Manuels scolaires – ANNEXE 1

Il faut faire justice d’une thèse fausse.
A en croire le manuel Belin, (mais on peut lire cela dans maints articles ou reportages), le souvenir de la Guerre d’Algérie aurait été « occulté » en France jusqu’aux années 😯.

Cette affirmation est si répandue qu’elle est tenue pour une vérité démontrée par une foule de commentateurs surtout les plus jeunes. Il est temps d’affirmer fortement qu’il n’en fut rien et qu’il s’agit là d’une pure légende médiatique .
Loin que la Guerre d’Algérie ait sombré dans l’oubli durant les années 60 et 70, cette époque fut celle de l’apparition d’une littérature abondante ainsi que de films divers.
Le jour même où l’Algérie accédait à l’Indépendance, le 2 juillet 1962, Maurice Allais publiait son livre connu, hélas prémonitoire, L’Algérie d’Evian. Tout était annoncé de ce qui allait suivre L’ouvrage de Jean-Jacques Susini Histoire de l’OAS parut en 1964. Ferhat Abbas avec La nuit coloniale le précéda de 2 ans. Les livres de Claude Paillat, avant et après 1962, eurent également un beau succès. L’ouvrage de Fernand Carréras sur l’Accord FLN-OAS (1967) est digne de figurer dans toutes les bibliothèques d’historiens. Le livre de Claire Etcherelli, Elise ou la vraie vie parut en I967. Cet ouvrage inspira un film de Michel Drach* qui souleva des polémiques. Il avait été précédé en 1966 par Le vent des Aurès, film de Lakhdar Hamina qui eut une récompense à Cannes.
Que dire de la série d’ouvrages (4 au total) signés par Yves Courrière à partir de 1969 ! Sans être à proprement parler des livres d’Histoire, ils ont fait date dans la connaissance de ce conflit. Ils n’étaient pas au- dessus de toute critique mais ils avaient soin d’éviter le manichéisme. Ce souci est absent de bien des publications actuelles qui n’hésitent pas à nous servir la soupe FLN, à peine diluée à la sauce franco-française. Le livre de Courrière fut suivi d’un film et d’une publication espacée en feuilletons illustrés, chez Taillandier, sous le titre global La guerre d’Algérie. En 1975, Mohammed Harbi publia son premier livre Le populisme révolutionnaire en Algérie.
Contrairement à ce que croient certains, le cinéma était actif sur le thème de la Guerre d’Algérie. Outre René Vautier, dont les films circulaient plus facilement puisque les armes s’étaient tues, Laurent Heynemann réalisa dès 1976, un film intitulé La Question , basé sur le livre d’H.Alleg. Mlle Nicole Garcia y trouva un de ses premiers rôles. Dès 1973, un film comme RAS d’Yves Boisset , très critique de la Guerre d’Algérie, avait circulé largement dans les salles. Projeté à la télévision dans le cadre de l’émission Les dossiers de l’écran, il fut suivi, comme à l’accoutumée, d’un débat animé comme on daignait encore en organiser alors. Je me souviens qu’Yves Alquier, l’auteur de Nous avons pacifié Tazalt, y participait. C’était autre chose que les pseudo-débats actuels où l’on voit sempiternellement défiler les mêmes spécialistes aux analyses monocolores et unanimistes que personne n’est autorisé à troubler. En 1975, sortit un second film de L.Hamina intitulé Les années de braise qui fut également primé à Cannes.
Dire que la République française a préféré « l’oubli à la mémoire et que l’on assista à un effacement du conflit »(Belin) et cela jusqu’aux années 1980 est totalement inexact.
Des acteurs du conflit qui s’étaient tus, car ils avaient séjourné en prison ou en exil, se firent entendre à partir des années 7O. Tels fut le cas des généraux Salan et Jouhaud ou encore de Jacques Soustelle. Des algériens, comme Mohammed Lebjaoui (1970) leur emboitèrent le pas. L’échec fracassant de la voie algérienne de développement, appelée sans complexe Faillite sanglante par le Nouvel Obs dès 1988, encouragea les uns et les autres à s’exprimer Mais l’édition faisait déjà florès ainsi que certaines émissions de radio (celle de P.Gelinet ou celle de l’ex-maire de Dreux, Françoise Gaspard par exemple). Ces émissions respectaient encore, peu ou prou, la diversité des points de vue.
Et il est vrai qu’un changement s’opéra durant les années 80 : la variété des opinions disparut au profit d’un monologue fermé, immuable, et d’un rabâchage sans fin. Le sommet fut atteint en 2003, année de l’Algérie, qui vit paraître à la télévision 12 films, téléfilms et documentaires sur le thème Guerre d’Algérie. Presque tous avaient en commun d’être « anticoloniaux », anti pieds-noirs, anti-armée française et de ne laisser que très très peu la parole au camp opposé. Aucun débat contradictoire ne fut organisé.
Les grands media télévisés, complètement verrouillés, se spécialisèrent vite dans des émissions univoques où sous le prétexte fallacieux que la vérité avait été « cachée » avant, l’on donna exclusivement la parole à de nouveaux historiens qui n’avaient pas vécu le conflit. En réalité, la vérité n’avait pas été cachée, oubliée, occultée avant. Simplement, avant, il n’y avait pas de vérité unique, officielle, soviétoïde.
Les nouveaux venus dans le champ médiatique sont sélectionnés pour leur anticolonialisme de principe. Car, l’anticolonialisme est devenu aujourd’hui une doctrine d’état et une idéologie officielle sur laquelle la télévision veille soigneusement comme sur un patrimoine digne de toutes les attentions.
Jean Monneret.
*Elise ou la vraie vie sortit sur les écrans en 1970.