L’OAS vue par Sylvie Thénault

 

Dans la revue Annales [1], Madame S. Thénault a publié une assez longue étude sur l’OAS. Elle examine notamment, à travers les archives du Tribunal de l’Ordre Public, siégeant à Tizi-Ouzou, la composition de certains commandos et leur action à Alger au second trimestre de 1962.

Elle a retenu plusieurs groupes de dossiers, à ses yeux emblématiques, et, elle analyse plus particulièrement le parcours de quatre jeunes hommes ayant participé aux activités de l’organisation clandestine. Compte tenu du titre, très globalisant, de son étude : L’OAS à Alger en 1962, on pouvait s’attendre à une analyse approfondie. Elle nous a paru sommaire, parcellaire. Voici pourquoi.

Premier Point : Qu’est-ce que le terrorisme ?

Quand elle examine l’action de l’OAS, à Alger, en 1962, Madame Thénault recourt toujours à l’adjectif terroriste pour qualifier l’action de ses commandos de rue.

Par terroriste elle entend violent. C’est là une erreur d’analyse. Que l’OAS ait été une organisation violente, personne ne le conteste. Que toute action violente, menée dans une période de crise, puisse être tenue pour illégale peut se comprendre. Qu’elle soit tenue pour illégitime ou moralement condamnable est ouvert à la discussion. Nous allons l’entamer ici, sans amalgames, sans généralisations abusives et en évitant au maximum l’emploi de l’article défini pluriel «les». Nous aurons soin aussi de ne pas confondre les différentes phases historiques de l’activité de l’OAS.

Une remarque : si toute action violente et illégale – en période de crise s’entend – devait être qualifiée de terroriste et en être subséquemment condamnée, la plupart des activités de la Résistance en France occupée devraient être condamnées. Ce serait absurde.

C’est pourtant ce que faisaient les autorités d’Occupation et leurs collaborateurs. Les accusations de terrorisme qu’ils portaient contre les résistants résultaient de leur point de vue hostile à ceux qui les combattaient. Elles n’en étaient pas justifiées pour autant. Les accusations de terrorisme que Madame Thénault porte contre l’OAS ne font qu’exprimer son hostilité envers ladite organisation.

 

LIRE LA SUITE SUR ETUDES COLONIALES

DES HISTORIENS RAPPELLENT LA DRAMATIQUE REALITE DU 19 MARS 1962

Avant la célébration du 19 mars par le Président de la République, il avait paru nécessaire à Joseph Perez, Jean Monneret et Maurice Faivre de publier un texte court, qui rétablissait la réalité des faits. Texte qui a reçu le soutien de 23 historiens.

Au moment où, contrairement à tous ses prédécesseurs et singulièrement François Mitterand, le président Hollande a prévu de célébrer le 19 mars, s’impose un rappel des faits historiques.

Le 18 mars 1962, les négociateurs d’Evian signaient un accord de cessez-le-feu entre l’armée française et le FLN qui dirigeait la rébellion indépendantiste. Le texte était accompagné de « déclarations gouvernementales » censées garantir la sécurité des Européens présents en Algérie, comme de ceux, de toutes origines, qui s’étaient opposés au FLN. Les harkis, supplétifs de l’armée française n’étaient pas mentionnés. La promesse, toute verbale, du FLN qu’il n’y aurait pas de représailles contre eux, fut jugée suffisante par le négociateur français Louis Joxe…..
Le texte d’Evian fut publié le 19 mars 1962. Depuis, certaines organisations considèrent cette date comme celle de la fin de la Guerre d’Algérie. Or, loin que le conflit s’apaisât à partir du 19 mars, il ouvrit une période de massacres et de violences sans précédent dont la fusillade du 26 mars ,rue d’Isly ne fut pas le moindre. Il en alla ainsi non seulement jusqu’au 3 juillet, où Paris reconnut l’indépendance de l’Algérie, mais , jusqu’à l’automne de 1962 et au-delà.
La période suivant l’indépendance fut marquée d’un surcroît d’enlèvements et de massacres. Les victimes musulmanes du FLN furent plus nombreuses durant ces six mois qu’elles ne l’avaient été durant les huit années précédentes. Le nombre des Pieds-Noirs enlevés quintupla, contraignant l’immense majorité d’entre eux à un exil définitif. Ajoutons que durant ce semestre abominable, nombre de militaires français furent tués ou enlevés ; ainsi, 386 perdirent la vie et plusieurs centaines d’autres sont-ils portés disparus à ce jour .
Dès le 17 avril 1962 , l’encre d’Evian étant à peine sèche, le FLN inaugura le terrorisme silencieux, les enlèvements massifs d’Européens à Alger, à Oran, dans la campagne oranaise et en Mitidja. Ces rapts prenaient pour prétexte : la lutte contre l’Organisation Armée Secrète (OAS). Ils frappaient en réalité tous les Européens. Jugeons-en: en mai 1962 ,272 Européens furent enlevés en Alger contre 44 en avril. A la fin du mois de juin, on évaluait à plus de 1000 les victimes européennes de rapts dans la seule région algéroise.
Deux jours après, le 5 juillet à Oran, jour de célébration de l’indépendance, une manifestation venue des quartiers musulmans submergea le centre-ville européen. 700 Pieds-Noirs et une bonne centaine de Musulmans pro-français furent massacrés. Ceci accentua l’exode et le rendit irréversible.
Mais il faut rappeler que les victimes les plus nombreuses se situèrent parmi la population des français-musulmans. Dès après le 19 mars, des harkis furent attaqués et exécutés notamment à Saint-Denis-du-Sig, en petite et grande Kabylie, à Saïda où des membres du commando Georges furent enlevés et tués alors que plusieurs d’entre eux étaient officiers français.
Après le 3 juillet, les représailles contre les Musulmans ayant combattu le FLN s’intensifièrent. Des dizaines de milliers furent assassinés, emprisonnés ou persécutés de diverses manières, malgré l’action exemplaire et courageuse de quelques officiers français ayant tenté d’exfiltrer cette population en danger de mort… Ces faits largement établis historiquement n’en sont pas moins dissimulés voire niés aujourd’hui. Ceux qui ont vécu les événements de ce vilain temps en sont marqués à jamais.
Aussi, cette date du 19 mars ne peut-elle être considérée ni comme la date d’un cessez-le-feu, ni comme la fin de la guerre d’Algérie. On ne peut pas plus la retenir comme le début d’une ère heureuse pour la population de ce pays, car après les 132 ans d’administration française, intervint une période d’anarchie qui engendra le régime du parti unique, la dictature militaire et la guerre civile des années 1990.
Pour beaucoup de Français, cette date est celle de la douleur et du recueillement. Pour les signataires du présent texte, il convient de la respecter comme telle.

On dit souvent que Jean Raspail avait prédit…..

Chers Amis,
On dit souvent que Jean Raspail avait prédit, il y a quelque 4 décennies, dans Le Camp des Saints, les torrents migratoires qui nous menacent aujourd’hui.

Sans vouloir contester les mérites de ce prosateur insigne et visionnaire, il me parait important d’indiquer que notre cher Albert Camus l’avait précédé dans cette voie. Dès I957, dans une correspondance avec Jean Grenier, il écrivait ceci:
« A longue échéance, tous les continents (jaune, noir et bistre) basculeront sur la vielle Europe.
Ils sont des centaines et des centaines de millions. Ils ont faim et ils n’ont pas peur de mourir. Nous, nous ne savons plus ni mourir, ni tuer. Il faudrait prêcher, mais l’Europe ne croit à rien. Alors, il faut attendre l’an mille ou un miracle.« 

A Camus. ( Correspondance avec Jean Grenier 1957)

Comme vous le voyez chers amis, l’auteur de La Peste avait déjà compris bien des choses. Que cela ne vous empêche pas de résister car, le bonheur est dans la lutte. Comme l’a dit aussi Camus: « Au milieu de l’ hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait dans mon coeur un été invincible ».
A vous tous salut et pugnacité
J.Monneret.

Manuels scolaires – ANNEXE 3. Remarques sur la culture pied-noire

Les manuels étudiés montrent une ignorance certaine de ce qu’est la culture spécifique des Pieds-Noirs, bien qu’ils l’aient, naturellement, transplantée avec eux durant leur exil. En témoigne ainsi la création des cercles algérianistes dans les régions de métropole où ils sont massivement implantés. Un livre de Maurice Calmein a retracé cet épisode.

Il s’est toutefois trouvé des commentateurs pour affirmer que le milieu pied-noir avait trouvé son unité et sa spécificité seulement en France. Etrange !
Peut-être faut-il s’entendre sur le terme culture. On prête à Edouard Herriot une phrase que connaissaient tous les lycéens de mon époque : « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié ». Mais le célèbre maire de Lyon faisait allusion à la culture au sens individuel. Le fait d’embellir et d’élever une âme, de la nourrir par des méditations et du savoir.
La culture, au sens collectif du terme est tout autre chose. C’est l’ensemble des traits distinctifs intellectuels, spirituels et matériels qui caractérisent un groupe et l’unissent. Valeurs politiques, morales et artistiques, traditions, folklore, croyances en font partie. Jusqu’à constituer un patrimoine et, pour la plupart, une identité collective.
Il est important de rappeler que dans l’Algérie des Français, toute une littérature particulière a commencé d’exister dès la fin du 19ème siècle. Elle décrivait le petit peuple d’Algérie dans sa vie quotidienne, souvent sur le mode de la galéjade et du pastiche. Auguste Robinet le créateur de Cagayous, Louis Bertrand, Robert Randau, Edmond Brua, Gilbert Espinal ont laissé une oeuvre considérable et vivace. Plus tard, le succès de nombreux écrivains nés en Algérie comme Camus, Roblès, Clot, Moussy, Brune, et tant d’autres amena à parler, avec peut-être quelque exagération, d’une Ecole d’Alger. Si école il y eut, elle ne pouvait qu’être informelle, mais nul ne pourrait nier que ces écrivains avaient tous l’Algérie au coeur.
Les arts en Algérie furent également servis par une pléiade de créateurs talentueux. Léon Cauvy, Charles Brouty, Maurice Bouviolle, André Greck, Paul Belmondo,*Sauveur Galliéro, Salomon Assus avaient aussi l’Algérie au coeur et ils ont laissé sur son sol même une oeuvre considérable.
Il y aurait mille choses à dire sur les habitudes, le mode de vie ou le parler pied-noirs. Une culture très méditerranéenne avec ses rituels, son sens ombrageux de l’honneur, son esprit d’entreprise s’était créée de l’autre côté de la mer. Elle avait aussi ses solidarités et un amour de la France qui avait quelque chose de très pur, de presqu’angélique. (Qui fut bien peu et bien mal récompensé).

Jean Monneret

*Paul Belmondo fut un des créateurs des Cercles Algérianistes.

Manuels scolaires – ANNEXE 2. Il faut parler du terrorisme

1°)__Ne pas parler du terrorisme durant la Guerre d’Algérie est une faute. Comment lutter contre ce fléau aujourd’hui sans dire ce qu’il fut et d’où il vient ?

2°) Or, les manuels scolaires examinés répondent mal à cette exigence. Disons- le sans ambages ; ils y répondent très mal. Certains ne parlent absolument pas de terrorisme durant le conflit algérien. Ceci est un exploit. Ils préfèrent dénoncer le colonialisme, ou la torture (pratiquée par l’Armée française).
D’autres en parlent mais sans l’associer au FLN. Quelques- uns l’associent à l’OAS. Exclusivement.
Enfin, deux manuels parlent de certaines exactions du FLN, ils citent : Mélouza, les massacres du 5 juillet 62 à Oran, les massacres de Harkis , mais, sans les qualifier de terrorisme. On parle de terrorisme, par la bande : extrait de journal ou citation d’un personnage. Cette pusillanimité des rédactions peut avoir des causes idéologiques, politiques, diplomatiques voire les trois à la fois. Nous avons souligné toutefois que certains manuels sont beaucoup moins circonspects que d’autres.
Dans la mesure où certains ouvrages évoquent les enlèvements d’Européens, les massacres d’Oran, et la tragédie des harkis, tous ceux qui luttent difficilement depuis un demi-siècle pour faire reconnaître ces faits historiques y trouveront un encouragement et un espoir. Le dénégationnisme peut être combattu, le silence d’Etat aussi.
3°) L’état actuel des manuels examinés révèle un état d’esprit anticolonial assez général. Ceci consiste à ne trouver aucun trait positif à la période concernée. Dans un pays comme le nôtre les opinions sont libres à ce sujet. Il y eut souvent en France des « colonistes » s’opposant à des « anticolonistes » (selon la formule d’antan). Est-il excessif de trouver que le côté systématique de certaines positions ne favorise pas les démarches historiques ?
Est-il excessif d’estimer que les tournures d’esprit favorables à la repentance peuvent être très négatives en particulier lorsqu’elles sont dirigées vers des gens très jeunes qui connaissent mal la France et son Histoire ?
Quand ceci aboutit à exonérer un mouvement révolutionnaire de ses fautes et de ses crimes, la lutte contre le terrorisme est relativisée. Ce fléau trouvera demain, trouve déjà, des « justifications » dans une vision incomplète, déséquilibrée de la Guerre d’Algérie.*

Jean Monneret.

*A son procès, un des auteurs de l’attentat du métro Saint-Michel évoqua comme « excuse » le million d’Algériens tués pendant la Guerre d’Algérie. Aucun historien ne cautionne pourtant ce chiffre.

Manuels scolaires – ANNEXE 1

Il faut faire justice d’une thèse fausse.
A en croire le manuel Belin, (mais on peut lire cela dans maints articles ou reportages), le souvenir de la Guerre d’Algérie aurait été « occulté » en France jusqu’aux années 😯.

Cette affirmation est si répandue qu’elle est tenue pour une vérité démontrée par une foule de commentateurs surtout les plus jeunes. Il est temps d’affirmer fortement qu’il n’en fut rien et qu’il s’agit là d’une pure légende médiatique .
Loin que la Guerre d’Algérie ait sombré dans l’oubli durant les années 60 et 70, cette époque fut celle de l’apparition d’une littérature abondante ainsi que de films divers.
Le jour même où l’Algérie accédait à l’Indépendance, le 2 juillet 1962, Maurice Allais publiait son livre connu, hélas prémonitoire, L’Algérie d’Evian. Tout était annoncé de ce qui allait suivre L’ouvrage de Jean-Jacques Susini Histoire de l’OAS parut en 1964. Ferhat Abbas avec La nuit coloniale le précéda de 2 ans. Les livres de Claude Paillat, avant et après 1962, eurent également un beau succès. L’ouvrage de Fernand Carréras sur l’Accord FLN-OAS (1967) est digne de figurer dans toutes les bibliothèques d’historiens. Le livre de Claire Etcherelli, Elise ou la vraie vie parut en I967. Cet ouvrage inspira un film de Michel Drach* qui souleva des polémiques. Il avait été précédé en 1966 par Le vent des Aurès, film de Lakhdar Hamina qui eut une récompense à Cannes.
Que dire de la série d’ouvrages (4 au total) signés par Yves Courrière à partir de 1969 ! Sans être à proprement parler des livres d’Histoire, ils ont fait date dans la connaissance de ce conflit. Ils n’étaient pas au- dessus de toute critique mais ils avaient soin d’éviter le manichéisme. Ce souci est absent de bien des publications actuelles qui n’hésitent pas à nous servir la soupe FLN, à peine diluée à la sauce franco-française. Le livre de Courrière fut suivi d’un film et d’une publication espacée en feuilletons illustrés, chez Taillandier, sous le titre global La guerre d’Algérie. En 1975, Mohammed Harbi publia son premier livre Le populisme révolutionnaire en Algérie.
Contrairement à ce que croient certains, le cinéma était actif sur le thème de la Guerre d’Algérie. Outre René Vautier, dont les films circulaient plus facilement puisque les armes s’étaient tues, Laurent Heynemann réalisa dès 1976, un film intitulé La Question , basé sur le livre d’H.Alleg. Mlle Nicole Garcia y trouva un de ses premiers rôles. Dès 1973, un film comme RAS d’Yves Boisset , très critique de la Guerre d’Algérie, avait circulé largement dans les salles. Projeté à la télévision dans le cadre de l’émission Les dossiers de l’écran, il fut suivi, comme à l’accoutumée, d’un débat animé comme on daignait encore en organiser alors. Je me souviens qu’Yves Alquier, l’auteur de Nous avons pacifié Tazalt, y participait. C’était autre chose que les pseudo-débats actuels où l’on voit sempiternellement défiler les mêmes spécialistes aux analyses monocolores et unanimistes que personne n’est autorisé à troubler. En 1975, sortit un second film de L.Hamina intitulé Les années de braise qui fut également primé à Cannes.
Dire que la République française a préféré « l’oubli à la mémoire et que l’on assista à un effacement du conflit »(Belin) et cela jusqu’aux années 1980 est totalement inexact.
Des acteurs du conflit qui s’étaient tus, car ils avaient séjourné en prison ou en exil, se firent entendre à partir des années 7O. Tels fut le cas des généraux Salan et Jouhaud ou encore de Jacques Soustelle. Des algériens, comme Mohammed Lebjaoui (1970) leur emboitèrent le pas. L’échec fracassant de la voie algérienne de développement, appelée sans complexe Faillite sanglante par le Nouvel Obs dès 1988, encouragea les uns et les autres à s’exprimer Mais l’édition faisait déjà florès ainsi que certaines émissions de radio (celle de P.Gelinet ou celle de l’ex-maire de Dreux, Françoise Gaspard par exemple). Ces émissions respectaient encore, peu ou prou, la diversité des points de vue.
Et il est vrai qu’un changement s’opéra durant les années 80 : la variété des opinions disparut au profit d’un monologue fermé, immuable, et d’un rabâchage sans fin. Le sommet fut atteint en 2003, année de l’Algérie, qui vit paraître à la télévision 12 films, téléfilms et documentaires sur le thème Guerre d’Algérie. Presque tous avaient en commun d’être « anticoloniaux », anti pieds-noirs, anti-armée française et de ne laisser que très très peu la parole au camp opposé. Aucun débat contradictoire ne fut organisé.
Les grands media télévisés, complètement verrouillés, se spécialisèrent vite dans des émissions univoques où sous le prétexte fallacieux que la vérité avait été « cachée » avant, l’on donna exclusivement la parole à de nouveaux historiens qui n’avaient pas vécu le conflit. En réalité, la vérité n’avait pas été cachée, oubliée, occultée avant. Simplement, avant, il n’y avait pas de vérité unique, officielle, soviétoïde.
Les nouveaux venus dans le champ médiatique sont sélectionnés pour leur anticolonialisme de principe. Car, l’anticolonialisme est devenu aujourd’hui une doctrine d’état et une idéologie officielle sur laquelle la télévision veille soigneusement comme sur un patrimoine digne de toutes les attentions.
Jean Monneret.
*Elise ou la vraie vie sortit sur les écrans en 1970.

MANUEL BORDAS.HISTOIRE pour TerminalesL/ES

P.Vidal-Naquet, René Vautier, B.Stora (cité 4 fois) ,H.Alleg, Yacef Saadi, Zidane brandissant un drapeau algérien et présenté comme le symbole d’une culture (sic) franco-algérienne , la LDH de Toulon appelée en renfort, chacun l’aura compris : les auteurs de ce manuel n’y vont pas avec le dos de la cuiller.

Harkis. « Ils ont été, le plus souvent, laissés en Algérie ». Pas un mot sur les massacres.
Bataille d’Alger : « en 1956,..les Européens favorables à l’Algérie Française répondent (aux massacres du 20 août 55) en faisant exploser une bombe dans la Casbah d’Alger. C’est le début de la guerilla urbaine. » (page 64). Est-il besoin de appeler que cette chronologie est falsifiée puisque la dite guerilla urbaine commença 2 mois avant, avec l’ordre donné le 19 juin 1956 par le FLN d’abattre tout civil européen entre 18 et 60 ans.*
Ajoutons que ce chapitre s’appelle Repères 2, sans doute par antiphrase.
Il est inutile d’ajouter que le mot terrorisme est invisible.
Jean Monneret
*Le témoignage d’un civil ayant failli être victime d’une bombe FLN est néanmoins cité en contrepoint.

Manuels Hachette

Avant de commencer, je voudrais réparer une injustice. Dans le Manuel Nathan TermS dont j’ai précédemment parlé ,j’ai oublié de signaler qu’on peut y lire, page 42,que le 5 juillet à Oran des centaines de Pieds-Noirs furent en levés et, pour la plupart, exécutés. Ceci est tellement rare qu’il convient de s’en féliciter, car cela prouve que les efforts raisonnés et inlassables de certains d’entre nous pour faire reconnaître ces épreuves ne sont pas vains. Même si l’opposition et le silence de plomb des media demeurent .

Le Manuel Hachette destiné aux classes SGTM n’est pas sans quelques vertus également. Le tout dans une tonalité restant généralement anticoloniale et sous-estimant complétement les handicaps démographiques de l’Algérie de l’époque, malheureusement.

Si la présentation des problèmes algériens s’ouvre par une description biaisée de la situation du pays en 1954, due à Mohammed Dib, romancier soudainement promu au rôle d’historien, de sociologue et d’économiste, elle est fort heureusement suivie de notations différentes. En termes de respect des faits et de diversité des points de vue des efforts sont à signaler :
Page 76, le terrorisme du FLN est cité.
Le massacre de Mélouza est mentionné.
Un historien considère que c’est là la moindre des choses, mais, mon étude montre que ceci ne va pas de soi pour certains rédacteurs de manuels. Il faut donc féliciter les éditions Hachette de ce chef.
L’on évitera pas toutefois la mention d’Enrico Macias, chanteur célèbre, promu au rang de parangon de la culture et de l’histoire pieds- noires .
Cependant, le Manuel Hachette destiné aux Term L/ES confirmerait plutôt les aspects positifs. Ainsi concernant la soirée du 17 octobre 1961 à Paris, marqué par une manifestation FLN, les rédacteurs ont préféré s’appuyer sur l’universitaire J-P. Brunet contrairement aux Editions Magnard qui ont fait confiance à Einaudi.
Aussaresses est cité à propos de la torture. Ce dernier point n’est pas séparé toutefois de la question du terrorisme ce qui, redisons-le, témoigne d’une absence de parti pris à remarquer.
De même, si le manuel se réfère abondamment à B. Stora, historien obligatoire dans la France actuelle, il n’oublie pas Guy Pervillé très rarement cité et même occasionnellement censuré.
Guy Pervillé démonte le mythe du Million 500.000 Algériens tués par l’Armée française( page75).
Jean Monneret

MANUEL NATHAN/ Terminales S/ Programme 2014

Il est certes regrettable que les manuels scolaires soient émaillés d’erreurs diverses. Disons-le : les bourdes pullulent. Continuer à en dresser le catalogue serait un exercice fastidieux et long, je préfère donc me concentrer sur la cause de cette situation et sur le traitement du problème du terrorisme.

Chez Nathan , le titre des chapitres consacrés à l’Algérie est prometteur : L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie. Il est presqu’agréable de constater que l’on est qu’à moitié déçu à l’arrivée. Un effort est fait pour présenter les différentes mémoires : celle des Algériens, celle des Pieds-Noirs, celle des Anciens Combattants etc�?�..Ceci a le mérite de reconstituer une certaine diversité des points de vue gravement absente de nombre de manuels en raison du recours trop fréquent et exclusif à des historiens « anticoloniaux » et quasiment officiels.
Ceci est moins apparent dans ce manuel Nathan, lequel recommande la lecture de Stora mais aussi celle de Mme Verdès-Leroux. On croit rêver. Il faut bien signaler cette rareté car nous n’y sommes vraiment pas habitués. Ajoutons que la Guerre d’Algérie est justement présentée comme une guerre civile, ce qui n’est pas souvent dit.
Pour autant, le travail historique de présentation du terrorisme, fléau majeur est-il fait ? Donne-t-on à réfléchir aux jeunes générations à propos de ce problème-clé ? La réponse est malheureusement négative.
Malgré ce qui ressemble vaguement à de bonnes intentions, le Nathan ne parle pas de terrorisme. Pas ses rédacteurs en tout cas. Le terme est employé dans un extrait du Manifeste de 521 Officiers Généraux ayant servi en Algérie. C’est tout. C’est peu.
A quoi bon dire que les mémoires doivent s’apaiser ou encore se réconcilier(pas moins) ?
Encore faut-il auparavant parler de tous les aspects de cette guerre.
Car, se borner à décrire l’action du FLN comme une série d’attentats sans évoquer les victimes civiles, souvent et systématiquement visées, réserver le qualificatif de terroristes à certains protagonistes, en exonérer d’autres, c’est manquer au devoir d’information. Le tout au profit de considérations politiques, diplomatiques ou tout simplement par préjugé idéologique.
L’Histoire et la compréhension de ce qu’est le terrorisme méritent mieux. Beaucoup mieux.
Jean Monneret.
*Par terrorisme, l’auteur de ces lignes entend : l’assassinat délibéré par des mouvements révolutionnaires de civils innocents, souvent massivement, et sur la base de critères ethniques ou religieux.