Manuels scolaires – ANNEXE 3. Remarques sur la culture pied-noire

Les manuels étudiés montrent une ignorance certaine de ce qu’est la culture spécifique des Pieds-Noirs, bien qu’ils l’aient, naturellement, transplantée avec eux durant leur exil. En témoigne ainsi la création des cercles algérianistes dans les régions de métropole où ils sont massivement implantés. Un livre de Maurice Calmein a retracé cet épisode.

Il s’est toutefois trouvé des commentateurs pour affirmer que le milieu pied-noir avait trouvé son unité et sa spécificité seulement en France. Etrange !
Peut-être faut-il s’entendre sur le terme culture. On prête à Edouard Herriot une phrase que connaissaient tous les lycéens de mon époque : « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié ». Mais le célèbre maire de Lyon faisait allusion à la culture au sens individuel. Le fait d’embellir et d’élever une âme, de la nourrir par des méditations et du savoir.
La culture, au sens collectif du terme est tout autre chose. C’est l’ensemble des traits distinctifs intellectuels, spirituels et matériels qui caractérisent un groupe et l’unissent. Valeurs politiques, morales et artistiques, traditions, folklore, croyances en font partie. Jusqu’à constituer un patrimoine et, pour la plupart, une identité collective.
Il est important de rappeler que dans l’Algérie des Français, toute une littérature particulière a commencé d’exister dès la fin du 19ème siècle. Elle décrivait le petit peuple d’Algérie dans sa vie quotidienne, souvent sur le mode de la galéjade et du pastiche. Auguste Robinet le créateur de Cagayous, Louis Bertrand, Robert Randau, Edmond Brua, Gilbert Espinal ont laissé une oeuvre considérable et vivace. Plus tard, le succès de nombreux écrivains nés en Algérie comme Camus, Roblès, Clot, Moussy, Brune, et tant d’autres amena à parler, avec peut-être quelque exagération, d’une Ecole d’Alger. Si école il y eut, elle ne pouvait qu’être informelle, mais nul ne pourrait nier que ces écrivains avaient tous l’Algérie au coeur.
Les arts en Algérie furent également servis par une pléiade de créateurs talentueux. Léon Cauvy, Charles Brouty, Maurice Bouviolle, André Greck, Paul Belmondo,*Sauveur Galliéro, Salomon Assus avaient aussi l’Algérie au coeur et ils ont laissé sur son sol même une oeuvre considérable.
Il y aurait mille choses à dire sur les habitudes, le mode de vie ou le parler pied-noirs. Une culture très méditerranéenne avec ses rituels, son sens ombrageux de l’honneur, son esprit d’entreprise s’était créée de l’autre côté de la mer. Elle avait aussi ses solidarités et un amour de la France qui avait quelque chose de très pur, de presqu’angélique. (Qui fut bien peu et bien mal récompensé).

Jean Monneret

*Paul Belmondo fut un des créateurs des Cercles Algérianistes.