous ces points dans une étude plus détaillée .Ceci est ma réaction à chaud.

Jean Monneret.

Colloque du 14 mars 2013 : L’Accord du 19 mars 1962 et ses conséquences

Le 19 mars est donc devenu une journée officielle de commémoration par la « grâce » du Parlement qu’ont élu les Français.
Pour nous, Pieds-noirs, harkis, responsables des associations, historiens attachés à défendre la vérité, c’est une défaite grave , il ne faut pas se le cacher. Dans ces conditions, il ne serait pas inutile de faire un peu d’autocritique. Avons-nous su communiquer ? Avons-nous bien défendu la vérité historique ?

1) Prenons la question des enlèvements d’Européens perpétrés après le 17 avril 1962.

Nous savons aujourd’hui par les recherches de J. J. Jordi et de quelques autres que sur 3000 personnes enlevées, les disparus s’élèvent à 1583, dont 1253 après le 19 mars auxquels il faut rajouter 170 personnes dont on a retrouvé les cadavres.
Est-il clair pour nous que les autres ont été libérés ou retrouvés, (certes en piteux état) ?
Trop souvent, certains s’expriment comme s’il y avait eu 3.000 disparus assassinés. Nous devons être rigoureux.
Pendant des années, le chiffre de 25.000 Européens disparus a circulé.

Nous avons tardé à abandonner ce chiffre déraisonnable dû à un scribouillard du Ministère des Rapatriés, qui l’avait confondu avec le chiffre des soldats français morts au combat.
Nous avons suffisamment protesté contre les chiffres absurdes du FLN :

  • 1 million de Musulmans tués par l’armée française
  • 45000 Musulmans tués par l’Armée et les milices locales le 8 mai 1945 à Sétif et Guelma. Les historiens ont à juste titre démoli ces chiffres, qualifiés de chiffres idéologiques.Nous ne devons pas opposer à une propagande soviétoïde, une contre propagande du même type. Pas de chiffres idéologiques chez nous. Diffusons plutôt le DVD de C. Feinstein sur Les Disparus. Travail remarquable. Nous avons un devoir de rigueur.

    2) Les événements du 5 juillet à Oran.

    Nous connaissons mieux les événements d’Oran. La non-intervention de l’Armée est désormais prouvée documents à l’appui .Et c’est une sacrée différence.
    Les travaux de Jordi sont éclairants :700 morts européens à Oran le 5/7 auxquels il faudrait rajouter 100 morts musulmans.
    Or, c’est très exactement ce que l’on disait ,il y a 50 ans, ce fut le chiffre employé par le Docteur Couniot dans son premier article historique sur le sujet.C’est celui que rapporta le regretté Mgr Boz également.
    Or, au cours des décennies, certains ont cru bon de multiplier le chiffre par 7. Quelle erreur !
    N’IMITONS PAS LE FLN.
    De plus l’Histoire du 5 juillet commence à être sérieusement polluée par des thèses complotistes.
    Certes, les complots existent, mais, en matière historique, un complot n’existe que lorsqu’il est prouvé.
    Ce ne sont pas des preuves qu’il faut! Il faut des preuves EN BETON !!!!!
    Certains voudraient que le 5 juillet soit le résultat d’un complot benbelliste. Pourquoi pas ? On ne prête qu’aux riches.
    Mais où sont les preuves ? IL N’Y EN A AUCUNE DANS CE QUE JE LIS A CE SUJET :Il y a un communiqué de l’ALN des frontières tout à fait surinterprété.
    Il y a le fait que les manifestants musulmans sont entrés armés dans le centre d’Oran. C’est vrai. Mais cela ne prouve pas qu’il en était ainsi à cause des manouvres de Ben Bella et du groupe de Tlemçen. Cela reste à prouver.
    NOUS AVONS UN DEVOIR DE RIGUEUR ET POUR LES CHIFFRES ET POUR LES ANALYSES.

    3)Le 26 mars 1962.

    Sur ce sujet, il n y a pas de décrochage par rapport à l’Histoire. Pas de chiffres extravagants non plus. Ceci est dû à la pondération et à la maturité des deux dirigeants qui s’occupent de la commémoration. La nécessité de la rigueur ne leur a pas échappé.
    Je regrette seulement que ne soient pas davantage diffusés les importants éléments de l’enquête que mena, en son temps feue Francine Dessaigne. Ses contacts avec les officiers généraux qui avaient vécu les événements dans l’entourage d’Ailleret sont très importants sur le plan historique. Les archives qu’elle a consultées, son propre Fonds Dessaigne déposé à Vincennes et ouvert à tous, sont un trésor pour les historiens. Il faut le faire savoir.
    Trop des nôtres s’imaginent que la thèse gaulliste sur le 26 mars est absurde et qu’il ne faut pas perdre de temps à la réfuter. ERREUR !

    Le pouvoir attend qu’il n’y ait plus de témoins pour produire ses propres documents biaisés, notamment le rapport Garat de la gendarmerie.
    Ce dernier repose en particulier sur la photo d’une volkswagen criblée de projectiles. Selon les gendarmes, ces impacts prouveraient qu’il y a eu un tir de F.M. venant de la rue Lelluch. Or, nous avons fait faire une contre-expertise balistique par un expert près les tribunaux. Elle ne valide absolument pas la thèse Garat. IL FAUDRAIT EN PARLER LARGEMENT.
    Ne faisons pas de la contre-propagande, faisons de l’HISTOIRE !!!!

Des chiffres et des lettres

A différentes reprises, des discussions voire des contestations sévères ont pu se produire dans la communauté des français d’Algérie au sujet du chiffre de nos compatriotes enlevés après « le cessez-le-feu » du 19 mars 1962 ou de celui de nos compatriotes harkis massacrés par le F.L.N. le problème des harkis sera abordé ultérieurement dans une autre étude. Je ne reprendrai pas ici les nombres contestables qui ont circulé et circulent encore. Je veux simplement indiquer ceux qui me paraissent les plus crédibles et pourquoi.
Ma recherche a commencé il y a une trentaine d’années. J’ai consulté les archives de la Croix-Rouge, celles du Service Historique de la Défense et celles du Quai d’Orsay ainsi que différents fichiers privés. Depuis 1985, je me tiens aux côtés de familles et d’associations de disparus pour les aider, dans la mesure de mes moyens, à faire valoir leurs droits et faire connaître à une opinion publique française indifférente ou hostile la réalité de ce qui s’est passé.
Sans polémiquer avec quiconque, sans ajouter aux divisions et dans le simple but de rechercher la vérité, je dirai ici ma position sur ce problème complexe. Ceci fera l’objet de plusieurs contributions et études successives. Véritas liberabit vos
Y A-T-IL EU 25 000 EUROPEENS ENLEVES APRES « LE CESSEZ-LE-FEU» du 19 MARS 1962 ?

En matière de chiffres, il faut faire une distinction entre les statistiques basées sur des recherches ou des décomptes plus ou moins officiels et les évaluations. Ces dernières sont parfois rendues nécessaires par l’absence d’enquêtes ou de recensement précis. Tel est le cas pour le massacre des harkis ; nous traiterons ce problème ultérieurement.
En ce qui concerne nos compatriotes disparus, il existe des statistiques et des décomptes émanant des services de l’Armée et des services diplomatiques. La Croix-Rouge a également traité un certain nombre de dossiers, mais de manière limitée et dans un but précis. Enfin, des associations comme l’ADDFA, Association de Défense des Droits des Français d’Algérie, ou l’ASFED, Association de Sauvegarde des Familles et Enfants de Disparus, ont établi des listes de disparus. Des personnes privées possèdent des listes établies en 1962 et complétées ensuite de diverses manières (et de fiabilité variable ou incertaine en l’absence de confrontation avec le fichier central des Rapatriés ; confrontation actuellement en cours, semble-t-il).
Nous allons examiner les données fournies et les difficultés qui s’attachent parfois à leur examen. Une mention particulière sera faite in fine des confusions diverses répandues sur ce point dans nos milieux.
Pendant longtemps, le chiffre « officiel » des français enlevés en Algérie (par le F.L.N) pendant la guerre d’Algérie, et plus particulièrement après le 19 mars 1962, fut de 3018. Il résultait d’une communication faite le 24 octobre 1964 par Jean de Broglie, alors Secrétaire d’Etat aux Affaires Algériennes, devant les sénateurs. Plusieurs l’avaient durement interpellé sur ce point, dont Etienne Dailly.
Ce chiffre a été modifié récemment à la suite d’enquêtes menées dans les archives du Quai d’Orsay, par une équipe de fonctionnaires de l’ANIFOM en 2004, à la demande du Haut Comité aux Rapatriés. Il a été porté à 3846 après qu’aient été retrouvés, notamment à Nantes, des fichiers divers qui n’avaient pas fait l’objet d’un recensement.
Nous avons donc une série de chiffres qui se présentent grosso modo ainsi :

3018 disparus devenus ensuite 3 846 après vérification
4 635 noms dans un fichier détenu à titre privé par une famille de disparus.

+ 2000 personnes enlevées recensées, selon ses dires, par feu le capitaine Leclair, animateur de l’ASFED, lequel indiquait qu’à ses yeux, une recherche complète incluant les militaires enlevés et pas seulement les civils, ferait apparaître un total de quelque 5 000 enlevés.
On peut par conséquent, avancer que les listes dont on dispose et, les différents fichiers publics et privés situent le nombre des français enlevés en Algérie (principalement après le « cessez-le-feu ») dans une fourchette allant d’à peu près 4000 (3846) à 5000.
Il y a une quinzaine d’années, le chiffre de 25 000 personnes victimes d’enlèvements se mit à circuler dans le milieu des « Rapatriés » d’Algérie. Ce chiffre, était de 5 à 8 fois plus élevé que ceux que l’on connaissait jusqu’alors. Rapporté à une population d’environ 1 000 000 de pieds-noirs, il équivalait à 2,5% de l’ensemble. Et même plus, si l’on considère qu’au 19 mars 1962, il n’y avait plus en Algérie que 850 000 pieds-noirs.
Rapporté par comparaison à une population de la France métropolitaine d’environ 50 millions d’habitants en 1962, il eût été l’équivalent d’un million 250 000 personnes enlevées, soit une proportion voisine des pertes de la Première Guerre Mondiale.
Un tel chiffre attirait l’attention et aurait dû appeler au minimum quelques justifications. Il apparut rapidement qu’il avait été fourni par le Ministère des Rapatriés alors dirigé par André Santini, en réponse au questionnaire d’une Association.
La provenance de cette réponse incita certains à penser que le Ministère « savait de quoi il parlait » jamais aucune justification ne fut pourtant fournie à l’appui de ce chiffre extraordinaire-ment élevé. Différents commentateurs le reprirent sans la moindre contestation, tandis que d’autres affichaient un scepticisme légitime.
Ce chiffre reposait-il sur des données fiables ? Reposait-il au contraire sur la probable erreur d’un scribouillard du Ministère peu au fait du problème ? Une démarche simple s’imposait : demander au Ministre André Santini de confirmer ce chiffre donné par le collaborateur d’un de ses services. C’est ce que nous fîmes par une lettre du 8 octobre 1994. Nous demandâmes simplement au Ministre s’il confirmait le chiffre de 25 000 de nos compatriotes enlevés durant le conflit, principalement après le 19 mars 1962.
Le Ministre ne le confirma aucunement. Il reprit, pour l’essentiel, les chiffres donnés au Sénat en 1964 par Jean de Broglie. C’est ce que montre sa lettre ci-après :[attachment=39:lettre1p.jpg]

La cause paraissait donc entendue. A ceci près que, quelques années plus tard, André Santini, en personne cette fois, et non plus un de ses sous-fifres, relança la confusion Parlant de nouveau des pieds-noirs enlevés en Algérie dans un article portant sa signature, (quoique sans doute rédigé par un de ses porte-plumes, compte tenu des m�?urs parlementaires), paru dans le Figaro du 10 juin 2000, il reprenait le fameux chiffre de 25 000 personnes enlevées. Ce faisant, il semblait conforter ce nombre et la position de ceux qui l’utilisaient. Monsieur Santini ne se souciait guère en l’occurrence de vérité historique ou d’exactitude comptable. Son but comme celui de la plupart des politiciens était de flatter la clientèle électorale en faisant mine de souscrire à ses revendications. Puisque d’aucuns en tenaient pour 25 000, va pour 25 000. D’ailleurs, n’y avait-il pas un autre responsable d’association qui affirmait quant à lui, qu’il y avait eu 50 000 enlèvements ?
Quand se tient la folle enchère, il n’y a plus lieu de s’arrêter.
Pour notre part, il ne nous restait plus qu’à redemander à l’ancien Ministre de s’expliquer.
Comme il ne répondit pas à la première lettre, je lui en adressai une seconde, rédigée en ces termes :
[attachment=40:lettre2p.jpg]
A cette lettre, l’intéressé répondit dans les termes flous et embarrassés ci-après :
[attachment=41:lettre3p.jpg]
Conclusion générale :
Aucun historien digne de ce nom ne pourrait prendre au sérieux, les informations pour le moins erratiques transmises par l’ex-ministre. Il a beau avoir été à la tête du Ministère des Rapatriés, sa contribution à l’histoire des dernières phases de la Guerre d’Algérie est sans valeur.
De toute manière, les archives sur ce point dépendent pour l’essentiel du Ministère de la Défense et du Ministère des Affaires Etrangères. C’est là que des recherches ont été faites. Elles ont permis de mieux connaître et d’affiner le chiffre des enlèvements. D’autres recherches continuent.
Des investigations menées dans le fichier central des Rapatriés permettront en particulier, de mieux connaître le nombre des personnes libérées et des personnes retrouvées. Jusque là, le maniement de chiffres inconsidérés, relèvera de la plus maladroite des propagandes.

La Bataille d’Alger : Torture et Terrorisme

Il y a cinquante ans en pleine guerre d’Algérie, se livrait dans la capitale de ce pays, ce qu’on appela ensuite La Bataille d’Alger.

Cette Bataille s’est terminée par une victoire de l’Armée Française sur ce qu’il est convenu d’appeler le terrorisme. C’est donc un événement d’une grande portée historique. Soyons clairs cependant. Si nous avons choisi d’en parler ce soir, ce n’est pas dans l’esprit de commémorer cette bataille, mais dans celui de tirer des enseignements de ce qui s’est passé alors.

Ce que l’on appelle le terrorisme est en effet devenu aujourd’hui un phénomène planétaire. New York, l’Espagne, Londres, la France, l’Indonésie, Djerba en Tunisie, Dar-es-Salam en Tanzanie, Kaboul en Afghanistan, voici quelques uns des lieux où se sont déroulés ces dernières années, des attentats terroristes importants, graves par le nombre des victimes et leurs conséquences. Ceci justifie donc amplement l’adjectif planétaire que je viens d’utiliser.

Or, les problèmes que pose aujourd’hui la lutte contre le terrorisme, les objectifs de celui-ci. La tactique et la stratégie de ceux que l’on peut appeler les terroristes, tout cela rappelle énormément ce qui s’est passé en Algérie il y a un demi-siècle. A vrai dire, le terrorisme en Algérie et cette Bataille d’Alger dont je parle furent l’ébauche, la représentation à une échelle moindre de ce qui se passe aujourd’hui (comme disent les Anglais in a nutshell) , dans une coquille de noix, en miniature, si l’on veut, encore que pour ceux qui les subirent, les souffrances infligées par le terrorisme, n’aient rien eu hélas de miniaturisé.

Ce court exposé introductif commandera donc le plan que je vais suivre dans cette conférence.

  • Qu’est-ce que le terrorisme ? Que faut-il entendre par ce terme ? Car une confusion délibérément entretenue sévit à ce sujet. Quels sont ses formes, ses buts, et ses méthodes ?
  • Quel fut exactement le déroulement de la Bataille d’Alger ? Quand a-t-elle commencé ? Quand s’est-elle terminée ? Quels moyens utilisa notre Armée ? Bien entendu, à ce stade se posera le problème de l’utilisation de la torture et nous n’éviterons pas de traiter cette question, dans son intégralité. Nous aborderons à cette occasion l’analyse des différentes positions s’étant manifestées chez les chrétiens de l’époque, les conflits qui s’en sont ensuivi. Là aussi, nous essaierons modestement d’en tirer quelques leçons, si faire se peut, pour l’avenir.
  • Dans une 3ème partie qui débouchera sur notre conclusion nous verrons comment la fin de la Guerre d’Algérie a entraîné un certain nombre de conséquences graves. Nous nous poserons donc la question, aujourd’hui interdite dans les médias, de savoir si la fin du conflit algérien n’a pas allumé, ou contribué à allumer le redoutable incendie qui commence à consumer la planète et que les thuriféraires du chef de l’Etat d’alors ont présenté à l’inverse comme destiné à l’éteindre pour reprendre une autre image, nous nous demanderons si une nouvelle barbarie, de nouvelles ténèbres ne gagnent pas actuellement ce monde rongé tout à la fois par le relativisme moral et la violence.

    1/ Qu’est-ce que le terrorisme ?

    Cette histoire a commencé, pour moi aussi, il y a cinquante ans. Permettez-moi de déposer un instant mon manteau d’historien et de rappeler un souvenir personnel. Souvenir qui fut pour moi le début d’une longue aventure qui ne s’est jamais terminée depuis, et qui me conduit indirectement devant vous ce soir.

    Je me rendais au lycée ce matin-là et je passais sur la Place du Gouvernement à Alger,aujourd’hui Place des Martyrs. Des soldats français avaient établi un cordon de sécurité et je vis derrière eux un musulman qu’ils venaient d’abattre lors de la reconstitution d’un attentat. C’était la première fois de ma vie que je voyais un homme mort de mort violente [certes pas la dernière hélas] et ceci m’a naturellement marqué. Je me rappelle que l’homme avait deux trous rouges, non pas au côté, comme le dormeur du Val de Rimbaud, mais à la place du coeur. Ce qui m’a frappé alors c’est qu’il n’y avait pas de sang à terre. Rien qui rappelle ces flots de peinture rouge que l’on voit dans les films policiers. Passons.

    Et plus tard, en réfléchissant à cette scène, je me suis souvent dit qu’elle était typique de ce que fut la Guerre d’Algérie. Un homme jeune qui avait lancé des bombes. Une tentative de fuite, des militaires qui l’abattent. Des magistrats trop épris de formalisme juridique, ayant imposé une reconstitution comme en temps de paix, alors que nous étions en guerre civile, un soleil éclatant sous un ciel très beau, dans un pays magnifique, des actes terroristes très laids, une mort très basse, une tragédie horrible dans un décor somptueux un peu comme si une sorte de malédiction pesait sur ce territoire.

    Depuis cette date, j’ai toujours considéré le terrorisme comme le fléau de notre époque et je dois dire que les événements qui se sont enchaînés ensuite ne m’ont guère porté à changer d’avis. Venons-en à la question clé : Qu’est-ce que le terrorisme ?

    Lors de la 2ème guerre mondiale, en France occupée tout particulièrement, on a souvent appliqué l’étiquette infamante de « terroristes » aux gens qui luttaient contre le nazisme et les armées du 3ème Reich. Les résistants français furent souvent décrits comme tels sous l’Occupation et une certaine confusion en a résulté car, aujourd’hui, divers mouvements ou partis politiques veulent nous présenter comme résistants des gens qui ne sont en fait que de vulgaires terroristes. Alors où est la frontière entre les 2 ?

    Disons d’abord où elle n’est pas. Elle n’est pas entre ceux qui luttent pour l’Indépendance nationale et qui, ainsi, seraient ipso facto des résistants, et les autres. Ca c’est le point de vue de la gauche anticolonialiste. En d’autres termes, on n’est pas résistant en fonction des buts que l’on poursuit, si nobles, si élevés qu’ils puissent paraître en théorie. La frontière entre le terrorisme d’un côté et la Résistance de l’autre se situe au niveau des cibles visées.

    Le résistant à l’oppression peut utiliser des moyens violents et illégaux, comme un terroriste. MAIS il vise exclusivement l’Armée, ou la police, ou encore les responsables civils de cette oppression.

    Le terroriste utilise lui aussi des moyens violents et illégaux. MAIS s’il lui arrive de viser l’Armée et la Police oppressives [ou tenues pour telles, car il y aurait beaucoup à dire sur la notion d’oppression] il vise tout autant et parfois, bien plus souvent, et délibérément, la population civile, sans épargner les femmes, les enfants, les vieillards. Bref, le terroriste frappe indistinctement des civils n’ayant pas de responsabilité dans la politique qu’il combat. Le fer de lance de sa lutte ne vise pas des responsables, mais des innocents, souvent sans autre motivation que le caractère ethnique ou religieux différent de la population civile frappée par les attentats.

    Prenons des exemples pour fixer les idées :

    Lorsque Fabien abat un officier allemand dans le métro parisien en France occupée, c’est un acte de Résistance. Je n’entre pas dans la question de savoir s’il était opportun d’user de cette méthode, à ce moment-là, si le parti communiste n’a pas joué un jeu dangereux à l’époque, entraînant des prises d’otages parmi les Français etc�?� le cycle attentat �?? répression etc�?� Ce débat n’a pas sa place ici. A mes yeux, toutefois ce n’est pas un acte terroriste c’est un acte de résistance. Opportun ou inopportun dans sa forme, on en a discuté, on en discute encore.

    Lorsque des tueurs d’Al Qaida font sauter un train à Madrid, tuant des dizaines de banlieusards espagnols se rendant à leur travail, c’est un acte de terrorisme.

    Les résistants français ne s’en sont pas pris aux banlieusards allemands, c’est donc une méthode et un esprit différent qui les animaient.

    En Algérie, le Front de Libération Nationale, durant le conflit algérien, s’en est pris à plusieurs reprises à des civils européens innocents, c’était du terrorisme. Je m’empresse d’ailleurs d’ajouter qu’il s’en est aussi pris très souvent à des civils musulmans totalement innocents. Il y eut aussi le massacre de Mélouza, action terroriste type de Kabyles massacrant des Arabes. Je vous renvoie pour les détails au numéro de mai-juin de la Nouvelle Revue d’Histoire.

    Tout le monde a entendu parler du massacre des harkis, massacre frappant des gens engagés aux côtés de l’Armée française mais au mépris des Accords signés.

    Venons en donc au terrorisme pendant la Bataille d’Alger.

    2/ Le déroulement de la bataille : Enjeux et chronologie

    La chronologie est reine en Histoire.

    Dans le sujet qui nous occupe, elle est capitale car selon le moment où l’on fait débuter la bataille d’Alger, on peut fausser complètement l’idée de la responsabilité des poseurs de bombes.

    Le Film de Pontecorvo (1) – La Bataille d’Alger �?? fait démarrer l’enchaînement fatal des attentats à un attentat contre-terroriste commis par des Européens en août 1956. C’est là une manipulation. CAR s’il y a bien eu un attentat commis par des Européens dans la Casbah contre des civils musulmans c’était un attentat contre-terroriste. C’est-à-dire qu’il répondait à des actes terroristes précédemment commis par le FLN. Pontecorvo fausse les choses en dissimulant ce point. Je m’empresse de dire que je ne pense pas que, pour autant, l’acte contre-terroriste commis par des policiers européens dans la Casbah se justifiait. Frapper des civils innocents, était une erreur, puisque c’était copier les méthodes de l’adversaire.

    Je ne sais pas si nous aurons la possibilité de parler de cela, mais la méthode la plus efficace pour neutraliser le terrorisme c’est de frapper ceux qui le financent. C’est notamment l’enseignement de la lutte contre le terrorisme au Maroc à l’époque du protectorat. Les exécutants doivent être frappés également bien sûr. Mais frapper une population aveuglément parce qu’elle est de la même ethnie que les terroristes, c’est reproduire en creux, la même faute que ces derniers.

    Revenons-en à la chronologie. Faire débuter la Bataille d’Alger le 10 août 1956, comme Pontecorvo, est une manipulation de l’Histoire.

    La décision de faire débuter la Bataille tel ou tel jour comporte une part d’arbitraire. Pour ma part, je fais remonter le début de cette Bataille au 19 juin 1956. Ce jour-là dans la prison Barberousse à Alger, deux militants du FLN, condamnés à mort par un tribunal, furent exécutés. La décision de les exécuter a été signée par F. Mitterrand alors Ministre de la Justice.

    Tous les deux ont été pris les armes à la main par notre Armée. Ils s’appellent Zabana et Ferraj. Tous les deux sont enterrés en Algérie au cimetière des martyrs.

    L’un d’eux a participé au massacre d’une famille européenne le 25 février 1956. Toute la famille a été mitraillée, une fillette de 8 ans a été délibérément tuée et même, je crois, achevée.

    En représailles de cette exécution le FLN décide de lancer ses tueurs contre la population européenne, l’ordre est donné d’abattre tout Européen mâle au-dessus de 18 ans (en principe femmes et enfants doivent être épargnés) et jusqu’à 54 ans).

    Dans la pratique, quand les groupes du FLN se mettent à poser des bombes, dans les cafés, dans les stades, dans les moyens de transport, sur les marchés, les explosifs tuent indistinctement hommes, femmes, enfants. Quand on lance des grenades sur les boulodromes, on a toute chance d’y tuer des personnes âgées et des retraités.

    Le 20 août 1956, le FLN tient un congrès clandestin en Kabylie. C’est le Congrès de la Soummam. Il définit sa doctrine de guerre et décide d’amplifier la lutte dans les grandes villes d’Algérie. Il ordonne d’accroître les attentats contre les civils et prépare une grève générale.

    Le FLN a remarqué en effet qu’un attentat dans la capitale a plus de portée internationale que 10 opérations militaires dans l’intérieur du pays.

    Le 30 septembre 1956 en fin d’après-midi. Le chef des commandos terroristes d’Alger, Yacef Saadi, utilisant les services de jeunes femmes musulmanes, aux physiques peu orientaux et passant pour des Européennes donc, fait placer des bombes dans les principaux cafés du Centre ville notamment le Milk-Bar et la Cafétéria

    Voir Bilan : 3 morts (3 enfants), des dizaines de blessés (douze personnes furent amputées). Aujourd’hui, les explosifs sont beaucoup plus puissants. En Irak, par exemple, il peut y avoir 30 à 100 morts par jour et plus.

    Le 22 octobre 1956 un avion civil allant du Maroc en Tunisie et transportant les chefs de la délégation extérieure du FLN est arrêté au-dessus d’Alger et les 5 dirigeants du Front emprisonnés. Cet arraisonnement, pour spectaculaire qu’il soit, n’a qu’un effet psychologique : il montre la détermination des autorités françaises. Sur le terrain, les 5 hommes arrêtés n’ont aucune influence et les attentats continuent.

    Après des péripéties diverses que je ne peux toutes exposer ici. Le FLN décida de déclencher une grève générale des Musulmans dans toute l’Algérie pour le début de 1957. Il s’agissait alors que s’ouvrait la session annuelle de l’ONU consacrée à l’Algérie de démontrer que le peuple algérien soutenait le FLN et sa revendication d’indépendance.

    Le 7 janvier 1957, le Ministre Résident en Algérie décidait d’investir le général Massu alors placé à la tête de la 10ème D.P. des pouvoirs de police dans la ville d’Alger. La 10ème D.P. avait été choisie car c’était une division d’élite ayant remporté de nombreux succès militaires contre les maquis FLN. Désormais, elle allait lutter contre le terrorisme urbain.

    Le 8 janvier un européen communiste rallié au FLN Yveton ayant posé des bombes à l’usine à gaz d’Alger fut exécuté à Barberousse.

    La description de la Bataille d’Alger a été faite dans de nombreux livres. Je rappelle les faits marquants. Le 28 janvier 1957 ce fut le début de la grève générale. La grève fut brisée par des moyens énergiques : devantures des magasins fermés arrachées, fonctionnaires et employés publics conduits au travail manu militari. Un des plus importants chefs FLN Ben M’Hidi fut arrêté dans la Casbah. Le reste des dirigeants FLN s’enfuit en Tunisie.

    Le 24 septembre 1957, après des mois d’attentats et de recherches par les parachutistes l’organisation FLN d’Alger fut démantelée. Yacef Saadi le chef des réseaux et Zohra Drif une des principales poseuses de bombes furent arrêtés. Le 8 octobre Ali le Pointe un des derniers chefs terroristes d’Alger fut abattu par les paras du 1er REP, je crois.

[size=4]Le problème de la torture[/size]

J’aborderai ce problème uniquement en historien.

Je constate que, à l’époque récente, l’église universelle comme l’Eglise de France ont condamné, à maintes reprises, la torture.

J’ai sous les yeux le discours de Pie XII, en date du 30 octobre 1953, prononcé au VIème Congrès International de Droit Pénal. La condamnation est sans équivoque. La torture lèse un droit naturel même si l’accusé est réellement coupable.

Comment ? Dans quelles conditions ? Le problème de la torture s’est-il posé dans la Guerre d’Algérie ?

D’abord, – il est inutile de tourner autour du pot, – la torture fut pratiquée dans certaines unités de l’Armée française. Pas par toutes. A partir de 1957, la responsabilité des interrogatoires fut transférée à des organismes spécialisés, les DOP composés de gens formés, ce qui avait pour objectif de limiter cette pratique et également d’éviter les décès dus à une utilisation débridée de ces méthodes. L’efficacité de cette mesure est difficile à apprécier. Elle a été contestée.

Il est inexact de dire que la pratique de la torture était systématique et répandue sur tout le territoire algérien. Il est plus encore de dire que tous les Algériens, en tant que population, étaient systématiquement visés comme l’affirme de manière inexacte R. Branche dans son livre.

Tout au contraire, un important document de la Croix Rouge montre, après enquête, que seuls 20 % des détenus algériens de l’Armée française se plaignaient de cela. (Voir Maurice Faivre. Le renseignement dans la Guerre d’Algérie. Ed. Lavauzelle p.143).

Ajouter qu’ils (les militants FLN) avaient ordre de s’en plaindre plus ou moins systématiquement.

Ceci dit : si vous avez entendu parler de la villa Sésini ou de la ferme Améziane, ces lieux ont existé. Ce ne sont pas des créations de la propagande.

Comment se fait-il que la torture ait pu être pratiquée par des soldats d’un pays très anciennement civilisé, chrétien etc… ? Il convient de dire immédiatement qu’on ne peut poser le problème exclusivement en ces termes.

Ce sont ceux de la gauche de l’époque, chrétienne et pas chrétienne, réunie dans la condamnation de la torture en Algérie. Mauriac, Sartre, Louis Martin Chauffier, Pierre-Henri Simon, Vidal-Naquet, Jean Ellul, Paul Ricoeur. J’en oublie.

Dénoncer la torture sans parler du terrorisme est une escroquerie intellectuelle.

Dénoncer la torture sans parler de la guerre subversive également.

Voyons donc comment se pose le problème concrètement.

Vous êtes officier, capitaine par exemple, responsable de vos hommes, responsable d’un secteur ou d’un sous-secteur. Un jour un soldat et des civils sont abattus par un terroriste qui lance une bombe dans un café.

Vous enquêtez, nous recherchez le coupable, et vous vous heurtez au mutisme de la population ; car elle a peur.

Si vous arrêtez néanmoins l’exécutant, il va passer plusieurs mois ou années en prison certes, puis il sera ou ne sera pas jugé et finira un jour libéré, car la guerre ne peut durer toujours et que l’amnistie ou telle mesure de clémence va poindre. Le terroriste, lui attend, tranquillement la fin de toute cette agitation. Il ne craint guère la justice d’un pays démocratique. A ce compte-là, les apprentis terroristes ont vite fait de proliférer et vos hommes comme les civils du lieu tombent dans d’autres attentats. Le système pénal ordinaire n’est pas dissuasif en guerre civile.

Dans Alger, en 1957, les cafés, les transports en commun, les stades furent la scène d’attentats effroyables, comme je l’ai dit, tuant et mutilant des femmes et des enfants. Ne pas réagir eût été manquer à la mission de maintien de l’ordre. Ne pas combattre la lèpre du terrorisme eût été capituler. Car certains dans ce cas poussent à la négociation avec les poseurs de bombes et leurs mandants.

En effet, le terrorisme n’est pas une forme de guerre classique. Dans la guerre classique, on cherche à détruire les forces de l’adversaire. La guerre mondiale, avec l’Allemagne du moins, a pris fin quand son potentiel militaire a été réduit drastiquement.

Le terrorisme ne cherche pas à détruire les forces de l’adversaire, il cherche à intimider et à détruire le courage de l’adversaire. Cessez de réprimer , négociez leur suggérera-t-il ensuite. Sans cela, ce sera le chaos. Et c’est effectivement le chaos. Voir Baghdad aujourd’hui. Voir Alger en 1957. Des dizaines de morts et de blessés tous les jours, des amputés par dizaines. Parmi eux des enfants.

Ou vous négociez ou vous relevez le défi et vous décidez de démanteler les réseaux de poseurs de bombes.

Et c’est là que reparaît le problème de la torture. Car pour démanteler les réseaux de la terreur, il faut des renseignements. Les renseignements s’obtiennent par des interrogatoires et dans la situation de 1957, cela voulait dire interrogatoires musclés.

Et c’est là qu’apparaît le problème. Et quel problème !

Vous êtes chrétien cela vous répugne : Pourquoi ? Parce que le torturé n’est pas un légume, c’est un homme créé par Dieu à sa ressemblance et à son image. Problème. Mais l’Armée, elle, sa hiérarchie du moins, n’est pas chrétienne, il y a certes des chrétiens parmi les officiers, mais c’est une armée laïque d’un pouvoir républicain. Alors ? Bref. Chacun l’aura compris, il n’est pas toujours facile d’être soldat et bon chrétien. Ce ne l’a pas été durant la guerre d’Algérie. Vadimir Volkoff a écrit à ce sujet un roman remarquable qui s’intitule Le tortionnaire. Je vous y renvoie.

Pour un certain nombre de gens, la lutte contre le terrorisme, justifiait l’emploi de la torture compte tenu de l’horreur du terrorisme et de la nécessité du renseignement. Globalement, ce fut la position des hommes qui dirigeaient alors la France, Guy Mollet, François Mitterand à Paris, Robert Lacoste, tel préfet à Alger, ont assumé le recours à la torture, dans les faits. Plus tard, des années plus tard et selon une pratique habituelle en démocratie, les militaires, les généraux Massu et Bigeard furent désignés comme des boucs-émissaires. Ce n’est jamais la faute des politiques, c’est toujours la faute des militaires.

Condamner est facile mais que faire ? Comment agir ? Les dirigeants, eux, nous, chacun d’entre nous dans ces circonstances ? L’expérience montre que nul ne peut prévoir ce qu’il ferait. Le mal commis par les terroristes est horrible; la torture est horrible. Il y a là un dilemme. Faut-il replier le drapeau et partir sans combattre ? Faut-il ne combattre qu’avec des méthodes pures et impeccables ? Oui. Mais lesquelles ?

Certains ont pu avancer que dans des circonstances de crise lorsque l’étau du terrorisme se referme sur une ville, la torture devient un moindre mal.

Le problème s’est posé avec Yveton, ce militant communiste s’apprêtait à faire sauter l’usine à gaz d’Alger. L’attentat fut déjoué par ses collègues.

MAIS, il avait remis une autre bombe à une autre militante communiste, libre elle, qui pouvait la faire sauter n’importe où dans Alger. Certains voulaient donc torturer Yveton pour lui faire avouer où se trouvait la seconde bombe.

En définitive, la 2ème bombe fut retrouvée sans qu’il ne fût torturé, mais il s’en était fallu de peu.

Un ecclésiastique, le RP Delarue qui était l’aumônier du 1er REP, fit une déclaration remarquée à ce sujet. Il affirma que dans ce cas, il fallait torturer pour faire parler le poseur de bombes. Ceci émut évidemment considérablement en France et en Algérie.

Date de l’intervention du RP Delarue ? 10 février 1957.

Bien sûr il s’agit là d’un cas d’école et nous ne tomberons pas dans l’angélisme. Parfois aussi, les gens torturés n’étaient que des suspects. Non pas suspects de lancer des bombes, mais suspects de connaître quelqu’un qui pourrait connaître quelqu’un, qui connaîtrait des poseurs de bombes. La dérive en la matière est très rapide.

La condamnation absolue de la torture quand des bombes explosent tous les jours est aussi malaisée que délicate.

La justification de la torture par la nécessité de contrer le terrorisme n’est pas facile à accepter non plus.

Il faut noter la contribution qu’apporta il y a un demi-siècle l’abbé de Nantes à la clarification de ce problème publiée en 1957 sous le titre Morale et Torture dans une revue qui s’appelait L’ordre Français. C’est un personnage par ailleurs controversé, je le sais bien. Mais, n’entrons pas dans des débats secondaires.

Je résume ici ses arguments tout en nuances.

Après avoir dénoncé le lobby d’intellectuels français qui avait fait de la dénonciation de la torture son fonds de commerce, dans le seul but de discréditer l’Armée française :

  • Il rappela que les obligations morales et religieuses doivent toujours être rapportées aux situations concrètes, et à la recherche du bien des personnes.
  • La recherche du salut commun de l’humanité peut en certaines circonstances primer. La vie humaine consiste le plus souvent à choisir le meilleur bien ou le moindre mal. Les dénonciateurs de la torture cherchent à donner mauvaise conscience aux peuples civilisés.
  • A propos de la torture, il faut donc examiner les intentions diverses �?? les conditions concrètes.

    La torture consiste à faire souffrir sciemment et beaucoup (des gifles, une violence mineure, des privations mesurées ne sont pas de la torture).

  • En cas de sadisme – à rejeter à condamner.
  • Créer un climat d’horreur, exemple : des chrétiensfurent torturés récemment en Turquie, le but est de dissuader ceux qui voudraient les imiter. Le FLN en Algérie : couper les lèvres ou le nez des fumeurs ou des buveurs d’alcool �?? à condamner. Il s’agit alors d’inspirer l’horreur à l’adversaire, de l’effrayer.
  • Recherche de Renseignement �?? dans ce cas la torture peut selon l’abbé de Nantes être justifiée. « Instrument de combat inhumain elle peut être l’instrument désespéré du Droit contre la force matérielle brutale », je cite. Je cite encore : « On ne saurait proscrire la torture si cette condamnation théorique n’a d’autre effet pratique que de livrer le monde pacifique et civilisé au barbare et au violent ». Abbé de Nantes p.60
  • Il ajoute : On évitera de juger la torture bonne ou exécrable selon qu’elle s’exerce dans le camp de nos concitoyens et amis ou dans celui de nos adversaires. La recherche du renseignement par la torture oblige l’homme supplicié à révéler ce qu’il sait pour éviter de souffrir. Ce procédé précise l’Abbé de Nantes est extrêmement efficace, il est cependant odieux, ajoute-t-il aussitôt.

    « Il reste, je cite, un moyen immoral d’une guerre immorale. »

    Mais il peut, dit l’Abbé, devenir indispensable dans certaines circonstances.

    Pour remplir son devoir primordial de sauvegarde de l’ordre pacifique, de la vie et des biens des personnes, l’Etat a le droit strict et le devoir de tout tenter pour obtenir de celui qui sait, les renseignements nécessaires à la répression.
    L’Abbé de Nantes s’empresse d’ajouter que cette justification ne peut s’attacher qu’à une nécessité supérieure. Seules de très hautes urgences, des devoirs sacrés peuvent jouer ce rôle.

    Même justifiée selon ce principe la torture demeure un moyen dangereux qui peut rapidement se dégrader et souiller le pouvoir qui en use.

    Le recours doit être ultime . Il ne peut être qu’appliqué dans des limites précises pour un temps assez bref dans un plan d’accélération de la lutte vers une prompte issue.

    « Pour un chrétien, la torture ne sera jamais un moyen normal de combat�?�.. » conclut-il.

    Mon opinion

    La torture peut neutraliser des terroristes mais elle en crée d’autres. Camus l’a bien vu

    Recherche du rensgt aujourd’hui peut encore nécessiter l’emploi d’une contrainte physique mineure. Mais d’autres méthodes sont à privilégier.

    Utilisation de la ruse a permis de grands succès �?? bleuite �?� intoxication, pendant le conflit algérien. Elle évite d’user de moyens répugnants.

    Corruption de l’adversaire lorsqu’il est vénal; un moyen immoral mais qui peut s’ordonner à une fin militairement souhaitable.

    Combinée avec contrainte réduite sur les prisonniers, mais dans le cadre des grandes lois internationales.

    Ambiguïté des professionnels de l’anti-torture.

    Tous ceux dont j’ai cité le nom tout à l’heure comme des dénonciateurs de la torture doivent être présentés dans toute l’ambiguïté qui fut la leur. Ils furent des dénonciateurs de la torture pratiquée par des militaires français.

    Or, la torture fut pratiquée par tous les protagonistes de la guerre d’Algérie. Aussi par le FLN évidemment. Les hautes consciences précitées se turent lorsque les victimes se situaient dans l’autre camp que la rébellion et que les bourreaux étaient membres de Armée de Libération Nationale ou du FLN. Egalement lorsque les torturés étaient des membres de l’OAS ou des Pieds-Noirs suspectés de l’être.
    Or, les tortures et les massacres perpétrés par le FLN ne sont pas de petits événements annexes de l’histoire du conflit algérien.

    Citons en quelques-uns :

    20 août 1955, massacre d’Européens à Philippeville, à El Halia, Aïn-Abid et autres lieux : les victimes sont tuées souvent après d’horribles supplices.

    27 mai 1957, massacre de Mélouza. Un village peuplé de paysans messalistes (expliquer) est massacré. (Voir NRH de mai �?? juin 2007).

    A partir du 17 avril 1962 des milliers d’Européens sont enlevés par le FLN.

    Selon les enquêtes les plus récentes 3 856 européens ont été victimes de rapts. La plupart furent torturés;1253 d’entre eux sont portés disparus encore à ce jour. Beaucoup sont morts dans d’horribles souffrances.

    A partir de la même date et plus encore après la proclamation de l’Indépendance, les harkis, c’est-à-dire les supplétifs musulmans de l’Armée Française, et nombre de ceux qui à un titre ou un autre, avaient servi les autorités françaises seront victimes par dizaines de milliers de tortures et de massacres abominables.

    Sartre, Mauriac, Martin du Gard, PH. Simon resteront silencieux. Le Nouvel Observateur se taira. Jean Daniel, grand pourfendeur de l’Armée française et de la torture, se taira. Quarante années plus tard, il reconnaîtra ses torts et demandera, un peu tard, pardon aux harkis.

    Tous ces gens auront ainsi révélé le fond de leur pensée : leur préoccupation n’était pas de combattre la torture et de défendre les Droits de l’Homme, elle était de gêner et de nuire à l’Armée française. Ils pensaient servir ainsi la cause de l’émancipation du peuple algérien.

    L’objectivité m’impose de dire cependant que Vidal-Naquet récemment disparu dénonça dans le Monde en novembre 1962, le massacre des harkis. Dénonciation demeurée, unique en son genre et sans lendemain. (Comme il avait dénoncé la torture contre l’OAS)..

    Le massacre des harkis fut dénoncé le plus souvent par d’autres intellectuels et d’autres journaux : La Nation Française de Pierre Boutang. Joseph Folliet. Gabriel Marcel. Maurice Allais, Prix Nobel d’Economie, Philippe Tesson dans Combat.

    Pas par Sartre, pas par Mauriac, pas par P.H. Simon.

    3/ La fin de la Guerre d’Algérie et l’encouragement donné au terrorisme dans le monde entier

    Le Général De Gaulle a souvent affirmé qu’il ne négocierait pas avec le FLN et qu’il ne lui remettrait pas l’Algérie, clefs en mains. C’est pourtant ce qu’il fit « Moi vivant, jamais le drapeau FLN ne flottera sur Alger » avait-il dit. C’est pourtant ce qui se produisit.

    Je ne reviens pas sur les détails qui conduisirent à cette fin sans gloire. Le référendum d’autodétermination qui eut lieu en Algérie, le 2 juillet 1962, et la proclamation de l’Indépendance du pays le 3 juillet 1962 furent accueillis par beaucoup de Français de l’époque avec ce qu’il faut bien appeler « un lâche soulagement ».

    A en croire la propagande officielle : désormais le problème algérien était résolu. Le boulet était détaché. Cette boîte à chagrins, cette boîte à scorpions dont parlait le Général à son mémorialiste Alain Peyrefitte, était remisée au loin. Le noeud gordien était tranché. Le cancer opéré, la tumeur enlevée.

    Eh bien non !

    Le problème algérien est toujours là �?? comme nous allons avoir l’occasion de nous en rendre compte hélas, si une troisième guerre civile se déclenche dans ce pays d’outre méditerranée.

    Et le terrorisme lui, est toujours là plus puissant que jamais.

    Chassé par la porte, il est revenu par la fenêtre dix fois plus fort.

    Or, les Accords d’Evian, le pseudo référendum du 2 juillet, la capitulation devant des gens qui n’avaient d’autre légitimité que celle d’avoir mené �?? avec ténacité il est vrai �?? un combat violent, cruel, sans scrupule, tout cela fut un encouragement prodigieux pour tous les terroristes de la planète.

    Voyant comment, les terroristes algériens, ces gens longtemps traqués, combattus et justement vilipendés, finirent par s’asseoir à la table des négociateurs et par imposer leur loi, les apprentis terroristes du monde entier se sont dits : pourquoi pas nous ?

    Et la chronologie à cet égard est imparable : c’est tout naturellement au Moyen Orient cette plaie purulente au flanc du monde que le mouvement connut un premier essor.

    – – 1970 à peine 8 ans après la fin du conflit algérien apparaissent Septembre Noir et FDPLP.

    En 37 années, le monde islamiste est devenu la pépinière d’un terrorisme qui, aujourd’hui, a gagné la planète.

    Par un retour des choses prévisible, l’Algérie et peut-être demain le Maghreb tout entier �?? des pays qui ont plus que flirté jadis avec le terrorisme �?? vont se retrouver en butte aux méfaits et aux destructions de ce même terrorisme.

    Dans le long conflit mondial qui a débuté, les historiens retiendront peut-être un jour que les Accords d’Evian de 1962, furent à la guerre contre le terrorisme ce que Munich fut à la 2ème guerre mondiale.

    Jean MONNERET

Le livre blanc de l’armée française en Algérie – ouvrage collectif – Editions Contretemps 2002

Quarante ans après la fin de la guerre d’Algérie, l’armée française est aujourd’hui mise en accusation. Lancée par le parti communiste, soutenue par les anciens porteurs de valises, les professionnels de la repentance et leurs relais, une campagne de presse d’une violence inouïe vise à mettre au pilori ceux qui ont dû, dans des circonstances dramatiques, assumer la responsabilité du rétablissement de l’ordre face au terrorisme. A cette nouvelle offensive contre l’honneur de l’armée française, il n’est qu’une réponse, celle de la Vérité. C’est elle qu’ont cherché à retracer, dans sa complexité, les historiens, les journalistes et les témoins de l’époque qui se sont associés, à l’initiative d’un groupe d’officiers de réserve, pour réaliser ce  » Livre Blanc de l’armée française en Algérie « . Il ne masque rien des cruautés de l’époque, et des nécessités d’une guerre contre un ennemi sans visage. Il s’est efforcé de s’en tenir aux faits, en les éclairant par les circonstances, dans le contexte politique et militaire créé par la guerre révolutionnaire conduite par le FLN.

En le lisant, on en revivra les principales étapes, on se remémorera quelques vérités occultées (sur les crimes de l’ennemi, les épurations à l’intérieur du FLN, ou l’affreux massacre des harkis après l’indépendance de l’Algérie), on mesurera l’ampleur des cas de conscience qu’eurent à affronter soldats et officiers. On comprendra surtout que l’armée française n’a en lien à rougir de la façon dont elle mena une guerre qu’elle n’avait ni voulue ni choisie et où elle donna, dans le sang et les larmes, le meilleur d’elle-même. Ce livre voudrait donner à tous ceux qui ont été blessés par l’injustice des calomnies répandues sur elle un instrument de combat. Il s’adresse aussi aux nouvelles générations. Pour qu’il ne soit pas dit que la désinformation a eu le dernier mot.

A OUBLIER AU PLUS VITE : 1830-1962 Exposition sur l’Algérie au Musée de l’Armée Paris VIIème

L’exposition qui se tient actuellement au Musée de l’Armée atteint un nouveau sommet de la pensée unique et de l’anticolonialisme d’état.

On y retrouve, bien entendu, le célébrissime trio : Branche, Thénault, Stora qui colonise désormais l’institution militaire.
Les illustrations sont fournies par le téléfilm inspiré de l’œuvre de Jules Roy : Les chevaux du soleil, ce qui se passe de commentaires. Elles sont également fournies par les bandes dessinées de J.Ferrandez. Ce dernier possède, selon moi, un talent certain, mais la trame de ses récits s’inspire trop souvent de visions historiques discutables.*

Comme il fallait donc le craindre cette exposition est largement en harmonie avec la bien-pensance et le conformisme de notre époque, tout en s’efforçant, bien sûr, de ne pas trop en avoir l’air. Ceci ne va pas sans une certaine dose de déformations insidieuses et de sournoiseries.

Quelques exemples :
-un texte rappelle le sénatus-consulte que Napoléon III, séduit par la perspective d’un Royaume Arabe en Algérie, fit adopter en 1865. On peut y lire que les Musulmans algériens y étaient reconnus comme français et que le sénatus-consulte leur ouvrait la possibilité de devenir citoyens à part entière.
Le texte ajoute ce commentaire spécieux :…« Peu d’entre eux en bénéficieront… » Il aurait mieux valu écrire : « Peu d’entre eux demanderont à en bénéficier ».
-Nous sommes à la frontière de la désinformation. On apprend ensuite que le pays « assimilé » à la France… devient le bien presque exclusif de colons toujours plus nombreux… ». Merci pour le presque, sans ce terme on aurait eu l’impression de lire Al Watan !
Et ça n’est pas tout : « …colons toujours plus nombreux et possédant tous les droits(sic), tandis que les colonisés sont soumis à des dispositions oppressives consacrées en 1881 par le code de l’Indigénat… »
Voilà comment on écrit l’Histoire au Musée de l’Armée ! La calembredaine anticoloniale se porte bien.

Et ça continue :
Les exactions du 20 août 1955 sont mentionnées avec beaucoup de discrétion, pas de photos, pas d’évocation d’El- Halia, mais on cite Aïn- Abid au détour d’une phrase. Encore faut-il signaler que Zighout Youssef aurait organisé ces massacres contre « l’avis de ses pairs ».Question pour l’histoire ? Le désaveu de ses pairs s’est-il exprimé à priori, avant la boucherie ou à posteriori, quand les conséquences morales désastreuses qu’il entraîna pour l’image du FLN et la volonté accrue des autorités françaises de le combattre furent connues ?
Et ce n’est pas fini ; nous apprenons aussi que les mutilations spectaculaires ( je suppose qu’il faut comprendre perpétrées par le FLN : nez, oreilles et sexes coupés), renvoient le pouvoir colonial à ses propres violences passées et présentes. Tel quel. Vous avez bien lu. Les commentaires sont superflus.
Or, si les exactions du FLN sont atténuées, une pièce entière est consacrée à la torture.(Par l’Armée française bien sûr)
Et la balade continue : nous apprenons par-ci, par-là que De Gaulle a « revalorisé » les Algériens(sic). En effet, grâce à des installations flambant neuves, des films de fiction en arabe furent tournés et diffusés en Algérie. Certes, il aurait en dû faire tout autant pour les Berbères. Mais chut ! Pas de mauvais esprit ! On pourrait croire que l’Algérie n’est pas un pays arabe, arabe , arabe�?�comme disait feu Ben Bella.
Le titre d’un des sous-chapitres de l’exposition me laisse rêveur. Il y est question des soldats « musulmans » de l’Armée française. Bien entendu, il s’agit des harkis, mokhazanis, GMS, membres des GAD etc�?� venant s’ajouter aux engagés et aux militaires d’active.
Le problème ce sont les guillemets. Diantre ! Qui a eu l’idée de les accoler au terme : musulmans ? A ça il y a deux interprétations possibles.
L’une est de type républicain :
L’armée française ne faisait pas de distinction et le terme ne serait, en somme, qu’une façon de parler peu compatible avec la sacro-sainte « laïcité ». D’où les guillemets.
L’autre serait-elle de type FLN ? Le fait qu’ils combattent avec une armée occidentale en aurait-il fait des musulmans indignes de l’être, au point qu’on ne pouvait les désigner tels qu’avec des guillemets ? Bien sur, je me refuse pour l’instant à croire que la seconde interprétation soit la bonne. Je préfère penser qu’un scribouillard besogneux, inintelligent et animé d’un zèle laïcard déplacé porte la responsabilité de ces guillemets stupides. Une explication reste due au public néanmoins. En effet, dans les deux hypothèses, nos camarades musulmans ayant combattu au sein de notre armée, contre le terrorisme et pour la liberté, auront peu de raison d’apprécier la désinvolture avec laquelle ils sont traités.

Les responsables de l’exposition n’ont pas oublié le 17 octobre 1961et Charonne. Mais réjouissons-nous tout de même : en cherchant bien, on trouvera aussi une brève mention du massacre de 90 Pieds -Noirs le 26 mars 1962 rue d’Isly.
De même, la dernière phrase de l’exposition égratigne les média auxquels il est reproché d’avoir passé sous silence les nombreux assassinats perpétrés au moment de l’Indépendance, comme le 5 juillet 1962 à Oran. Mais attention, cette phrase aussi il la faut bien chercher, au revers d’un panneau.
25 ans d’efforts pour faire reconnaître ces tragédies n’ont donc pas été inutiles. Deux phrases, ce n’est pas beaucoup. C’est mieux que rien. CAR�?�sans nos efforts à tous, nos épreuves auraient été complètement effacées de l’Histoire.
Ce n’est qu’un début, continuons le combat, comme disait l’autre.
JEAN MONNERET
6 juin 2012
*Ainsi dans le tome 7 de ses Cahiers d’Orient portant le titre : « Rue de la Bombe », Ferrandez reprend la chronologie erronée du FLN, propagée par le film de Pontecorvo : les attentats du Milk Bar et de la Caféteria ( octobre 1956) contre des civils européens seraient une réplique à un attentat contre-terroriste commis le 10 août 1956 dans la Casbah. Or, les attentats du FLN contre tous les Européens indistinctement avaient commencé dans Alger le 20 juin 1956.

PETITE MISE EN GARDE

Certains de nos compatriotes ont tort de raconter urbi et orbi qu’il n’ y a pas eu d’accords d’Evian mais seulement des déclarations unilatérales du gouvernement français. Je recommande à ce sujet l’article de Guy Pervillé sur son site et sur Etudes Coloniales.
1°) Krim Belkacem a signé et paraphé chaque page du texte d’Evian, il a insisté pour le faire.
Ce faisant, il a engagé la responsabilité du FLN et lourdement.

2°) Les accords portaient sur le CLF, les bases du Sahara, la création de l’Exécutif Provisoire et l’organisation du referendum, entre autres.
3°) Les déclarations gouvernementales n’étaient pas unilatérales. Ni le GPRA, ni le CNRA n’ont rejeté Evian. Des critiques furent exprimées mais il n ‘y eut pas rejet. Ben Bella fit allégeance aux accords en août 1962. Ceci lui a valu ultérieurement en 1965 l’accusation d’avoir été « l’homme de De Gaulle » (sic). Les déclarations comme le CLF furent mentionnés dans le referendum et, au total, la violation des garanties reconnues à la minorité européenne engagent trés lourdement la responsabilité du FLN et de ses chefs. On fait un grand cadeau au FLN en prétendant qu’il n’a rien signé, ni approuvé, ni validé.
Il faudrait sortir de cette situation où tout PN se croit un expert en histoire, en islamologie et en géopolitique seulement parce qu’il est né là-bas.
Autre erreur commune :
Personne n’employait le terme Pied-Noir en Algérie. Les intéressés le rejetaient. Quelle ânerie!
Ce terme était courant dès 1956 et peut être avant. Voir là encore la remarquable étude de Pervillé. (sur son site).
Un livre s’est beaucoup vendu en Algérie, et aussi en France d’ailleurs, durant l’année 1957. Il s’appelait précisément Les Pieds Noirs. L’auteur en était Georges Damitio, un sportif de haut niveau champion olympique né au Maroc.
Ce livre eut un beau succès ce qui n’eût pas été le cas si les nôtres eussent rejeté le terme.
JEAN MONNERET
21 mars 2012

Le professeur Pervillé censuré

Il est intéressant de comparer le texte original du professeur Pervillé et la version censurée publiée par le Ministère de la Culture et de la Communication. La censure est officielle autant que la revue qui devait l’accueillir. Il est permis de penser que des gens placés plus haut que l’obscure Anastasie maniant les ciseaux, ont supervisé le tout. Egalement officiellement. Il est donc judicieux d’examiner l’original et la version rabougrie pour déterminer ce qui parait impubliable aux yeux des hiérarques de la France officielle concernant la guerre d’Algérie, 50 ans après la fin du conflit.
Guy Pervillé écrit ceci : «Absence d’autorité incontestée et compétition pour le pouvoir (au sein du FLN) déclenchèrent de nouvelles vagues d’enlèvements et de violences meurtrières contre des Français d’Algérie (notamment des centaines d’enlèvements à Oran, le 5 juillet 1962) et contre d’anciens harkis… »
Serait-ce là ce que la France officielle n’aime pas que l’on dise, à savoir qu’une fois parvenu au pouvoir et même avant, le FLN a déclenché enlèvements et massacres ?

Pourquoi ?
Crainte d’indisposer le gouvernement algérien ?
Crainte d’écorner l’image du général De Gaulle qui ne s’opposa nullement à tout cela ?
Crainte de reconnaître une responsabilité depuis longtemps établie par les Historiens ?
Le professeur Pervillé poursuit : « Cependant, le FLN profita des Accords d’Evian pour reconstituer ses forces armées et pour étendre leur autorité sur une grande partie du pays et de sa population L’Armée française s’y opposa jusqu’au 8 mai, puis dut y renoncer. A partir du 17 avril 1962 ,le FLN déclencha une vague d’enlèvements contre la population française, supposée complice de l’OAS, dans les agglomérations d’Alger et d’Oran, mais aussi dans l’intérieur de ces régions(�?��?��?��?�.) D’autre part, des enlèvements et des massacres avaient été commis après le 18 mars contre d’anciens harkis, en violation flagrante des clauses d’amnistie des accords d’Evian; des tracts de l’ALN saisis par l’armée française faisaient craindre qu’une épuration systématique soit déclenchée après le referendum…
Là, comment ne pas imaginer la consternation du bureaucrate charger de gérer un texte pareil ! Ah ces universitaires ! Où vont-ils chercher tout cela ? Comment pourrions-nous le publier ? Sans compter que l’auteur écrit en outre que le FLN déclencha une vague d’enlèvements contre la population française ! Une vague ! Quelle misère !
Le professeur Pervillé écrit encore ceci : « �?��?��?�Une lutte pour le pouvoir se déclencha entre deux coalitions issues du FLN, l’ une reconnaissant le GPRA ,l’autre le Bureau politique de Ben Bella soutenu par l’Etat Major Général de l’ALN (Armée de Libération Nationale) du colonel Boumediene (destitué le30 juin par le GPRA )�?��?�.ce qui entraina�?� De nouvelles vagues d’enlèvements et de violences meurtrières contre des Français d’Algérie… »
Consternation à nouveau d’Anastasie ! Pervillé aime les vagues décidemment !
Où des historiens vont-ils chercher tout ça ? On en aurait entendu parler à la télévision. Voilà un demi-siècle qu’on répète partout qu’Evian réglait définitivement le problème algérien. Que seule l’OAS était responsable du malheur des Pieds Noirs et voilà que maintenant, on met en cause aussi le FLN. Quelle complication ! Et puis, il y a d’autres passages du même genre.
« Les enlèvements de Français diminuèrent après le 26 septembre 1962 qui vit l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement présidé par Ben Bella. Mais les massacres d’anciens harkis durèrent encore plusieurs mois et leur emprisonnement sous prétexte d’assurer leur sécurité, encore 10 ans. »
Ce passage a été également censuré. Donc, la France officielle n’admet pas que les enlèvements d’Européens aient pu durer 5 mois après le cessez-le-feu du 19 mars dans sa phase intense et quelques mois supplémentaires dans le mode résiduel. Mode qui n’avait rien de résiduel pour les harkis qui continuèrent d’être massacrés ou détenus plusieurs mois après l’avènement de Ben Bella.
J’ai souvent entendu dire que la France ne voulait pas regarder son histoire en face. C’est vrai d’une certaine France officielle qui en est encore à censurer les textes. O tempora, o mores !
Mais à bien y réfléchir, ce n’est pas étonnant. Si un service officiel, d’un ministère officiel, dans une revue officielle reconnaissait qu’il y eut jadis carence des plus hautes autorités, quel scandale ! Voilà qui ruinerait la vulgate, quasi officielle aussi, selon laquelle :
a/ la France est coupable d’avoir envoyé son Armée en Algérie faire des misères au FLN
b/ heureusement, un certain Général nous a sorti de ce guêpier et ouvert la voie de la décolonisation. Ouf !
A quel prix ?
Silence dans les rangs. Pas de mauvais esprit. Défense de polémiquer !
Peut-on imaginer une publication officielle, écrivant, noir sur blanc, que le Général aurait commis des erreurs ? Et quoi encore ? Pourquoi pas un débat contradictoire pendant que nous y sommes ! Sans compter que Guy Pervillé suggère que l’addition au prix fort de tous ces manquements fut payée par les PN et les Harkis .Quel toupet ces universitaires !
Quant à dire que la France a fait ce qu’elle a pu aussi longtemps que possible pour empêcher la faillite de l’Algérie indépendante ! Une seule réponse : comme on dit sur les plateaux de cinéma :COUPEZ !
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Parfois, il m’arrive de rêver et de siffloter Imagine de John Lennon�?�..Ce serait bien d’avoir une télé où il n y aurait pas que Stora mais aussi, de temps en temps, Pervillé.
Imaginez des colloques où l’on ne parlerait pas que des victimes de l’Armée française mais aussi de celles du FLN !
Imaginez la Mairie de Paris rappelant la mémoire des policiers français tombés dans la capitale face aux commandos de cette organisation !
Imaginez qu’elle rappelle aussi le souvenir des 1583 Pieds Noirs enlevés par le FLN. (Après le cessez-le-feu du 19 mars 62 pour 90% d’entre eux) !
Imaginez qu’ils aient une plaque eux aussi et pas seulement Maurice Audin militant « anticolonialiste » et membre du Parti communiste algérien comme dit l’inscription à laquelle il eut droit.
Imaginez que Communications Nationales revue dont Pervillé a essuyé la censure, publie une recension élogieuse du livre de Jordi Un silence d’état !
Imaginez qu’une chaine publique diffuse tous les soirs, pendant plusieurs semaines les photos des PN enlevés en Algérie et toujours portés disparus !
Oh ! Ca ne risque pas d’arriver.
La France officielle en serait malade. Elle est bien plus tranquille comme cela. Car le professeur a conclu en ces termes :
« Les accords d’Evian voulus par le gouvernement français comme « la solution du bon sens » se révélèrent une utopie qui échoua à ramener une vrai paix en Algérie. Le « rapatriement » des français d’Algérie et celui des Français musulmans (que le général De Gaulle ne tenait pas pour de vrais Français ) s’imposèrent comme des nécessités. De Gaulle maintint aussi longtemps que possible ce qui restait de la politique de coopération, pour éviter la faillite de l’indépendance algérienne en espérant que la France finirait par en bénéficier un jour »
COUPEZ ! COUPEZ ! COUPEZ !
JEAN MONNERET
28 janvier 2012

DU NOUVEAU SUR LES EUROPEENS DISPARUS A LA FIN DE LA GUERRE D’ALGERIE. (1)

Durant un demi-siècle, le problème des civils européens enlevés par le FLN, et jamais retrouvés pour un grand nombre__, fut singulièrement occulté. Officiellement, on s’en tint à un chiffre donné en 1964 au Sénat: 3018. La répartition des victimes en personnes enlevées, libérées, présumées décédées et cas incertains ne fut guère remise en cause. A partir de 1965, le silence des médias à ce sujet se fit assourdissant. Les Français disparus furent oubliés tandis que la France prit l’étrange habitude de réserver ses hommages aux victimes de l’autre camp , les pro-indépendantistes. (Particulièrement à Paris sous l’égide de la Mairie socialiste.)
Dans le milieu des Français d’Algérie, on chercha à lutter contre l’oubli. Hélas, des chiffres hyperboliques furent brandis au mépris de toute rigueur historique (2). La cause des victimes du FLN risqua d’en être dépréciée, d’autant que des thèses complotardes fumeuses se répandaient aussi.
Désormais, la communauté des Historiens comme les Pieds Noirs et les familles concernées disposent d’une étude de qualité, menée selon la méthode historique. Jean-Jacques Jordi a fait des recherches poussées en de nombreux fonds d’archives. Citons: le Service Historique de la Défense, le Centre des Archives Diplomatiques, les Archives Nationales d’Outre-Mer, le Centre des Archives Contemporaines, le Centre Historique des Archives Nationales, celles de la Croix Rouge, du Service Central des Rapatriés etc;…

L’auteur a ainsi apporté une contribution neuve au problème des disparus européens. Il a attaqué de front l’obstacle des 500 dossiers demeurés incertains qui gênait l’obtention de chiffres crédibles.
Sur ce point, en 2004, nous avions nous même, ainsi que le général Faivre attiré, l’attention de la Mission aux Rapatriés sur la nécessité d’une étude exhaustive. Il fallut attendre quatre ans pour qu’elle se dessinât.
En accédant aux dossiers du Service Central des Rapatriés, Jordi a pu savoir qui parmi les incertains était réellement disparu ou entré en France métropolitaine. On y voit actuellement plus clair.
Qu’il s’agisse du massacre du 5 juillet 62 à Oran (où l’auteur confirme la responsabilité et les mensonges du général Katz, comme la criminelle ineptie des directives données à l’Armée française), qu’il s’agisse des exactions de l’été 62 dues à la wilaya 4 (où le FLN préférait enlever des familles entières pour limiter les plaintes ), Jordi a montré une solide rigueur.
Il éclaire la pratique du nettoyage ethnique par les indépendantistes. Or, il le fait, documents à l’appui, en prenant ses distances avec quelques légendes aussi tenaces qu’absurdes. Son livre est peu réfutable. Il sera plus difficile désormais aux thuriféraires du FLN et aux journalistes sous influence de nier des faits qui les dérangent.
On peut regretter que Jordi paraisse sous-estimer les divisions du FLN et les surenchères xénophobes qu’elles alimentèrent. Félicitons le toutefois d’avoir laissé de côté quelques récits controuvés et extravagants. (3)
Cet ouvrage, cette étude méticuleuse manquaient. Il serait regrettable qu’ici et là, certains négligent l’atout que, dans sa percutante sobriété, il constitue pour les familles touchées et pour l’ Histoire.

JEAN MONNERET
9 novembre 2011
1 – Jean-Jacques Jordi . Un silence d’état. Ed. SOTECA.
Les enlèvements d’Européens ont décuplé aprés le « cessez-le-feu  » du 19/3 / 1962 L’auteur dénombre 1583 disparus présumes décédés, 123 enlevés dont on a retrouvé les corps et 171 cas incertains résiduels. Selon nous, il eût fallu comptabiliser les personnes libérées ou retrouvées.

2 – Il arriva qu’un scribe du Ministère des Rapatriés répondit par erreur : 25.000 à une question sur le chiffre des disparus européens. Il confondait avec celui des militaires français tués au combat. Ceci occasionna ultérieurement quelques bévues.

3 – En juillet 1962, depuis Alger, Max Clos du Figaro, dénonça courageusement les enlèvements massifs d’Européens. Il ajoutait : « Sur les chiffres, on ne sait rien de sûr. Tout dans ce pays est déformé et amplifié dans des proportions fantastiques. «  Voila qui a changé désormais.