A propos du film : L’ennemi intime

Cela aurait pu être un grand film.
Une de ces oeuvres de guerre dépeignant tout simplement l’héroïsme avec cette part inévitable de souffrance qui est la composante du destin militaire. Le metteur en scène a disposé de solides moyens, l’image est réussie et les acteurs excellents. On aurait presque pu oublier la double ineptie historique qui ouvre le film : « �?�le FLN désire négocier�?� » et le termine : « �?� entre 300 000 et 600 000 morts�?� ». Les atrocités du FLN sont montrées sans faiblesse ; c’est un bon point. Depuis une décennie la télévision repeint la Guerre d’Algérie en noir et blanc, avec dans le rôle des chevaliers blancs et des libérateurs�?�..le FLN ! Que l’on montre aujourd’hui sa barbarie, c’est une nouveauté bienvenue.

Placée sous cette lumière inhabituelle et différente, notre Armée change de rôle. Elle ne mène plus une guerre contre la liberté d’un peuple mais contre le terrorisme. Reste le problème de la torture. Qu’il soit traité crûment, n’est pas en soi critiquable. Oui, cela aurait pu être un grand film de guerre dans la veine de la 317ème section dont se réclame l’auteur explicitement.
Malheureusement dans les vingt-cinq dernières minutes, le film dérape complètement. La séquence où l’on suggère qu’un village est massacré présente comme le quotidien de la Guerre d’Algérie, ce qui ne pouvait être qu’une ex-action ou une ab-erration, au sens étymologique de ces termes (A supposer qu’il s’agisse d’un épisode avéré ce qui n’est pas certain).
Enfin, on voit apparaître à un moment un personnage caricatural qui est (naturellement), l’ordonnateur du massacre. Il s’agit d’un commandant de secteur. Il porte une barbe à la Ribouldingue et il est vêtu d’une chemise noire (On voit la fine allusion). Il porte également une croix dorée au cou. Bien qu’il s’agisse d’un officier, son invraisemblable accoutrement le fera prendre pour un aumônier par des gens peu avertis. Il y a dans ce dernier avatar de la christianophobie ambiante quelque chose d’à la fois pervers et pathétique.
Allons, Messieurs le scénariste et le metteur en scène encore un effort pour être objectifs.