A mes lecteurs

«  …Sans rien dire, sans imposer quelque censure que ce soit, sans interdire ni faire de nouvelles lois ad hoc et intenter des procès aux récalcitrants, factieux et rebelles, l’Etat aujourd’hui contrôle aisément la recherche historique. Il lui suffit de refuser les autorisations, de ne donner le droit d’exister qu’à des équipes dont les projets ne risquent à aucun moment de remettre en cause les vérités admises. Ne pourront aller contre, suivant leurs propres choix, que les chercheurs isolés qui travaillent hors les organismes d’Etat notamment hors le CNRS et les Universités. Mais il leur faudra trouver eux-mêmes un éditeur. Ils ne sont pas légion t n’auront que peu de chances de se faire entendre d’un public nourri des émissions historiques que la télévision, toutes chaînes à l’unisson et les « culturelles » à l’avant-garde, multiplie dans le seul but de forger l’opinion : niaiseries et balivernes, propagande plus encore. »  (Jacques Heers, L’Histoire assassinée, Les Editions de Paris, p.265)

On ne saurait mieux décrire, et en si peu de mots, la situation présente de la recherche .Celle-ci se caractérise par une instrumentalisation quasi complète de la discipline Histoire, à des impératifs politiques et idéologiques. Or, ceci est aggravé par un fait tout simple : en ce qui concerne l’Algérie et l’ex-Empire Français, l’anticolonialisme le plus primaire est désormais une doctrine officielle, une doctrine d’Etat. Deux présidents de la République, de tendance opposée, nous ont gratifiés de déclarations concordantes en ce sens.
L’un a déclaré qu’il ne voyait pas le moindre élément positif à la colonisation. L’autre que les massacres du 20 août 1955 dans le Constantinois furent «  le produit de l’injustice que, pendant plus de 100 ans, le système colonial avait infligé au peuple algérien. ». Comme si les massacreurs de ce jour funeste avaient des circonstances atténuantes.
Est-il besoin d’en dire plus ?…

Jean Monneret.