ALBERT CAMUS

Il faut se souvenir qu’Albert Camus était comme nous un fils du Soleil. De l’Algérie, il disait qu’elle était une « terre faite à son âme ». Il fut un authentique pied-noir car il aimait la Méditerranée et n’a cessé de songer à la Mort, en s’interrogeant sur le sens de la Vie et sur la Justice. Simultanément, il était porteur de cette joie de vivre, de cette faim de vivre qui caractérise beaucoup des nôtres. Souvenons-nous de la phrase qu’il utilisa pour nous décrire : « Ils ont mis tous leurs biens sur cette terre ». »
C’est vrai nous sommes ainsi mais également souvent, trés souvent, portés à la méditation, à la foi, à l’émerveillement devant le Divin, au mysticisme. Camus ne l’ignorait pas biensûr, lui qui sans être croyant, s’est senti parfois proche du Christianisme, particulièrement dans les dernières années de sa vie.

On se prend à rêver de ce qu’eût été notre destin collectif s’il était demeuré parmi nous. J’imagine le Prix Nobel défiant Degaulle et sa politique inhumaine. Je l’imagine dénonçant les manoeuvres, les mensonges, les barbouzes, les abandons du vrai/faux grand homme que la France eut à sa tête pendant 11 ans. Comme il eut stigmatisé aussi notre exil, notre entassement dans des centres de transit, notre non-accueil par la mère -patrie, l’hostilité envers nos enfants et envers nous! Le massacre des harkis!
Et puisque je parle de Prix Nobel, il faut en revenir à la fameuse phrase: « Je crois en la Justice mais je défendrai me mère avant la justice ». En réalité, il a dit autre chose de trés différent et de plus précis: « En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère. »
Lui seul, pouvait ainsi, en quelques courtes phrases, mettre à nu l’horreur, le côté intrinséquement criminel du terrorisme à l’heure où des misérables osent le présenter comme « l’arme des pauvres ».
L’intelligentsia gauchiste, les porteurs de valises et les porteurs de coton du FLN, le FLN lui même ne le lui pardonnèrent jamais. Déjà échaudés par L’Homme Révolté qui montrait la filiation sanglante qui unit le jacobinisme au bolchévisme, les contempteurs de Camus le poursuivirent de leur sourde hostilité. Le sinistre jean-Paul Sartre (mais il ne fut pas le seul) s’illustra de ce chef.
Non! Albert Camus n’était pas, ne fut jamais un intellectuel parisien malgré une réussite éclatante. Mais aprés tout, n’était-ce pas dans la logique des choses puisqu’il était et pour toujours un des nôtres.

7 février 2010.